Disons-le tout net : saisir la vie politique en Inde relève de l’exploit. Alors que ses deux partis clés, le Congrès à gauche et les nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP), ourdissent déjà leurs armes à dix mois des législatives, la "plus grande démocratie du monde" reste un enchevêtrement de tendances, comparable à un embouteillage à Delhi. Nos deux partis – le premier au pouvoir, le second s’y voyant déjà – mènent chacun une coalition : l’UPA pour le Congrès et la NDA pour le BJP. Mais chacun des atomes d’Inde dispose de sa représentation.
Le spectre politique, des centaines de partis dont 39 au Lokh Sabha (l’Assemblée), court de l’extrême gauche (trois partis communistes) à l’ultra-droite hindouiste du Shiv Sena, allié du BJP, dont le fondateur admirait Hitler. Tout cela s’entrecroise au sein de 28 États dotés de "chiefs ministers" (CM) de couleurs variées et, bien sûr, de l’État fédéral mené par le Premier ministre Singh, 80 ans. À cela se mêlent un syndicalisme fiévreux, l’éruption de mouvements tel celui du croisé anticorruption Anna Hazare ou d’influents gourous comme Baba Ramdev.
Comme à Rio ou à Istanbul, la classe moyenne s’était éveillée en début d’année, conspuant l’inaction policière contre les viols. Pourquoi s’intéresser à ce méli-mélo à la tandoori ? Simplement car l’avenir économique du pays et son attrait pour les investisseurs en dépendent. Ce système brownien, qu’on n’accablera pas comparé à l’autoritarisme chinois, a pour dommages collatéraux croissants l’indécision chronique et la corruption maladive. En mal de réformes et d’infrastructures, affligée d’une croissance en berne et d’une roupie au plus bas, l’Inde a besoin d’un nouveau départ. Et de leadership.
Nos deux partis clés ont choisi leur chef de file pour la bataille. Le BJP a opté pour Narendra Modi, 62 ans, CM du Gujarat, prospère État de l’Ouest. Aussitôt, la vie politique s’est centrée sur lui. La presse vient de le qualifier de "Rambo" pour avoir médiatisé le sauvetage de 15 000 gujaratis piégés par les inondations meurtrières de l’Uttarakhand.

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Mais sous son air de grand-père barbu, "NaMo" est une figure clivante : il n’aurait rien fait pour éviter des émeutes antimusulmanes en 2002 dans son État. La justice l’a blanchi sans éteindre le soupçon. Réputé être l’un des politiques le plus "probusiness" du pays, twittos accompli, l’aspirant Premier ministre délivre un message simple : le Gujarat marche, je ferais de même pour l’Inde. Baba Ramdev le soutient et bien des petits patrons aussi.
Et le Congrès ? Au pouvoir huit années sur dix depuis 1947, il s’en remet à Rahul Gandhi. À 43 ans, ce petit-fils d’Indira, malgré son charisme, est depuis 2004 un député sans éclat. Et a surtout son nom pour lui. Pas sûr que cela suffise.
Pierre-Olivier Rouaud





