Tulipe doit enrôler plus de labos dans l’humanitaire

Depuis trente ans, une association créée par le syndicat de l’industrie pharmaceutique fournit des médicaments aux ONG intervenant après des catastrophes naturelles ou situations de guerre. Elle cherche de nouveaux adhérents.

Médicaments
Médicaments

La Pologne en 1982, le tsunami en Asie en 2004, le tremblement de terre en Haïti en 2010, les bombardements en Syrie cette année… Chaque année, une dizaine de grandes crises sanitaires se produisent dans le monde. Les industriels de la santé pouvaient difficilement ne pas s’engager. En 1982, deux dirigeants du Leem, le syndicat de l’industrie pharmaceutique, ont donc créé Tulipe. Reconnue d’utilité publique, cette association a pour vocation d’apporter une contribution coordonnée de ces entreprises, en mettant des médicaments et du matériel médical à disposition d’ONG françaises présentes sur le terrain, comme la Croix Rouge.

5 tonnes de médicaments envoyés en 2012

Doté du statut d’établissement pharmaceutique, Tulipe dispose d’un entrepôt à Garonor, près de l’aéroport de Roissy, pour stocker les médicaments et préparer en quelques heures des approvisionnements d’urgence. L’ONG bénéficiaire, responsable de l’opération sur place, se charge de les acheminer vers la destination finale. Cette année, cent kits (des malles de la taille d’une table, qui peuvent contenir du matériel d’urgence - compresses, produits injectables -, des traitements contre le diabète ou l’hypertension, des antalgiques) et cinq tonnes de médicaments et dispositifs médicaux ont ainsi été envoyés pour des situations d’urgence.

L’enjeu de l’indépendance de l’association

Mais pas question de se contenter des surstocks ou de médicaments quasi périmés des industriels. "Nous sollicitons les laboratoires en fonction des molécules dont nous avons besoin, inscrites sur la liste des médicaments indispensables de l’OMS", assure Séverine Teurlai, une ancienne cadre de l’humanitaire devenue directrice et pharmacienne responsable de Tulipe il y a six mois. Outre ces dons, les entreprises cotisent annuellement (entre 3 000 et 15 000 euros) pour assurer les 330 000 euros de budget de fonctionnement de l’association. Tandis que le Leem finance ses trois salariés.

L’occasion bien sûr pour cette industrie de renvoyer une image plus positive de son secteur, confie un dirigeant. Mais "nous sommes très attachés à ce que le soutien du Leem à Tulipe reste indépendant, et ne soit pas utilisé à des fins de promotion", promet Philippe Lamoureux, un industriel administrateur de Tulipe. Ce dispositif "n’est qu’une goutte d’eau par rapport aux besoins qu’il y a", reconnaissent les laboratoires. Mais que les ONG ne vont pas refuser.

"Nous sommes financés principalement par des bailleurs institutionnel, mais nous disposons de très peu de fonds propres et capacités d’intervention dans les premiers jours d’une crise : c’est là où l’aide de Tulipe est précieuse", explique Erwan Le Grand, directeur des ressources médicales de l’association Première urgence- Aide médicale Internationale.

Seulement une minorité de laboratoires mobilisée

Reste que, pour ses trente ans, Tulipe est confrontée à de nouveaux enjeux. L’intervention en Haïti en 2010 a constitué un tournant. "Nous avons touché du doigt certaines limites de notre fonctionnement, en particulier le manque dans nos kits de matériel médical nécessaire à la post-urgence, et le besoin d’étendre notre action à la période qui suit la catastrophe", confie Benoît Gallet, président de Tulipe.

Sa nouvelle mission : convaincre des entreprises du dispositif médical et du médicament générique de s’engager auprès de l’association. "On a aussi encore beaucoup de travail à faire au sein du Leem", reconnaît Benoît Gallet. Seulement 60 des 300 adhérents du syndicat sont membres de Tulipe.

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