« Cognac doit conserver ses fours. C’est ici que Claude Boucher a inventé le procédé de production industrielle de bouteilles en verre. Au-delà du symbole, des dizaines d’emplois sont en jeu », martèle Dominique Spinali, délégué CGT du site Verallia situé à Chateaubernard (Charente). Le syndicat demande une rencontre urgente avec la direction mondiale du verrier français d’ici la fin du mois de février.
L’enjeu : obtenir des engagements fermes sur la reconstruction du four 2 en version 100% électrique, destiné à remplacer l’installation dédiée à la production d’extra-blanc pour les spiritueux. Dans un courrier adressé mardi 10 février à Patrice Lucas, président de Verallia, et Pierre-Henri Desportes, président de Verallia France, que nous nous sommes procuré, la CGT expose ses craintes. Lors du comité social et économique central (CSEC) de la semaine précédente, la direction aurait évoqué une réflexion en cours : soit reconstruire le four 2 en électrique, soit l’arrêter définitivement, selon l’évolution du marché du cognac.
Le cognac en crise

- 116.2+5.06
Décembre 2025
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- 0-100
Janvier 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
« Le site de Cognac ne peut pas fonctionner durablement avec seulement 1,3 four », écrit la CGT dans sa lettre. « Si la décision était prise de ne pas reconstruire le four 2, cela signerait, à terme, la mort du site de Cognac. » L’argumentaire s’appuie sur une double crise : celle du cognac et celle du vin, notamment le bordeaux. Or, le four 3 est dédié aux bouteilles pour le vin.
Le syndicat rappelle que le four 2 ne produit pas uniquement pour le cognac et souligne l’importance de sécuriser les relations avec des clients majeurs comme le producteur de vodka Grey Goose, fruit de plus de 30 ans de collaboration, et de ne pas perdre de nouveaux clients tels que Rhum Bumbu. La CGT dénonce également des décisions récentes de l’encadrement qui donnent « le sentiment que tout est fait pour fragiliser, voire condamner, le site ». En 2023, la fermeture d’un four, redémarré un an plus tard, avait déjà marqué un tournant difficile, faisant passer le site de trois à deux fours.
Appel aux maisons de spiritueux
La CGT interpelle directement les maisons de cognac. « Certaines maisons ne jouent pas le jeu, ils cherchent d’autres producteurs de bouteilles ailleurs qu’en France. Alors que le four électrique [inauguré en septembre 2024] a été fait pour elles », déplore Dominique Spinali. « On a l’impression que les maisons prennent prétexte de la crise que traverse le cognac pour faire passer la réduction du CO2 au second plan ».
Dans son communiqué du 11 février, la fédération CGT du verre et de la céramique appelle les maisons de spiritueux à privilégier le « made in Cognac » décarboné. Produire localement permettrait de soutenir l’emploi, renforcer l’ancrage territorial et réduire l’empreinte carbone. La CGT attend désormais une réponse à sa demande de rencontre pour échanger « de manière transparente sur l’avenir du site ». Contactée, la direction de Verallia n’a pas souhaité répondre.





