Le mini lave-vaisselle Bob perd un parent. Vendredi 24 juin, l’assemblée générale de la start-up industrielle Daan Technologies a officialisé la révocation de Damian Py, l’un des cofondateurs. En cause, selon lui, une divergence de vision stratégique pour l’entreprise créée en 2016, ainsi qu’une mésentente personnelle avec l’autre fondateur de la société, Antoine Fichet, et avec une partie des actionnaires.
« Cela fait deux ans que l’on ne s’entend plus, confie Damian Py à L’Usine Nouvelle. Notre bureau de Paris et l’usine de Cugand (Vendée) fonctionnent de manière quasi-indépendante… Il y avait une volonté de séparation. » Au cœur de cette scission, selon lui, une vision opposée de l’avenir de la société. « Le lave-vaisselle Bob a beaucoup de potentiel, mais je ne pense pas que la stratégie de bâtir une entreprise monoproduit soit efficace, si connu soit-il », argumente l’entrepreneur, qui affirme que l’entreprise souhaite, elle, se concentrer sur les produits existants « pour les monétiser ».
« Quatre actionnaires ont décidé de m'évincer »
« Je voulais construire une activité diversifiée, multi-produits… construire un groupe industriel », ajoute-t-il. Pendant un an, il développe un nouveau produit, le four multifonctions Joe, prévu pour début 2024, et en sécurise le financement : 10 millions d’euros, dont 3 sont consacrés à la R&D. « Je nous vois comme une PME industrielle, pas comme une start-up, continue Damian Py. J’ai cherché à monter des projets de joint-venture avec d’autres marques, des investissements… Mais nos investisseurs bloquent tout : nous avons 51 actionnaires, c’est ingouvernable. »
Autre son de cloche du côté d'Antoine Fichet, nouveau président de la société. « Des personnes ont investi chez nous pour faire partie d'une aventure collective et nous accompagner dans la croissance de l'entreprise, argue-t-il. Plusieurs décisions ont été prises en majorité en comité stratégique, notamment pour lever des fonds, mais Damian a refusé tous ces projets de financement de manière unilatérale. » Des refus représentatifs, selon lui, d'une volonté de « rester maître à bord ».
Le cofondateur réfute d'ailleurs toute divergence de vision stratégique. « Nous avons une vision multi-produits industrielle et une volonté d'accélérer l'internationalisation de nos ventes, assure-t-il. Nous ne sommes plus une start-up et nous devons devenir une entreprise plus structurée. » Evacuant une éventuelle « animosité » avec son ex-partenaire, Antoine Fichet assure avoir « pris une décision pour le bien de Daan Tech, en mettant le personnel de côté ».
Le départ de Damian Py est ainsi acté. « Quatre actionnaires, qui représentent 51% du capital, ont décidé de m’évincer, accuse-t-il. J’ai 40% du capital, j’ai développé tout Bob, toute l’électronique de Joe… Et je vais partir avec zéro euro. » Selon lui, les actionnaires lui reprochent d’être « trop médiatisé, de trop incarner l’entreprise ». Et lui refuse de se voir donner des ordres par son conseil d’administration.
Une affirmation que contredit la nouvelle direction de l'entreprise. « La réalité est que 43 actionnaire sur 51, représentant 58% du capital, ont voté pour son départ, précise Antoine Fichet. Il a eu des indemnités de départ et l'assemblée générale a acté le fait qu'il puisse vendre ses parts lors de la prochaine levée de fonds. L'idée est que tout le monde sorte par le haut. »
Un livre et de nouveaux projets
« Je le vis bien au final : je pars avec rien mais j’ai beaucoup appris », philosophe l’entrepreneur, qui regarde déjà la suite : un livre, « un projet sur les produits de la salle de bain et du linge » ainsi qu’un fonds d’investissement en cryptomonnaies destiné aux start-up industrielles et PME, nommé Banque des industries manufacturières (BIM). « L’idée est de créer le chaînon manquant entre le financement participatif et la Bourse, envisage-t-il. Pour ceux qui veulent investir de manière fluide dans des boîtes, mais ne peuvent pas passer par la Bourse, réservée aux grandes entreprises. »
Quant à Daan Tech, « la question de sa pérennité ne se pose pas », estime Damian Py, citant les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels, « des collaborateurs remarquablement compétents et motivés ainsi que de belles perspectives de développement ». Une bonne base pour la suite.
Et pour cause. « Ce n'est pas parce que Damian quitte la présidence que le travail n'avance pas, au contraire : il devrait même accélérer grâce à la levée de fonds qui va suivre », estime Nicolas Ravallec, nouveau directeur général de l'entreprise. Ainsi, dans l'année et demi qui précédera la sortie de Joe, l'entreprise va continuer de miser sur Bob en développant une offre à destination des entreprises et en développant son export aux Etats-Unis et en Asie. Le tout en conservant « nos valeurs de made in France, d'innovation, d'emplois locaux que nous avons depuis le début », assure-t-il.





