Pour les investisseurs qui souhaitent parier sur le gaz naturel liquéfié (GNL), l’entrée prochaine de l’entreprise américaine Venture Global à la bourse de New York est un événement. Souhaitant surfer sur la vague de l’arrivée du président républicain Donald Trump à la présidence des Etats-Unis (lui qui veut développer les hydrocarbures), l’entreprise basée à Arlington, au Texas, a dévoilé mi-janvier des plans très ambitieux.
Entrée en bourse XXL
En ouvrant une (petite) partie de son capital, Venture Global espérait dans un premier temps obtenir jusqu’à 2,3 milliards de dollars pour une valorisation totale de l'entreprise de 110 milliards ! Trop gourmande, l’entreprise a finalement révisé ses plans. Vendredi 24 janvier au matin, elle a annoncé le succès de son entrée en bourse, avec la vente de 70 millions d’actions à 25 dollars, pour une valorisation gllobale supérieure à 60 milliards de dollars. Une somme toujours coquette, qui a permis à l'entreprise de lever 1,75 milliards et qui suffirait à placer l’opération sur le podium des plus grosses introductions en bourse de l’année 2024, si l'on se fie au classement du cabinet spécialisé Renaissance Capital.
Selon Reuters, les investisseurs ont jugé la valorisation initialement proposée trop élevée par rapport à celle des pairs de Venture Global, dont le leader américain Chenière. D'autant plus que de janvier à décembre 2024, le bénéfice net de Venture Global a atteint 600 millions d’euros, en forte chute par rapport à l’année précédente.
Cette entrée en bourse témoigne toutefois de la grande popularité dont jouit aujourd’hui le GNL. Liquéfier le gaz à -160°C permet de le transporter par bateau vers des clients aux quatre coins de la planète. Les Etats-Unis, qui n’avaient pas d’usines de liquéfaction de GNL en 2016, sont rapidement montés en puissance sur le créneau, jusqu’à devenir le premier producteur de GNL du monde, devant le Qatar, en 2024.

- 1.6706+0.54
6 Février 2026
Gazole France TTC€/litre
- 970.362083027-6.52
Novembre 2025
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 52.7-4.18
Décembre 2025
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Cette manne n’a pas échappé à Donald Trump. Peu soucieux du climat, il est revenu dès le premier jour de son mandat sur un moratoire instauré par Joe Biden sur l’installation de nouvelles usines de liquéfaction et cherche à pousser ses alliés a acheter plus de GNL américain.
Construction modulaire
Fondée en 2013, Venture Global s'est fait connaître en montant rapidement en puissance. Profitant de la crise énergétique suite à la guerre en Ukraine, elle n’a pas hésité à ne pas fournir certains clients pour vendre son GNL au meilleur prix, au prix de quatre procès en cours et d’une mauvaise réputation, raconte le Wall Street Journal. Elle a aussi bénéficié de son modèle industriel original dans le secteur, consistant à aligner des dizaines de petites unités de liquéfaction modulaires fabriquées en usine (plus précisément en Italie, par l’industriel parapétrolier Baker Hughes) sur ses sites. De quoi diminuer les coûts d’investissement et accélérer la construction, vante Venture Global dans son document d’entrée en bourse.
La pépite américaine compte aujourd’hui deux usines de liquéfaction qui montent en puissance dans le Golfe du Mexique pour une capacité nominale totale de 30 millions de tonnes liquéfiées par an et a des plans pour trois autres. Une fois construites, autour de 2035, Venture Global pourrait produire plus de 104 millions de tonnes de GNL. A titre de comparaison : QatarEnergy, le premier producteur mondial, compte pouvoir liquéfier 142 millions de tonnes de gaz par an à la fin de la décennie.
Au-delà de la capacité à produire (qui reste incertaine, car les nouvelles usines de liquéfaction peuvent connaître des difficultés juridiques aux Etats-Unis) le succès de Venture Global dépend d’un pari. Celui que la demande globale de GNL ne cessera de croître d’ici à 2050, notamment sous l’effet de la demande asiatique et des pays en développement. C’est une hypothèse incertaine : l’arrivée prochaine de plusieurs usines aux Etats-Unis et au Qatar devrait faire basculer le marché du GNL du côté de la surproduction d’ici deux à trois ans. Si le monde suit une stratégie décarbonation ambitieuse, la consommation de GNL – un gaz fossile très émetteur de CO2 – devrait commencer à décliner dès les années 2030, estime l’Agence internationale de l’énergie. Un scénario auquel ne croient pas la plupart des grands pétroliers, nombreux à parier sur le gaz à long terme. La décision de Donald Trump, ordonnant au premier jour de son mandat le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le réchauffement climatique, va dans ce sens...





