C’est une assemblée indisciplinée qui a accueilli le discours de politique générale d’Elisabeth Borne. Un hémicycle bruissant d’applaudissements mais aussi de huées venues des oppositions, en particulier sur le sujet des retraites où elle a affirmé, sans plus de précisions, « qu’il faudrait travailler plus longtemps ».
La présidente de l’Assemblée a dû à plusieurs reprises rappeler à l’ordre les députés. La Première ministre n’a pourtant pas manqué d’appeler à la concertation, proposant « ensemble, de redonner un sens au mot compromis trop longtemps oublié ». Elle a interpellé tour à tour nommément un certain nombre de présidents de groupe, sur différents thèmes. Une rhétorique récurrente destinée à montrer qu’elle pouvait trouver « des majorités de projets », voire « des majorités d’idées » avec un programme présenté comme un socle. « Mais les moyens de l’atteindre pourront être enrichis et amendés », concède-t-elle. Face à la division, elle a estimé : « l’heure n’est pas à nous compter, mais à nous parler », « en bonne foi et en bonne intelligence ». Elle a conclu en renvoyant chacun à ses responsabilités : « Voulons-nous bloquer ou voulons-nous construire ?»
Ecologie radicale
En 1h30, elle a balayé tous les grands sujets régaliens d’éducation, de santé, de défense mais aussi les chantiers plus urgents de pouvoir d’achat, de contrôle des dépenses publiques, d’écologie, d’égalité des chances. Il n’y a que sur un point que le compromis ne semblait pas de mise, c’est sur l’écologie. « Il faut une réponse radicale à l’urgence écologique » a-t-elle affirmé, appuyant le fait qu’elle prenait à son compte le mot de « radicalité », pour transformer tous nos modes de production et de consommation en créant de nouvelles filières. « L’urgence climatique impose des solutions fortes et radicales » et chaque ministre sera doté d’une feuille de route sur le climat et la biodiversité. Une concertation aura lieu à la rentrée pour une nouvelle loi d’orientation énergie-climat. Sur ce chapitre, Elisabeth Borne a réaffirmé que « la transition énergétique passe par le nucléaire » et l’accélération de la mise en œuvre des énergies renouvelables. Pour permettre à l’énergéticien national d’investir dans les nouvelles centrales, elle a déclaré « je vous confirme l’intention de l’Etat de détenir 100 % du capital d’EDF ».
Investissement et baisse des impôts de production
Au-delà, la Première ministre a décliné de nouveau l’ambition - déjà dans le programme du candidat Macron - de rénover 700 000 logements par an, l’accès de tous à des transports propres via le ferroviaire et l’aide à la conversion de véhicules ou la location de véhicules électriques pour 100 € par mois. Des automobiles qui seront fabriquées en France, souligne-t-elle. Sur ce chapitre de l’industrie, Elisabeth Borne a réaffirmé l’ambition de souveraineté du pays, soutenue en particulier « par les 50 milliards d’investissement du plan France 2030 ». Actant que le précédant quinquennat avait mis un coup d’arrêt à quarante ans de désindustrialisation en France, elle a réitéré l’ambition d’une poursuite de la baisse des impôts de production. Ils passeront par « la suppression totale de la CVAE, qui sera inscrit dans la loi de finances de 2023 ». Les 8 milliards d’économies que cela représente pour les entreprises seront intégralement compensés aux collectivités locales. Reste à faire aboutir ses ambitions, avec cette méthode participative qu’elle propose à l’Assemblée. La mise en œuvre des prochains projets de loi seront le juge de paix de sa faisabilité.





