Le président François Hollande l’a dit dès le soir de son élection : la relance de la production sera son premier combat. Il aurait même arrêté sa feuille de route industrielle pour les premiers jours de son mandat : loi interdisant de fermer une usine rentable, création d’une banque publique d’investissement, création d’un haut-commissariat à l’industrie… Bref, il entend mettre en œuvre son programme rapidement sur ce thème. Espérons quand même que sa relance de la production sera un peu plus ambitieuse. On ne redressera pas la France de l’industrie en sauvegardant seulement nos usines existantes mais en en inventant de nouvelles, en créant un terreau favorable aux nouveaux sites de production.
Et pour créer cet environnement, il faut bien comprendre les forces à l’œuvre dans ce secteur, là où se crée aujourd’hui la richesse. Il y a 120 ans, lorsque l’Usine (pas encore Nouvelle) a vu le jour, les start-ups se dénichaient dans la sidérurgie. Elles faisaient l’industrie, elles étaient le cœur de l’industrie. N’en déplaisent aux salariés d’Arcelor-Mittal, ce n’est plus à l’ombre de leurs hauts-fourneaux qu’elle s’invente désormais. Les start-ups aujourd’hui, on les trouve dans le numérique. C’est dans le creuset de cette révolution technologique (industrielle affirme Jérémy Rifkin) que la France, et son nouveau gouvernement, doivent penser l’avenir des usines pour relancer durablement la production.
Et si certains pensent que parier sur le numérique revient à se fabriquer un avenir dématérialisé, ils se trompent. Oui, les supports changent. Oui, le papier n’aura peut-être plus la position dominante qu’il occupait le siècle dernier. Oui, des usines vont fermer. Mais, derrière ces destructions de valeur, de nouvelles opportunités émergent. On rangeait hier nos papiers dans des classeurs, des armoires ou des dossiers ? On le fera demain dans des "devices" (ordinateurs, tablettes, smartphone…). On bâtissait hier des usines géantes, des cathédrales ouvrières ? On fait pousser, aujourd’hui, des datacenters pour y stocker nos données et de nouvelles manufactures, plus modestes, sont en gestation grâce à la technologie d’impression 3D.
En fait, ce qui est en train d’émerger, c’est une nouvelle supply-chain. Du fournisseur au distributeur, tout le monde est questionné par la numérisation de notre société. Toutes les entreprises vont être amenées à revoir leur chaîne de valeur et leur business modèle. Et, à l’heure où le gouvernement souhaite nouer un pacte productif, il a le devoir de regarder l’industrie telle qu’elle est et surtout d’imaginer ce qu’elle pourrait être. Les révolutions industrielles sont aussi une histoire de volonté… politique, il va s’en dire !





