Etude

«Déconnecté de la réalité», le Chips Act n’atteindra pas son objectif, juge la Cour des comptes européenne

La Cour des comptes européenne juge «hors de portée» l’objectif que s’est donné l’Europe d’atteindre 20% de la production mondiale de puces électroniques d’ici à 2030, selon un rapport publié lundi 28 avril. Les financements prévus par le Chips Act sont trop concentrés sur une poignée d’acteurs, regrettent notamment les auteurs.

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Thierry Breton présentant le Chips Act européen le 8 février 2022
En 2022, Thierry Breton, alors Commissaire européen au Marché intérieur, exhibant une plaquette de puces.

Le constat est sans appel. Alors que la Commission européenne voudrait voir la part de l’Europe dans la production mondiale de puces électroniques doubler d’ici à 2030, pour atteindre 20%, la Cour des comptes européenne juge cet objectif «hors de portée», selon un rapport publié lundi 28 avril. «Ces promesses sont déconnectées de la réalité et l’Europe est à la traîne dans la compétition mondiale pour la production de microprocesseurs», a asséné, lors d’une conférence de presse, Annemie Turtelboom, responsable de l'audit.

La part de l’Europe dans la production mondiale devrait plutôt atteindre 11,7% en 2030, évalue le rapport. Ses grandes recommandations : «confronter d’urgence le Chips Act à la réalité du terrain et actualiser la feuille de route», résume Annemie Turtelboom.

Bruxelles ne contrôle que 5% des fonds

Entré en vigueur en 2023 dans le but de redonner une indépendance à l’Europe dans la production de composants électroniques jugés stratégiques, le Chips Act doit signifier 86 milliards d’euros d’investissements. Un effort important mais potentiellement insuffisant, pointe la Cour des comptes européenne, qui le met en balance avec les 405 milliards d’euros investis dans l'industrie des semi-conducteurs entre 2020 et 2023. Un chiffre qui montre à quel point le secteur est capitalistique.

Surtout, le rapport des magistrats financiers note que Bruxelles ne contrôle que 5% de ces fonds, le reste relevant des Etats membres et de compagnies privées. Cela n’est pas problématique en soi, mais pose des soucis d’opacité et de contrôle : les Etats membres et les entreprises bénéficiaires des subventions n’ont pas l’obligation de rapporter à la Commission européenne l’état d’avancement des projets, la mettant ainsi dans l’incapacité d’évaluer l’efficacité des investissements réalisés.

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Déjà des déconvenues avec Intel et GlobalFoundries

Par ailleurs, note le rapport, la majorité de ces investissements sont concentrés sur une poignée de pays et d’entreprises. «Beaucoup d’argent a été mis sur quelques projets, donc l’échec de l’un d’eux aura un impact sur l’objectif d’atteindre 20% de la production mondiale, a souligné Annemie Turtelboom. Les gros acteurs vont jouer un rôle clé dans la réussite du Chips Act.»

Or les gros projets soutenant le Chips Act européen ont justement du plomb dans l’aile. En septembre 2024, le géant américain Intel a annoncé geler la construction de ses deux nouvelles usines en Allemagne et en Pologne. En France, l’américain GlobalFoundries est aux abonnés absents concernant le projet de mégafab commune avec STMicroelectronics. Seule l’usine du taïwanais TSMC à Dresde, en Allemagne, semble toujours sur les rails.

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