Laval Virtual : « La réalité immersive tend à s’intégrer dans le système d’information des entreprises », observe le directeur du salon Alexandre Bouchet

Ce mercredi 12 avril, c’est le clap de départ pour la 25e édition de Laval Virtual. Plusieurs milliers de visiteurs pourront y découvrir et même essayer, durant cinq jours, les nouveautés en matière de réalité virtuelle, augmentée ou mixte. S’il s’est ouvert au divertissement grand public et à l’art, ce salon est cimenté par son pilier historique, l’industrie, pionnière des technologies immersives. Pour Industrie et Technologies, Alexandre Bouchet, directeur de Laval Virtual, déchiffre les tendances et souligne notamment l’importance croissante de la réalité mixte, dont le français Lynx se veut le nouveau porte-étendard.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Alexandra Bouchet succède à Laurent Chrétien à la direction du salon Laval Virtual. Il est en parallèle directeur général de Clarté, une entreprise de services numériques spécialisée dans la réalité immersive et l'IA.

La 25e édition de Laval Virtual ouvre ces portes ce mercredi 12 avril. Dans quelle mesure ce salon a-t-il contribué à promouvoir les technologies immersives dans l’industrie ?

Laval Virtual a initié la communauté française à ces technologies. Du fait de son antériorité, c’est un évènement aujourd’hui reconnu par l’ensemble des professionnels. Jusqu’en 2017, c’était le seul endroit en France où les entreprises en recherche d’innovation et d’avance de phase pouvaient découvrir la réalité virtuelle ou augmentée.

De nouvelles générations de casques ont ensuite marqué un renouveau et ont pu faire l’objet de démonstrations dans des salons-métiers tels que Global Industrie. Mais Laval Virtual demeure le point de rendez-vous annuel des fabricants de casques et des éditeurs de logiciels. En tant que salon thématisé, nous n’avons presque plus de concurrents, l’évènement parisien Virtuality ayant accompli un virage vers le Web3, les NFT…

Quelles sont les tendances actuelles ? De nouveaux acteurs se manifestent-ils ?

Parmi les nouveaux acteurs qui montent en puissance, citons Lynx (qui conçoit un casque de réalité mixte, ndlr). Cette start-up a réservé un stand de 130 m2, le plus gros du salon, présente des produits finis et vient accompagnée d’éditeurs de logiciels et d’utilisateurs de son casque. C’est la première fois qu’un acteur européen et a fortiori français se positionne sur le marché du matériel.

Ensuite, la notion de collaboration dans les simulations immersives s’impose. On passe d’une expérience solo à une expérience multi-utilisateurs. Cette pratique va se généraliser car la population détenant un casque et en capacité de participer à ces simulations, quoiqu’encore marginale, progresse de jour en jour.

Par ailleurs, les solutions de réalité immersive tendent à s’intégrer dans le système d’information des entreprises. Elles ne sont plus décorrélées. Microsoft, en particulier, les déploie dans sa suite Office 365, notamment Teams, où l’on pourrait partager un fichier CAO. C’est une première concrétisation du métavers industriel.

Sur un plan technique, tous les fabricants, dont Lynx, Varjo ou encore HTC, annoncent, développent ou commercialisent déjà des casques de réalité mixte « video pass through », équipés de caméras filmant la réalité. C’est le meilleur des deux mondes : tantôt la réalité virtuelle à 100%, tantôt l’incorporation de modèles 3D dans le monde réel. Ce type de casque est plus immersif qu’une paire de lunettes de réalité augmentée, au champ de vision plus limité, par exemple 50° en diagonale pour les Hololens 2.

Justement, la réalité augmentée, conçue pour être proche du poste de travail, peine à convaincre, en particulier dans sa version casque. Et les déconvenues récentes des Hololens de Microsoft n’incitent pas à l’optimisme. Quel est votre diagnostic et comment la situation pourrait-elle s’améliorer ?

Les Hololens 2 sont un bijou de technologie dont on sous-estime la complexité. Mais leur adoption reste freinée par leur coût, leur fragilité, leur usage complexe… La réalité mixte est moins chère et profite d’un champ de vision supérieur, sans être plus complexe. C’est pour ces raisons qu’elle prendra le relais, mais de manière temporaire. Car l’affichage transparent mis en œuvre dans la réalité augmentée possède l’avantage indéniable de maintenir le lien avec la réalité.

Des verrous devront cependant être levés pour que cette technologie soit plus aboutie, ce qui n’arrivera pas avant des années voire des dizaines d’années. Les enjeux principaux sont l’augmentation du champ de vision et la miniaturisation du dispositif, qui sont antinomiques en optique. L’affichage 3D requiert aussi de la puissance de calcul, donc de l’énergie, donc une batterie qui occupe de l’espace…

Formation, conception, maintenance… Les usages de la XR dans l’industrie vont-ils en rester là ou s’étoffer ?

Ce triptyque offre encore un champ énorme de possibilités. Dans l’industrie peut s’y ajouter la production, pour laquelle la réalité virtuelle n’est pas une option, au contraire de la réalité augmentée. Toutefois, celle-ci n’a de sens que pour des tâches complexes alors que l’industrie veut rendre chaque tâche unitaire la plus simple possible. Le nombre d’opérateurs qui en auraient besoin est donc relativement faible.

Le deuxième problème, c’est le coût de développement logiciel de ces assistants en réalité augmentée. L’effort est d’autant plus important que les pièces sont diverses et les modes d’assemblage variés.

Laval Virtual organise une conférence intitulée « Metaverse dilemmas ». L’industrie croit-elle au métavers, alors que le département Reality Labs de Meta, qui a remis ce concept au goût du jour, a accusé près des pertes de 14 milliards de dollars en 2022 ?

La réponse, difficile, dépend de la taille des entreprises et de la compréhension qui est faite de ce terme « métavers ». Le mot a été beaucoup trop utilisé pour requalifier des pratiques existantes, à l’instar des réunions immersives. Tout ce qui faisait appel à la 3D temps réel, au Web3, aux NFT devenait un métavers… On n’y comprenait plus rien.

Le métavers décrit plutôt la généralisation à long terme de l’usage des réalités virtuelle et augmentée et intéresse déjà les entreprises, surtout les plus grandes. Mais l’erreur des médias généralistes a été de croire qu’il allait survenir maintenant. Dans son discours inaugural de 2021, Mark Zuckerberg (PDG de Meta, ndlr) parlait bien d’une vision à cinq ou dix ans.

Pour finir, qu’est-ce qu’il ne faut pas manquer cette année à Laval Virtual ?

Hormis Lynx et Microsoft déjà évoqués, je citerais l’américain Haptx. Ce fabricant de gants à retour d’effort avait fait parler de lui lors d’une démonstration impliquant Jeff Bezos et vient à Laval pour la première fois.

Quant au projet Quantum Bar, présenté dans le cadre de Revolution Experiences, il met en scène un avatar 3D de barman couplé à un modèle conversationnel GPT-3. C’est intéressant de voir une IA sous une apparence humanoïde, capable de soutenir une conversation et de détecter les sentiments de l’utilisateur.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Chez Framatome, façonnons les réacteurs nucléaires de demain !

Un avenir énergétique 100% électrique et bas carbone ? Tout le monde en rêve, mais le défi est bien vaste ! Entreprise industrielle de la métallurgie, au service de la filière nucléaire, chez Framatome, chaque innovation, chaque calcul d’ingénierie, chaque soudure, contribue à cet objectif.

Le témoignage
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs