Décarbonation : Industriels et riverains clôturent un difficile dialogue sur la réindustrialisation de l'étang de Berre

Une dernière réunion publique organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP) s’est tenue mardi 8 juillet, à Berre-l’Étang (Bouches-du-Rhône), sur la réindustrialisation de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer. Si la nécessité de décarboner est reconnue, les moyens d’y parvenir ne font pas l’unanimité dans la population. La ligne 400 kV reste le point principal de tension.

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Débat CNDP Fos-Etang de Berre
Le débat organisé par la CDNP sur l'avenir industriel de Fos Berre Provence concerne une quarantaine de communes répartiés entre le Gard, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence.

Lancé, le 2 avril, sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), le débat public «Fos Berre Provence, un avenir industriel en débat» s’achèvera le 13 juillet. L’ultime réunion publique a rassemblé 350 personnes entre salle et visioconférence, mercredi 8 juillet, à Berre-l’Étang (Bouches-du-Rhône), dans une atmosphère plus apaisée que sur des rencontres précédentes (Beaucaire, Arles…), mais sans véritablement rapprocher les points de vue des industriels, élus locaux, associations environnementales, riverains des futurs projets… 

Tout le monde s’accorde sur le besoin de décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et de son bassin qui émet 25% des gaz à effet de serre industriels français et 40% des émissions de Provence-Alpes-Côte d’Azur, toutes activités confondues (17 à 18 millions de tonnes, chaque année). Les opinions sont beaucoup plus partagées sur l’accueil d’une trentaine de projets (entre usines existantes et potentielles) dans les énergies, la sidérurgie, la chimie, la pétrochimie, l’hydrogène ou l’aéronautique, même s’ils laissent entrevoir 15 à 20 milliards d’euros d’investissements et la création de 10000 emplois…

C’est la première fois que la CNDP organise, sur la base de la loi Industrie verte, un débat «global» sur un périmètre qui intègre une quarantaine de communes et porte jusque dans le Gard et les Alpes-de-Haute-Provence, en raison des impacts possibles des projets énergétiques de Fos sur les cavités de stockage de Manosque ou les infrastructures électriques.

La création d’une nouvelle ligne 400 kV de 65 kilomètres entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer est notamment prévue pour accroître l’alimentation électrique de la zone (le besoin est estimé à 5 GW supplémentaires) et sécuriser celle de la région. «Elle se fera», a confirmé le sous-préfet d’Istres, Christophe Borgus, pour rassurer les industriels, sans détailler si elle sera aérienne, comme l’étudie RTE, ou enterrée, comme le réclament les associations environnementales. «L’alimentation électrique arrivera en temps voulu, quel que soit le tracé», a-t-il déclaré au nom du préfet Georges-François Leclerc, qui «fera la balance des intérêts avec une obligation de résultat». 

Des «effets cumulés» sur territoire et populations à préciser

Une autre attente des porteurs de projets, des élus et des habitants concernait l’amélioration des mobilités autour de Fos. L’État a confirmé, le 30 juin, un apport de 95 millions d’euros au financement du contournement de Martigues-Port-de-Bouc et de la liaison Fos-Salon sur un montant total de 210 millions d’euros, abondé par les collectivités locales.

Une analyse des effets cumulés des projets sur le territoire et les populations a été menée par la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL). Quelques points ont été révélés en amont de sa présentation complète en septembre. Les impacts combinés les plus sensibles concernent l’utilisation de l’eau, les consommations d’électricité, le foncier ainsi que les aspects environnementaux (biodiversité, patrimoine paysager, cadre de vie…), en particulier sur le môle central de la ZIP de Fos où se concentrent les projets de Marcegaglia, Gravithy, Carbon, H2V, DEOS… Pour Sébastien Forest, directeur régional de la DREAL, la démarche devra être réactualisée et articulée, au fur et à mesure que les implantations se précisent. Il suggère que le Grand Port Maritime s’en charge.

De l’écoute, mais des positions parfois trop figées

Plusieurs industriels ont salué l’utilité du débat pour affiner leurs positions. «Ce travail a permis de faire évoluer la vision de l’industrie sur le territoire mais aussi la vision du territoire sur l’industrie. Avec l’intérêt collectif pour boussole, nous sommes prêts à lancer la décarbonation», souligne ainsi Pascal Kuhn, directeur des sites Airbus Helicopters à Marignane et Vitrolles. «Il faut produire autrement, créer un nouveau modèle. Les industriels veulent être acteurs du changement avec les élus, les associations, les habitants…», ajoute Stéphane Bergamini, délégué général de France Chimie Méditerranée. Jacques-Yves Floch, directeur de Marcegaglia, invite citoyens, élus et associations à encore discuter ou à visiter les sites. «Nous avons tous des choses à apprendre», admet-il.

Jean-Laurent Lucchesi, représentant du collectif Stop THT 30/13, opposé à la ligne 400 kV aérienne, reconnaît que «des intelligences ont émergé, mais que chacun est resté dans son récit. Il manque la coconstruction pour des solutions pérennes et solides». Les dockers CGT du Port redoutent les destructions d’emplois sur les usines existantes, si les implantations qui s’annoncent ne se concrétisaient pas. Ce qui n’empêche pas le collectif écologiste Cistude d’affirmer qu’ «une industrie décarbonée n’est pas une industrie dépolluante». La CNDP espère que les échanges contribueront à «un nouvel âge du rapport des industries aux territoires». La partie n’est pas encore gagnée.

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