La victoire du parti nationaliste hindou BJP, qui a laminé le parti du Congrès, est un choc inédit en Inde. L’autoritaire Narendra Modi, son leader, qui a prêté serment comme Premier ministre, a reçu un mandat des plus nets pour gouverner. Le défi majeur de l’ex-« chief minister » du Gujarat sera de réactiver la croissance, tombée à 4,5 % l’an dernier. Comment ? Pas par un plan de relance. Vu l’inflation (9 %), le déficit commercial, les goulots d’étranglement du secteur productif ou le déficit public (4,5 % du PIB), ce serait incongru. Seule voie possible : des réformes structurelles, sur quatre chantiers notamment. Le premier sera de s’attaquer à la légendaire bureaucratie indienne. « Namo » se vante d’avoir fait du Gujarat, l’État le plus « business friendly » du pays. Reste à le faire pour toute l’Inde, qui arrive 134e sur 189 pays au classement « Doing business » de la Banque mondiale. Fiscalité, règles administratives ou foncières… tout doit être revu. Le challenge sera de simplifier le Moloch sans alimenter la corruption, autre mal endémique indien à combattre. Limite de l’exercice : en Inde, une bonne partie des règles relève des États et non du pouvoir fédéral. De plus, le BJP majoritaire au Lok Sabha, la Chambre basse, ne l’est pas au Rajya Sabha, le Conseil des États, et devra composer avec cette Chambre haute. Deuxième chantier : la relance des infrastructures. Les secteurs énergétiques et logistiques restent les principaux points bloquants de l’économie. Avec un réseau de 1 600 km, l’Inde compte moins d’autoroutes que la Belgique. D’innombrables projets traînent dans les cartons, dont l’immense corridor logistique Delhi-Mumbai. Le BJP a promis de construire 25 km d’autoroutes… par jour ! Troisième chantier : la réforme des groupes publics. L’Inde recèle quelques mammouths réputés ingouvernables, tel Indian Railways. Le dossier le plus urgent est celui de Coal India. Ce groupe coté en Bourse (10 %) cumule les scandales, affaires de corruption ou dysfonctionnements, expliquant en partie le déficit électrique du pays. Il pourrait être scindé. Sacré challenge. Le dernier chantier sera de rassurer les investissements étrangers. Après l’exaltation pour l’Inde émergente au cours de la décennie passée, la plupart d’entre eux sont sur leur quant-à-soi. Compliquée, imprévisible, l’Inde effraie. Un gouvernement stable pour cinq ans a de quoi réconforter. Il faudra plus que cela. L’accès aux capitaux étrangers de secteurs comme la distribution ou les industries de Défense font partie des signaux attendus. Tout comme l’abrogation des incroyables impôts rétroactifs édictés par le pouvoir précédent et qui ont frappé IBM, Shell ou Nokia. Nota bene franco-français : Narendra Modi confirmera-t-il le contrat Rafale
Inde, les chantiers de Modi
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