Mais qu'a-t-il pris à la présidente du grand Louvre? Conseillé par quelques cabinets influents, dont le plus connu d'entre eux, la voici qui décide sur un coup de tête ou presque, de restaurer la Joconde. De cette façon, consultants et dirigeants - les conservateurs du Louvre sont beaucoup plus réservés - espèrent redynamiser les visiteurs, entre ceux qui voudront revoir Mona Lisa après son lifting chimique. L'opération qui s'annonce des plus périlleuses, tant le tableau de Leonard de Vinci est devenue une icône intouchable... Et d'un point de vue technique, l'opération s'avère des plus délicates, tant les vernis sont fragiles et qu'un geste de trop pourrait détruire le tableau.
C'est Aurélien, le conservateur des peintures, qui est chargé de cette mission dans L'allègement des vernis, premier roman de Paul Saint Bris. Une mission qui ne l'enchante pas vraiment. Personnage nostalgique, inquiet par la fuite du temps, il n'est pas vraiment de cette époque où le poids du marketing grandit. Mais bon petit soldat, il fera ce qu'on lui demande. A commencer par trouver le restaurateur idoine, celui-là même qui saura s'arrêter à temps dans le retrait des couches de vernis jauni posés au fil des temps. Mais trouvera-t-il vraiment la bonne personne?
Paul Saint Bris dit son amour pour la peinture et les êtres pas vraiment de leur époque. Car les péripéties nombreuses, et souvent drôles, qui se déroulent au cours de ce roman narrent l'histoire de ce tableau qui a, au fil des ans, acquis une renommée internationale. C'est sûrement l'une des dix images que tout le monde connaît, ou presque. De l'histoire rocambolesque de son arrivée en France à son vol au début du siècle dernier, tout, dans l'histoire de la Joconde, participe du mythe.
Amour de la peinture
C'est aussi un roman d'un amoureux de la peinture qui sait expliquer le génie technique et pictural de De Vinci dans cette oeuvre. C'est un moyen d'aborder de nombreux thèmes, car la Joconde est aussi politique: faudrait-il la restituer aux Italiens? Comment le ministère de la Culture et la présidence de la République vont-ils réagir à l'annonce du projet de rénovation?
L'allègement des vernis est aussi l'occasion de découvrir un monde méconnu, celui des restaurateurs de tableaux, qui doivent intervenir et surtout savoir quand s'arrêter, connaître suffisamment d'histoire de l'art pour avoir une idée précise de l'aspect originel du tableau, mais aussi des compétences techniques en matière de dissolvant et autres alchimies. De leur dextérité et leur savoir dépend le résultat final.
Le récit est haletant, alternant les poids de vue des personnages au fil de chapitres courts. Parmi les qualités de Paul Saint Bris, on notera aussi une vraie générosité envers ses personnages. Les seconds rôles, comme on dirait au cinéma, existent vraiment et participent au plaisir de la lecture de ce livre, qui donne une envie folle de retourner voir Mona Lisa au Louvre, avant qu'on ne la restaure.
L'allègement des vernis, Paul Saint Bris, Editions Philippe Rey





