Amortir la casse sociale, le défi de l'après-crise sanitaire

Même si l'activité est remontée en France en mai, de nombreuses entreprises affrontent des grandes difficultés. Les petites risques de licencier, les plus grandes préparent des plans de restructuration qui conduiront à des suppressions de postes. Les partenaires sociaux plaident pour ne pas débrancher trop vite les dispositifs de soutien. Et certaines branches tentent d'anticiper. En attendant des plans de relance du gouvernement qui pourraient ouvrir des débouchés.

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Rolls-Royce, le motoriste équipementier d’Airbus, prévoit de se séparer de 9 000 salariés.

Si les véritables plans de sauvegarde de l’emploi ne touchent pour l’instant que des enseignes de grande distribution, déjà fragilisées avant la crise, le sujet de l’emploi est désormais sur la table dans l’industrie et les grandes manœuvres de restructuration commencent. Renault ouvrira le bal le 27 mai avec la présentation de son plan d’économies.

Dès le 2 mai, le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a prévenu : "Si la reprise est lente et si nous produisons moins de trains que par le passé, il ne sera pas anormal et illogique d’ajuster le niveau d’emploi au volume d’activité."

Dans l’aéronautique, Airbus, contrairement à Boeing, n’a pas encore annoncé de suppressions de postes. Mais l’un de ses principaux motoristes, Rolls-Royce, compte se séparer de 9000 salariés, sans exclure de fermer des sites. En France, selon Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation et président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, plusieurs dizaines de sociétés sont en grande difficulté. "La filière aéronautique est officiellement à -60%, mais pour certains sous-traitants, c’est beaucoup plus, et l’automobile reprend très progressivement", témoigne Hubert Mongon, le délégué général de l’Union des industries et métiers de la métallurgie.

Pour l’instant, la prise en charge de l’activité partielle par l’État amortit le choc.

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Selon la Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques, 63% des salariés travaillaient au 30 avril dans une entreprise dont une partie de l’effectif en bénéficiait. Mais sa fin est programmée. Une première échéance pour revoir le dispositif de chômage partiel a été fixée au 1er juin par le Premier ministre.

Débrancher progressivement les aides

Les partenaires sociaux alertent. Laurent Berger a demandé une sortie progressive du chômage partiel, le 20 mai, à l’Assemblée nationale. "On ne maîtrise pas encore l’ampleur et les caractéristiques de cette crise, a jugé le secrétaire général de la CFDT. Attention à un débranchement trop rapide du chômage partiel qui pourrait entraîner des logiques de suppression d’emplois. Il faut l’apprécier secteur par secteur et presque entreprise par entreprise" Le président de la CPME, François Asselin, a renchéri devant les députés : "Il faut maintenir les dispositifs de soutien aux entreprises et, même si c’est dégressif, que cette dégressivité soit la plus lente possible" Le gouvernement réfléchit à un reste à charge pour les entreprises, aujourd’hui indemnisées à 100% jusqu’à 4,5 smic des salaires versés (84% du net, par rapport à une activité normale).

Tous plaident pour un sursis jusqu’à septembre. Mais les branches tentent aussi d’aménager l’ampleur du soutien. Le 20 mai, la Fédération des entreprises de recyclage a signé un accord pour mettre en œuvre l’activité partielle individualisée, qui permet de réintégrer progressivement le personnel sans mettre des services entiers à l’arrêt. Le patronat de la métallurgie et trois de ses syndicats (CFE-CGC Métallurgie, FO Métaux et FGMM-CFDT) ont mis sur la table une alternative plus économe des deniers de l’État pour éviter les suppressions de postes et les pertes de revenus. Les entreprises s’engageraient à maintenir au moins 60% des heures contractuelles, l’État et l’Unédic indemnisant directement les salariés des heures non effectuées. "Il faudra régler le curseur de cette indemnisation, et il y aura forcément une différence avec la rémunération d’un plein-temps, mais l’objectif est de l’atténuer", illustre Hubert Mongon. Par ailleurs, l’entreprise s’engagerait à garantir l’emploi pendant la durée de l’indemnisation, voire au-delà en fonction de sa situation économique. "Cela permet de tenir compte d’une baisse temporaire des commandes en ayant des amortisseurs", explique le délégué général.

Annonce de plans de relance

L’accompagnement social restera une béquille si l’activité ne reprend pas. Elle est fortement remontée en mai en France. Le 21 mai, la publication de l’indice d’activité PMI IHS Markit (30 points, après 11,1 en avril) traduit un léger mieux. Mais en dessous de 50 points, il reste synonyme de contraction d’activité. D’où l’accélération des plans de relance économique préparés par l’exécutif.

Emmanuel Macron devrait présenter celui de l’auto le 26 mai. Bruno Le Maire a indiqué une volonté d’aide à "l’achat de véhicules propres", notamment électriques. Un soutien que la Plate-forme automobile, qui représente la filière française, souhaiterait voir étendu à tous les "véhicules récents et parmi les plus propres, c’est-à-dire non affectés d’un malus écologique". Soit aussi des modèles essence ou diesel.

Bercy s’est engagé à présenter ses remèdes pour l’aéronautique avant le 1er juillet et prévoit de créer un fonds d’investissement pour soutenir les fonds propres des entreprises. La filière sidérurgique espère des mesures de flexibilité des charges et l’accès à une énergie plus compétitive pour les électro-intensifs tout en plaidant pour une protection accrue contre les importations, via une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne.

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