Quel est le point commun entre le projet de six EPR 2, la nouvelle génération de sous-marins et la décarbonation de l’industrie ? Une filière nucléaire qui passe par Le Creusot (Saône-et-Loire). «Après avoir été bloqué par des questions de sécurité ou d’environnement, le nucléaire revient en grâce, porté par la décarbonation. Les sous-traitants qui s’étaient diversifiés doivent se repositionner sur la filière», explique Isabelle Laugerette, secrétaire générale de l’UIMM 71.
Depuis que la dynastie Schneider a fait l’acquisition de la fonderie royale du Creusot en 1836, la ville a développé son identité autour de la métallurgie attirant les acteurs du nucléaire dans les années 1960 avec l’arrivée de Framatome notamment et conforté par l’installation d’Industeel, filière d’Arcelormittal.
Des investissements à la hauteur des ambitions
«Nous forgeons des composants de grande dimension pour les générateurs de vapeur, les cuves, les pompes ou le circuit primaire», détaille Laurent Gless, directeur du site Framatome. En cinq ans, le site a doublé ses effectifs, passant à 500 salariés. «Nous avons aussi doublé l’activité avec une cadence de 80 à 100 pièces forgées par an.» Le groupe a par ailleurs lancé un important plan d’investissement au Creusot : 100 millions d'euros pour rapatrier la fabrication des internes de cuves de réacteurs nucléaires à horizon 2026 ou encore un centre technique de 1 500 mètres carrés flambant neuf…
A côté de cet acteur d’envergure, de nouvelles entreprises font le choix du Creusot comme Jimmy, qui engage 100 millions d’euros pour passer à l’échelle en installant son usine de microréacteurs à fission nucléaire. «Ils se destineront aux sites industriels qui cherchent des solutions énergétiques moins chères et décarbonées comme l’agroalimentaire ou la chimie», précise Mathilde Grivet, co-fondatrice de la start-up. Le futur site, trois bâtiments de 25 000 mètres carrés sur un foncier de 125 000 mètres carrés, devrait débuter son activité en 2025 et créer 300 emplois à termes. «Il y un ADN industriel au Creusot, un bassin d’emploi, des compétences spécifiques au nucléaire mais aussi un engagement des élus locaux», déclare la dirigeante, pour justifier le choix de cette localisation.

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S’outiller pour attirer
Malgré le dynamisme manifeste de la filière sur le territoire, des difficultés se font jour. Si Framatome profite de son attractivité, d’autres acteurs ont du mal à recruter. «Les PME environnantes peinent à rivaliser et on constate une pénurie sur des métiers comme les usineurs, les tourneurs…», constate Jean-François Debost, directeur général de Nuclear Valle, pôle de compétitivité des filières nucléaires.
Le Creusot compte toutefois sur les formations tournées vers le nucléaire du lycée Leon Blum mais aussi sur l’IUT génie mécanique et productique ou encore sa voie mesure physique tandis que l’UIMM prévoit l’ouverture d’une école de production dédiée au soudage dès la rentrée 2024. «Nous devons attirer des compétences et construire les infrastructures nécessaires pour accueillir les familles mais avec la problématique du foncier, nous avons un défi à relever pour que la filière puisse s’étendre.»
D’autant que les réflexions sont en cours pour que le seul maillon manquant de la chaîne trouve sa place sur le territoire. «On sait faire de petits réacteurs et nous avons les outils et les compétences pour réaliser tous les équipements jusqu’à 250 tonnes mais pas au-delà. Cependant, il y a un projet de ramener cette capacité à 500 tonnes au Creusot. Si on ajoute le souhait de l’Etat d’étendre la durée de vie des centrales et les projets internationaux, le nucléaire a de beaux jours devant lui au Creusot ! Il y a du travail pour deux générations au moins», conclut Jean-François Debost.





