La déclaration de Macron sur les retraites, lors d'une interview sur France 2 le 26 août n'était pas prévue au programme. D’abord ce n’était pas l’objet de cet entretien censé porter essentiellement sur la politique étrangère avec un débrief sur le G7 de Biarritz. Et surtout, l’idée de préférer "à titre personnel" une durée de cotisation rallongée pour accéder à une retraite à taux plein est en contradiction avec la préconisation de son Haut-Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, qui militait dans son rapport présenté en juillet pour l’instauration d’un âge pivot à 64 ans. Cet âge de départ s’appliquerait selon les préconisations du Haut-Commissaire à partir de la génération 1963.
Une annonce très politique
En réalité, le Président a tout simplement fait de la politique. Il sait qu’un succès à l’international, puisque c’est la tonalité générale de ce G7, est fragile et ne suffira pas à assurer sa position sur la scène intérieure. En revanche, la prochaine réforme des retraites même si son adoption a été repoussée après les municipales de 2020, risque de sérieusement compliquer le climat social de rentrée. Même le syndicat le plus favorable à cette réforme, la CFDT, est opposé à l’âge pivot de 64 ans. En faisant une ouverture sur les modalités pour parvenir à l’équilibre financier, le président sauve l’essentiel. Il tient pour lui en deux points. Premièrement, réussir le passage à un régime universel, qui unifie les 42 régimes existants et sortir des corporatismes tout en instaurant un système à points qui se pilote plus facilement en fonction de l’évolution des grands paramètres démographiques et économiques (taux de chômage, croissance…). Mais il rappelle aussi en second lieu avec cette annonce sur un minimum de durée de cotisation qu’il ne perd pas de vue que l’objectif est de parvenir à un système équilibré. C’est selon lui, les conditions pour conserver un principe de retraite par répartition. Hors, chacun sait que dans cette logique de répartition, l’équilibre imposera de travailler plus longtemps compte-tenu de l’évolution démographique et de la hausse de l’espérance de vie.
L'équation implacable d'un système par répartition
Comme le rappelle le dernier rapport du COR (Conseil d’orientation des retraites), il y a actuellement 1,7 cotisant pour 1 retraité, et cette situation perdurera jusqu’en 2025 pour se dégrader encore à 1,5 cotisant en 2040. Pour mémoire, il y avait encore 2 cotisants pour un retraité en 2004. Dans notre système par répartition, 80 % des retraites sont financés par les actifs via leurs cotisations sociales, le reste provenant de ressources budgétaires de l’Etat. Jean-Paul Delevoye a aussi rappelé l’enjeu d’un système à l’équilibre en 2025. Mais comme il le soulignait dans son rapport "selon les projections actuelles, le système présente un solde négatif de 0,3 % à 0,6 % du PIB à horizon 2025".
Ouvrir le débat pour sauver la réforme
Emmanuel Macron, en mettant sur le tapis l’alternative d’une durée allongée, signifie que le jeu est ouvert sur les modalités de l’équilibre financier. En évoquant la situation de ceux qui ont commencé à travailler jeunes, sur des métiers en général plus pénibles, qui seraient pénalisés par une hausse de l’âge du taux plein, il donne un coup de barre à gauche, alors que le principe d’un report de l’âge du taux plein est promu par la droite.
Dans les faits l’allongement de la durée de cotisations était déjà inscrit dans la dernière réforme de Marisol Touraine. Elle prévoyait 43 annuités de cotisations pour bénéficier d’une retraite à taux plein (ce qui impliquait un âge de départ à 65 ans pour ceux ayant commencé à travailler à 22 ans). Mais cet allongement de la durée était progressif et les 43 annuités n’étaient prévues qu’à partir de 2035. Faudrait-il accélérer ce rythme ? Faudrait-il encore augmenter les annuités, ce qui risque d’entraîner des âges de départ très élevés pour les cadres ? En réalité avec cette annonce, Emmanuel Macron lance le signal que seul le résultat compte : un régime universel et équilibré.
Au pied du mur
Les uns peuvent préférer un seuil d’âge, d’autre un minimum de durée. Chaque choix présente des avantages et des inconvénients. Les partenaires sociaux et en quelque sorte les Français sont mis au pied du mur, face à leur responsabilité. Dans cette réforme, il y aura des perdants et des gagnants, chacun le sait depuis le début. Au gouvernement de trouver le meilleur consensus dans sa discussion avec les partenaires sociaux (qui reprend les 5 et 6 septembre) et les parlementaires ensuite. En ouvrant une autre piste, Emmanuel Macon, signifie non pas qu’il va imposer ce choix mais qu’il est au-dessus de la mêlée sur le sujet des économies pour ne rien lâcher sur la réforme systémique.





