Le réacteur numéro 1 de Gravelines faisait l’objet d’une banale opération de renouvellement de combustible lorsque l’incident s’est produit. A l’ouverture du capuchon de la cuve le 10 août, un robot caméra permet rapidement de s’apercevoir qu’une des 157 barres d’uranium, appelées assemblages, est restée accrochée aux « éléments internes supérieurs ». Ces éléments, qui permettent de maintenir les barres assemblées, doivent en être impérativement détachés pour l’opération de maintenance, qui décharge les barres une par une.

Chacune des barres d’uranium doit être périodiquement changée de place dans le réacteur pour épuiser son potentiel énergétique. Elle est déchargée/rechargée à quatre reprises, tous les 12 ou 18 mois.
Pas les mêmes causes au Tricastin
Ce genre d’incident a été constaté à deux reprises par le passé : au Tricastin en 2008 et à Nogent-sur-Seine en 1999. Au Tricastin, certaines barres ne respectaient pas un alignement qui permet à leur extrémité d'être centrée : les têtes d'assemblage étaient décalées par rapport au pion censé s'y insérer. A l’origine, « une bille de roulement tombée d'un pont de manutention au fond de la cuve du réacteur » explique Jean-Marc Dedourge, adjoint au chef de la division de Douai à l’Autorité de sûreté nucléaire. «La bille avait coincé au niveau d’un assemblage lors du rechargement et en avait décalé un autre » poursuit-il. Le problème était décelable sur la vidéo de surveillance, qui montrait un espacement inter assemblages supérieur à la maximale de sécurité de 10 millimètres. A Gravelines, le jeu inter assemblages n’est pourtant pas en cause. Les vidéos du chargement précédent ont été revisionnées, et le « jeu est bon » indique l’inspecteur de l’ASN. Ce dernier est chargé du suivi de la centrale de Gravelines depuis 4 ans : dans son rapport suivant l’inspection du 10 août, l’ASN n’est pas tendre avec EDF.
L’outillage est en cours de fabrication

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Les causes de l’incident encore inconnues, EDF s’attèle aujourd’hui à concevoir un outil pour sauver son combustible, sur le modèle de celui conçu pour Tricastin. Gravelines nécessite quelques adaptations : « Deux barres étaient concernées au Tricastin contre une seule à Gravelines, et les positions ne sont pas les mêmes » explique Jean-Marc Dedourge. Cet outil devra permettre de sécuriser l’assemblage pour ensuite le décrocher et le transporter dans la piscine de stockage du combustible.
« Les différents composants sont en cours de fabrication », indiquait EDF dans sa note d’information du 18 août. « Le dossier technique de la solution et l’analyse de risques de l’intervention seront transmis prochainement à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ainsi qu’à l’Institut pour la Radioprotection et la Sûreté Nucléaire (IRSN) » poursuit la note. « Nous devrions recevoir le dossier aujourd’hui ou demain », indique Jean-Marc Dedourge de l'ASN.
L’outil sera testé en conditions réelles au Cetic, un centre d’expérimentation de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) qui comprend notamment des composants comme la cuve du réacteur, les internes, les générateurs de vapeur, les dispositifs de chargement et de transfert du combustible, un pressuriseur, une pompe primaire et une piscine de réacteur.
Une fois le test grandeur nature validé, EDF pourra enfin récupérer le combustible suspendu : « cela devrait aller vite », estime l’agent de l’ASN. L’opération de sauvetage proprement dite avait duré trois jours au Tricastin. Mais trois semaines d’arrêt non prévu du réacteur risquent de coûter cher à EDF : le manque à produire en termes d'électricité durant 6 semaines au Tricastin s’est chiffré « en millions d'euros », a reconnu le directeur de sa centrale Alain Peckre. Contactée, la direction de la centrale de Gravelines n'était pas disponible dans l'immédiat pour commenter ces informations.
"Dans l'hypothèse d'une chute de cet assemblage, les calculs réalisés par les experts d'EDF montrent que les conséquences radiologiques à l'extérieur du site seraient très inférieures aux valeurs réglementaires (...) pour la population, et qu'elles ne nécessiteraient donc pas d'actions de protection vis-à-vis des salariés de la centrale, de la population et de l'environnement", assure EDF. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a provisoirement classé l'incident au niveau 1 de l'échelle des événements nucléaires, graduée de 0 à 7.
Les leçons de Tricastin
Les réacteurs français ont été construits en série : la cause de l'incident à Gravelines sera recherchée et corrigée, et la procédure sera adaptée pour ne plus reproduire le problème. Tous les correctifs mis en place à la centrale du Tricastin depuis l'incident du 8 septembre 2008 ont par exemple été appliqués aux modèles similaires du parc nucléaire français. Ainsi, la procédure de levage des internes supérieurs de Gravelines s'est faite à petite vitesse, une caméra scrutant tout combustible accroché. Les ARI, bouteilles de respiration destinées aux travailleurs, étaient également à portée de main.






