L'Usine Nouvelle – Comment avez-vous eu l'idée de construire le plus grand avion du monde ? Quel était le point de départ ?
Mark Lundstrom, PDG de Radia – Je voulais trouver une occasion de réunir les secteurs de l'aéronautique et de l'énergie pour réduire les émissions de CO2 de manière durable. Les grands fabricants d'éoliennes savent fabriquer des pales plus longues qu'un terrain de football, mais leur transport reste un défi. Ils ne peuvent que les installer en mer alors que le marché est 10 à 20 fois plus important à terre. La filière s’est associée pour demander à un entrepreneur aéronautique de les aider à trouver comment déplacer ces énormes objets vers les endroits les plus difficiles d'accès. Maintenant, nous travaillons avec presque toutes les entreprises de turbines éoliennes au monde pour leur permettre d’augmenter la taille de leurs machines.
Pourriez-vous décrire une journée de travail typique chez Radia ?
Notre équipe est constituée de personnes issues de grandes entreprises aéronautiques, d’institutions académiques et de certains laboratoires gouvernementaux. Nous travaillons tous au bureau à Boulder (Colorado), avec peu de télétravail. Lorsque vous développez une nouvelle technologie, c'est important de pouvoir avoir des discussions informelles et pouvoir chercher des idées ensemble.

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Votre ingénierie est-elle faite en interne ou en sous-traitez-vous une partie ?
Nous faisons l'ingénierie de base en interne, comme pour les tests en soufflerie. En parallèle, nous avons construit une chaîne d'approvisionnement avec les meilleures entreprises de l'industrie aéronautique pour s’occuper des systèmes complexes. La production du WindRunner sera à 70% européenne.
Le premier vol du WindRunner est prévu avant 2030. Pourquoi pensez-vous que ce soit encore possible ?
Nous travaillons sur ce projet depuis huit ans et nous avons fait le choix d’être discrets pendant sept ans, sans communiqué de presse, ni site web. C’est pour cela que beaucoup de gens pensent que notre projet est très rapide. En réalité, l'une des raisons pour lesquelles nous pouvons l’être, c'est que nous concevons l'avion autour de choses qui sont déjà en production, comme des moteurs déjà certifiés. Nous avons pris des pièces d'autres avions et les avons assemblées. Quand vous faites cela, vous avez beaucoup moins de risques technologiques, moins de coûts et de risques de calendrier parce que vous utilisez des choses qui sont déjà éprouvées.
Quand doit commencer la production ?
Nous avons déjà activé notre chaîne d'approvisionnement. Après, cela va dépendre de chaque composant. La chose la plus importante, c'est que nous allons changer d’échelle en passant de notre équipe d'ingénierie à un travail avec les 20 fournisseurs avec lesquels nous avons signé des contrats.
Où prévoyez-vous de construire votre usine ?
Nous aurons un centre d'assemblage en Europe et un centre de finition aux États-Unis. Il y a de bonnes chances que le premier soit en Italie. Nous avons des relations très étroites avec le gouvernement italien, avec Leonardo et avec Magnaghi Aerospace (qui développe le système d’atterrissage du WindRunner, ndlr).
Avez-vous sécurisé tous les fonds nécessaires pour le projet ?
Nous n'avons pas annoncé le coût total, mais ce sera plus d'un milliard de dollars, et nous sommes largement soutenus par les gouvernements. Nous avons environ 60% du financement total qui a maintenant été engagé par ces derniers et nous travaillons à rassembler le reste. Initialement, nous étions très concentrés sur l'énergie éolienne, mais maintenant, nous sommes également très concentrés sur les applications militaires. Surtout parce qu'en Europe, il y a des centaines de milliards d'euros qui sont engagés pour le réarmement.
Avez-vous discuté avec le gouvernement français ?
Oui, en ce moment nous sommes en discussions avec la plupart des gouvernements européens. La flotte cargo mondiale est largement contrôlée par l’armée américaine et ses modèles comme le C-5 Galaxy ou le C-17 ne sont plus produits. Le WindRunner sera le premier avion capable d'atteindre leurs capacités. Nous pouvons pour cela nous appuyer sur l’expertise d’anciens hauts gradés de l’armée spécialistes du sujet.





