Chronique

Le lithium est le prochain défi d’Elon Musk

Le propriétaire de Tesla s’alarme de la flambée des prix du lithium, métal indispensable aux batteries des véhicules électriques. Il réfléchit à investir lui-même dans l’extraction du minerai.

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Tesla factory
Une Tesla contient environ 5 kg de lithium dans sa batterie. L'essor rapide de la demande devrait pousser celle-ci à dépasser l'offre au moins jusqu'en 2025.

Après avoir racheté Twitter, Elon Musk a peut-être trouvé son prochain défi : produire lui-même le lithium des batteries électriques de ses Tesla. « Actuellement, l’extraction et le raffinage de lithium sont devenus un facteur limitant », s’est inquiété le milliardaire américain lors de la présentation des résultats du constructeur automobile, le 20 avril.

Les batteries des véhicules électriques ne contiennent en moyenne que 2 à 3 % de lithium, soit 5 kg par voiture. Mais l’explosion de la demande pour ces voitures bas-carbone met le marché du métal blanc en surchauffe. En un an, la tonne d’hydroxyde de lithium est passée de 15 000 dollars à près de 80 000 dollars. Des prix « insensés », s’inquiète Elon Musk, qui renchérissent le coût final des voitures électriques et pourraient freiner l’électrification de la mobilité routière, un secteur à décarboner d'urgence.

L’inquiétude du patron de Tesla se comprend. Le lithium n’est pas un élément rare à la surface de la Terre. Mais entre 2022 et 2025, la demande devrait passer de 0,5 million de tonnes à 1,5 million. La production minière, concentrée en Australie et en Amérique latine, n’arrive pas à suivre cet envol spectaculaire. « Si la demande continue à croître sur son rythme actuel, le marché devrait rester en déficit significatif pendant plusieurs années, avec des prix à des niveaux élevés et le risque de détruire de la demande », anticipe Daisy Jennings-Gray, experte pour Benchmark mineral intelligence. D’autant qu’un projet de mine met au moins cinq à dix ans à voir le jour, s'il ne rencontre pas d'opposition particulière. Les tensions sur le marché devraient rester importantes au moins jusqu'en 2025. 

Elon Musk n'exclut pas de "se lancer directement"  dans le lithium

Une partie de la demande devra venir de gisements non-conventionnels, estiment les spécialistes. Mais ceux-ci nécessitent la mise au point de nouvelles technologies et aucun n’est encore exploité commercialement, malgré le foisonnement de start-up, dont l’américain Lilac, dans lequel a investi le constructeur américain BMW.

Elon Musk encourage donc « les industriels à se tourner vers le lithium ». Faute de quoi, Tesla pourrait faire le choix d’aller le chercher lui-même. Sur Twitter, Elon Musk a prévenu le 8 avril qu’il « devra peut-être se lancer directement dans l'extraction et le raffinage à grande échelle, à moins que les coûts ne s'améliorent ». De quoi faire spéculer le secteur sur le rachat potentiel d'un groupe minier dans les prochains mois. Pour sécuriser ses approvisionnements, Tesla dispose déjà de contrats d’approvisionnement de long terme avec le chinois Ganfeng lithium et l’australien Liontown resources. En termes d'investissement direct, Elon Musk n’en est pas à son coup d’essai. En 2015, il avait tenté de racheter pour 315 millions de dollars Simbol Materials, une start-up qui se faisait fort d’exploiter le gisement de Salton sea en Californie. Celle-ci a depuis fait faillite. En 2020, Elon Musk avait assuré avoir sécurisé un accès à un gisement potentiel d’argiles riches en lithium dans le Nevada. Sans suite pour l'instant.

Plus en aval, le constructeur automobile a aussi démarré la construction d’un site de raffinage au Texas à proximité de sa gigafactory, afin d’y produire de l’hydroxyde de lithium. Cette étape intermédiaire est jusque-là largement dominée par la Chine, qui concentre 90% des capacités mondiales de transformation. Après le nickel, pour lequel Elon Musk s'inquiète aussi des risques de pénurie et vient de conclure un contrat d'approvisionnement avec Vale, le lithium n'a pas fini de compliquer les plans du milliardaire américain.

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