« Nous avons voulu casser les codes par rapport à l’existant » , affirme d’entrée de jeu Jean-Baptiste Beyssac, PDG et cofondateur de la start-up SESA, qui conçoit des ombrières photovoltaïques intelligentes, « car nous avions la sensation que la plupart des centrales agrivoltaïques existantes sont en fait des centrales au sol qui ont juste été rehaussées ».
Dix fois moins d'acier nécessaire
En partant de ce constat, la start-up a mis au point une ombrière au design unique en son genre, appelée Ecotrack, dont un premier démonstrateur a été inauguré le 17 octobre dernier sur un terrain de 400 mètres carrés de l’Agricampus 66, dans les Pyrénées orientales. « Nous avons ainsi fait le choix de travailler des structures où les panneaux solaires reposent directement sur des câbles tendus mis en rotation, situés à environ 5 mètres du sol » , indique-t-il, une innovation pour laquelle un brevet a d’ailleurs été déposé. Cela diminue l’emprise au sol mais aussi l’impact visuel de la centrale.
L’entreprise a également fait le choix de ne pas utiliser de béton dans la conception du dispositif : cela lui permet d’être réversible et d’avoir un impact limité sur la qualité du sol. « L’un de nos plus gros paris a été d’utiliser du bois en remplacement de l’acier. C’est une filière très développée en Occitanie, et le bois est un matériau très résistant. Grâce à cette innovation, nous avons divisé par 10 la quantité d’acier nécessaire » , précise le PDG.
Suivre l'état local du ciel
L’ensemble est couplé à une troisième innovation, qui est cette fois logicielle. « Nous sommes issus du monde du logiciel, plus précisément du laboratoire PROMES (PROcédés, Matériaux et Energie Solaire) du CNRS à Perpignan. Nous exploitons d’ailleurs un brevet du CNRS, avec de grosses compétences sur l’analyse d’images issues de caméras qui filment l’état local du ciel » , rappelle Jean-Baptiste Beyssac.
Grâce aux données obtenues, ils peuvent connaître exactement les différentes composantes de l’éclairement solaire. « Cela nous donne d’une manière assez précise la dose de lumière qui va atteindre le feuillage de la plante, et servir pour la photosynthèse » , souligne le PDG.
Par ailleurs, de l’imagerie est aussi réalisée directement sur les cultures : « Cela nous donne des indications sur le stade de floraison, de véraison (c’est-à-dire les débuts de formation du fruit), etc. A partir de ces données, nous pouvons respecter les seuils d’éclairement nécessaires aux plantes pour chaque stade de croissance ».
Enfin, les données météo sont également intégrées au système, qui fonctionne de manière autonome. Le tout donne un système performant permettant à la fois de maximiser la production électrique et d’assurer le bon développement des cultures.
Deux partenariats à venir
Et la solution séduit puisque la start-up devrait signer des partenariats avec deux industriels en décembre prochain pour accélérer son développement industriel et la mise sur le marché de son produit. La première centrale agrivoltaïque équipée par Sesa devrait ainsi être construite à l’été 2026.
Parallèlement, « nous projetons de lever 1,5 million d’euros dans les mois à venir, ce qui doit nous amener, entre autres, vers une commercialisation à grande échelle de la solution, en France ou à l’international », poursuit Jean-Baptiste Beyssac . En termes de volume, l’entreprise espère, à terme, vendre « trois ou quatre centrales par an, pour des projets qui tourneront au début autour de 1 MW crête, pour atteindre rapidement autour de 10 MW crête » .





