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Les industriels étrangers plébiscitent la décarbonation à la française

Plan France 2030, loi Industrie Verte, planification... le gouvernement multiplie les annonces pour engager la France dans une réindustrialisation décarbonée. Les investisseurs apprécient et jugent cette politique attractive. Explications avec les dirigeants de Steelcase, Heidelberg Materials, Carrier, Esso et Yara International.

 

RLes industriels étrangers plébiscitent la décarbonation à la française
RLes industriels étrangers plébiscitent la décarbonation à la française

La planification écologique française est-elle un repoussoir ou un facteur d'attractivité ? Mickaël Locoh, directeur général Europe du Sud et Afrique de Steelcase, voit dans la politique que conduit la France « une stratégie claire et affirmée au plus haut niveau, qui offre une bonne lisibilité aux investisseurs. Nous sommes une entreprise globale, mais c'est ici, en France, que notre groupe teste une grande majorité des mesures liées à sa politique RSE ».

Les industriels aiment la visibilité. Pour Bruno Pillon, président des activités France d’Heidelberg Materials, la France s'est dotée des atouts susceptibles d'attirer les capitaux étrangers. « La France bénéficie d’une planification écologique, qui apporte de la visibilité et des perspectives. De plus, les industriels bénéficient d'une électricité décarbonée grâce au nucléaire et aux renouvelables. La France a fait de la transition écologique un axe fort de son plan de relance, avec des ressources à la clé pour contribuer au financement des projets. Cette stratégie a constitué un élément déterminant pour notre groupe dans son choix d’investir plus de 600 M€ pour décarboner quatre de nos cimenterie

La loi Industrie verte publiée au Journal officiel le 23 octobre 2023, qui vise à accélérer la réindustrialisation de la France, constitue également un atout pour l’industrie française. « Les mesures visant à développer les énergies vertes, décarboner les industries existantes, favoriser le recyclage de déchets, mais aussi former les ingénieurs et techniciens vont accroître notre souveraineté tout en renforçant l'attractivité de la France », estime Didier Genois, vice-président et directeur général Carrier HAVC Europe.

« Cette loi était nécessaire, mais en matière de décarbonation, seules les preuves comptent » estime Nicolas Boutin, Président de Yara France. « L’enjeu est de passer de l’ambition à la réalisation. Pour notre part, notre engagement en Europe comme en France est total », ajoute-t-elle. De son côté, Bruno Pillon y voit un outil pour booster des champions nationaux. « C’est une bonne chose. La loi prévoit aussi des mesures de simplification, ou plutôt d’accélération, des procédures d'obtention des permis. Face à l’urgence écologique, nous devons aller vite ».

De nombreux dispositifs de soutien

Charles Amyot, CEO d'Esso France précise que « ces dispositifs de soutien ont facilité la mise en place de projets pour améliorer l’efficacité énergétique de nos installations, mais nous voulons aller plus loin pour transformer nos activités et saisir l’opportunité d’attirer des investissements en France en proposant des solutions de décarbonation pour l’ensemble de l’industrie ».

Quant au plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros déployés sur 5 ans, il a déjà permis de nombreux investissements. Heidelberg Materials en a bénéficié, notamment pour son projet d’argile calcinée à Bussac-Forêt en Charente-Maritime. « L’argile calcinée permet de diminuer le taux de clinker dans le ciment, la fabrication du clinker étant l’élément le plus émissif en CO2 du processus cimentier », explique son dirigeant.

De son côté, Yara France bénéficie d’un soutien de 4,2M€ de l’Ademe pour son projet de décarbonation de l’une de ses usines. « Notre site d’Ambès est lauréat du dispositif décarbonation de l’industrie. Le projet d’un montant global de 10,8M€ consiste à remplacer le réacteur de l’atelier de production d’acide nitrique pour améliorer le process d’abattement du protoxyde d’azote (N2O), passant de 95 à 99% », explique Nicolas Boutin.

« La France reste l'un des rares pays à proposer une stratégie aussi affirmée » se réjouit Mickaël Locoh. D’autres mécanismes existent et pourraient encore être étendus. « Le crédit d'impôt industrie verte est une très bonne initiative, qu'il faut pousser en élargissant son champ d'application. Il ne concerne que l'énergie. Pourquoi ne pas l'étendre aux plateformes de collectes et aux filières de reconditionnement ? » 

Mais dans les faits, des contraintes, et une mise en œuvre complexe

Charles Amyot, CEO d'Esso France, regrette une façon de faire trop contraignante. « Les annonces vont dans la bonne direction, mais l’approche reste largement punitive au lieu d’être incitative, et elle intègre des biais technologiques, comme le choix de l’hydrogène vert, ou encore l’électrification du transport de marchandises. Nous avons besoin d’incitations plus fortes, plus claires et plus rapides. Sans réaction forte de l’Europe et de la France, les investissements se feront de l’autre côté de l’Atlantique ». Bruno Pillon, quant à lui, insiste sur « la nécessité d’avoir dans la durée une électricité décarbonée compétitive ».

Mickaël Locoh se montre lui aussi critique sur l'application des mesures. « La mise en œuvre est compliquée, parfois un peu lente, et les champs d'application me semblent trop restrictifs. Il faudrait une réflexion beaucoup plus globale. Tout le monde apprend, les entreprises comme l’État ». Il regrette « l'absence de bonus pour les précurseurs, les bons élèves. Une société comme Steelcase a déjà réalisé les efforts nécessaires et en supporte tout le coût financier ».

Le mieux peut parfois être l'ennemi du bien. « La France ne doit pas devenir le chevalier blanc qui, par ses politiques écologiques nobles et courageuses, oublie que la décarbonation a un coût », avertit Didier Genois. « Il peut générer de la non-compétitivité sur la scène internationale. Attention à la surenchère normative ». Le DG de Carrier critique l'empilement de mesures. « Avant d’en créer d’autres, il faut faire connaître celles qui existent et les améliorer si besoin ».

Le CEO d'Esso France, Charles Amyot, rappelle que l’enjeu est de satisfaire la demande en énergies en rendant celles-ci largement disponibles, durables et abordables. « L'énergie de 170 millions de barils de pétrole et gaz équivalents pétrole est utilisée chaque jour dans le monde. L’électricité issue des énergies renouvelables ou du nucléaire est une partie de la solution, mais elle n’est ni disponible, ni suffisante à horizon 2030. La réglementation doit être un vecteur d’accélération sur le temps long, sans parti pris technologique », conclut-il.

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