Même s'il se stabilise depuis le second trimestre 2023, l'emploi des salariés dans le secteur privé ne cesse de progresser depuis 2021. Nicolas Neykov, PDG de Ferrero France y voit deux raisons. « La France et l’Europe ont réagi rapidement pour protéger les entreprises au cours des crises successives. Le plan de relance en est un excellent exemple. Les entreprises ont elles aussi démontré leur capacité d’adaptation. Ferrero est sorti grandi de l'épreuve du Covid. Nous avons renforcé les liens, la confiance, avec nos collaborateurs, notamment grâce au télétravail ». Revers de la médaille, Nicolas Neykov ne cache pas les difficultés à embaucher. « Dans l’agroalimentaire, nous peinons à attirer les talents. Il faut réenchanter notre métier, améliorer les conditions de travail ».
« Pénurie de personnel, guerre des talents, évolution des attentes des salariés… », le PDG de Mars Petcare and Food France, Romain Dumas, affronte une conjoncture difficile. Mais « la France dispose d'un vivier de talents très attractif. Second pays d'accueil d'étudiants étrangers en Europe, elle attire également les investisseurs ». Pour embaucher et conserver son personnel, Mars fédère ses collaborateurs autour d’actions portant sur « le bien-être humain [...], la lutte contre la précarité, la décarbonation...” Romain Dumas active des leviers jugés « efficaces » comme les salons étudiants, les écoles, les réseaux sociaux. Sans oublier bien sûr « la mobilité et la promotion interne. Le Groupe dispose de sa propre université digitale ».
De fortes tensions atténuées par la formation et l’alternance
KFC France doit faire face à la pénurie de main-d’œuvre que connaît la restauration rapide. Sa directrice générale, Isabelle Herman, constate un « marché de l'emploi tendu. Les répercussions de la crise du Covid continuent de se faire sentir, même si les difficultés de recrutement semblent atténuées. Chaque nouvelle ouverture de restaurant KFC France créée en moyenne 40 emplois (ETP), soit, pour 2022, près de 1 000 postes créés. Nous devrions doubler ces chiffres en 2023 ».
Noëlle Billieux, directrice des ressources humaines de Boehringer Ingelheim, constate « un marché de l'emploi dynamique ». Le laboratoire pharmaceutique allemand constate des pénuries sur les « postes à dominante technique, ou les profils de vétérinaires, de pharmaciens... » Pour attirer des compétences, Noëlle Billieux mise notamment sur l'alternance. « L'alternance favorise une transition fluide de la formation vers le monde professionnel. Tous les ans, nous accueillons environ cent vingt alternants, et ils bénéficient d’un processus d’intégration spécifique ».
Même approbation pour Isabelle Herman, « extrêmement satisfaite de l’alternance, qui constitue l'une de nos priorités RH pour 2024. Ce format combine une formation théorique solide et un apprentissage terrain en conditions réelles. En moyenne, KFC France propose quatre contrats d'apprentissage par restaurant. Bon nombre se transforment en CDI ou CDD. Notre programme en interne s'avère également très efficace, avec des formations certifiantes, des diplômes d'État, et des perspectives d’évolution interne. 80 % des postes de management sont aujourd’hui pourvus en interne ».
« La réforme des lycées professionnels constitue une très belle opportunité de former des talents aux métiers de Mars tout en leur donnant les clés pour acquérir de l'expérience », remarque Romain Dumas. « Elle les rapproche du monde du travail ».
Initiatives tous azimuts
Tous les grands groupes déploient des initiatives. La DRH de Boehringer Ingelheim mise sur les
« partenariats écoles. Nous priorisons également les sessions d’acculturation pour les nouveaux embauchés, le développement des collaborateurs à travers la diversification des moyens d’apprentissages. Nous mettons en avant un environnement de travail attractif via notre politique d’avantages sociaux, de télétravail et demobilité interne ».
Ferrero France s'investit dans le dispositif des Volontaires Internationaux. « Le VIE (export)/VIA (administration) de Business France marche très bien. Le dispositif « un jeune une solution » également ». Nicolas Neykov considère d'un bon œil la réforme des lycées professionnels. « Tout ce qui peut renforcer les liens entre la formation et les entreprises est une bonne chose ! L’alternance a retrouvé ses lettres de noblesse et la formation dans les lycées professionnels prend la même voie. Il faut reconnaître que le gouvernement a mis les moyens. Je pense notamment à l’aide à l’embauche d’apprentissage renouvelée en 2023 ».
Inclusion et mobilité
Partenaires du Réseau des Écoles de la Deuxième Chance (E2C), KFC France « accueille des jeunes éloignés du monde de l’emploi » se félicite Isabelle Herman. « Par ailleurs, KFC France va déployer en 2024 des actions destinées à renforcer l’accueil de salariés en situation de handicap, mais aussi le recrutement de réfugiés. Plusieurs programmes pilotes ont démarré ».
Boehringer Ingelheim revendique une forte politique d'inclusion, avec par exemple « la présence d’un service social internalisé » se félicite Noëlle Billieux. Le laboratoire pharmaceutique a rédigé un Global Code of Conduct. Il place la diversité, l’équité et l’inclusion comme « des principes éthiques qui s'appliquent à tous les employés ». Les managers de Boehringer Ingelheim suivent des formations au leadership inclusif, aux faits religieux, à la lutte contre les préjugés, le harcèlement et les discriminations au recrutement. « Deux programmes autour du leadership au féminin sont proposés au sein du Groupe » précise Noëlle Billieux. « Notre parcours essaimage et notre plan d’action individualisé permettent à tout collaborateur porteur de projets de création ou reprise d’entreprise un accompagnement pour éventuellement quitter la société de façon sécurisée ».
Avec des initiatives comme « Place ton CV dans la lucarne » conduites avec l’association Nos Quartiers ont du Talent, des sessions de coaching gratuites pour préparer à des entretiens d'embauche, Mars fait de « l'inclusion un pilier de sa politique RH » estime Romain Dumas. « Tous les collaborateurs, quels que soient leur origine, leur sexe, leur orientation sexuelle, leur religion ou leur handicap, se sentent valorisés et respectés ». Dans la pratique, cela se traduit par « des grilles de rémunération suivies pour tous les collaborateurs, une charte LGBTQ+ en cours de signature avec l’association l’Autre Cercle, une adhésion à Handicap.fr ».

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