A l’instar des panneaux sandwichs dans le bâtiment, les skis sont difficilement recyclables. Seulement 7% d’un ski conventionnel peut être valorisé, rappelle le groupe Rossignol. Au terme de trois ans de recherche et développement, le leader mondial du ski (1 230 employés, cinq usines dont trois en France et 313 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2021-2022), basé à Saint-Jean-de-Moirans (Isère), a néanmoins réussi à lancer Essential, une gamme de skis dont le taux de recyclabilité grimpe à 77%. «Avec notre implantation en montagne et la pratique du ski, nous vivons le changement climatique», rappelle David Bouvier, le directeur des produits.
A défaut de pouvoir freiner le réchauffement, le fabricant a commencé par décomposer ses skis. Au programme sous vos pieds, des matériaux fibro-plastiques, avec du polyuréthane thermoplastique (TPU), de l’ABS, de l’acier, de l’aluminium et du bois, sur 80% des skis du marché. De la fibre et de la résine sont ajoutés pour agréger et maintenir le tout, sans colle. Un mélange qui entrave le travail des recycleurs. Les skis sont passés dans un broyeur, pour récupérer l’acier et l’aluminium. Les autres parties constituent un broyat de matières agglomérées et polymérisées ensemble, dont la seule issue à ce jour est d’être transformé en combustibles.
Une nouvelle recette
Pour repenser la conception de ses skis, le groupe Rossignol s’est rapproché du recycleur isérois MTB. De premiers contacts ont été pris il y a cinq ans, pour partir de la fin de vie des équipements. «Nous avons gardé les mêmes ingrédients, mais nous avons changé la recette. Il fallait pouvoir déconstruire le ski, sans déroger à notre niveau de performance. Nos consommateurs sont exigeants», poursuit David Bouvier.
Un champ (profilé latéral) en ABS a été remplacé par un champ en bois, tout en devant rester étanche. L’essence de bois sélectionnée, tenue secrète, a déjà été éprouvée depuis plus de cinq ans par Rossignol, dans le cadre d’une gamme de skis à destination des militaires. Constatant que la fibre empêchait la séparation des éléments, elle a été remplacée par un nouveau matériau, sur lequel la marque ne souhaite pas non plus communiquer. Discrétion sur la formule, mais pas sur la fin de vie : après broyage, les éléments du ski peuvent désormais être séparés. La résine demeure, mais elle est devenue biosourcée. «73% des composants entrants sont recyclés, biosourcés ou certifiés. L’acier est déjà recyclé à hauteur de 20%», se félicite David Bouvier. Les matériaux récupérés alimentent les filières des boucles ouvertes (bois, acier...). Pour l’heure, MTB et Rossignol ne fonctionnent pas encore en boucle fermée.
Avant d’être commercialisés, ces nouveaux skis ont été placés dans l’eau, gelés à -20 degrés, et ont effectué des essais à 20 000 cycles. Le fabricant a réalisé des tests pendant deux ans, sur neige, avec des pisteurs et des organismes de loisirs (UCPA, Club Med), sans préciser aux participants qu’il s’agissait de skis recyclables. La demande devrait être au rendez-vous : en moyenne, les clients individuels changent de skis tous les quatre ans, et les parcs de location tous les trois ans.
Un reconditionnement envisagé
Pour parfaire la fin de vie de sa gamme Essential, Rossignol compte déployer un réseau de collecte. A Sallanches (Haute-Savoie), où sont fabriqués les équipements, les skis seront expertisés. Ils seront soit reconditionnés, soit envoyés au recyclage chez MTB, qui a mis au point un nouveau procédé de broyage, de tri et de séparation des matériaux. Les skis reconditionnés pourraient être remis à des associations, tandis que la destruction ne sera envisagée qu'en dernier recours. Les premiers skis Essential post-consommation devraient être récupérés dans deux ans. Une initiative qui complète l’implication globale des fabricants dans la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) des articles de sport et de loisirs, lancée en janvier 2022 sous la houlette de l’éco-organisme Ecologic, jusqu’alors seulement spécialisé dans les déchets électriques et électroniques.
Dans le cadre de ce projet, Rossignol s'est également engagé à publier des plans techniques de skis en open-data. Semelle en polyéthylène haute densité à très haut poids moléculaire, carres (arêtes) en acier, semelles en polyester, voile en polyester, tôle inférieure en Titanal (alliage d'aluminium), talon en aluminium : les principaux éléments sont détaillés dans un fichier disponible sur internet. «Quand on est leader du marché, on doit faire face à nos responsabilités, et être collaboratifs. C’est l’ensemble de l'écosystème qui doit changer, avant même que la collecte ne s’organise», estime David Bouvier.
Des skis premium
Skier écolo aura néanmoins un prix. Essential se positionne sur le segment haut-de-gamme (850 euros la paire sans fixation, 1 050 euros avec fixations), contre une moyenne de 500 euros sur le cœur de marché. Environ 1 000 paires devraient être vendues cette année, avant un doublement des ventes attendu en 2023. «Nous visons une cible sensible aux enjeux de son environnement. Il s’agit aussi de répondre à une éco-anxiété collective», ajoute le manager. A partir de janvier, les distributeurs devront, eux, être en phase avec la politique RSE de Rossignol. Pour l’heure, la nouvelle gamme de skis est en vente sur le site du fabricant et dans ses magasins.
A horizon 2028, le groupe Rossignol souhaite porter à 30% son offre conçue de manière «plus recyclable». Sa marque Dynastar a pour sa part lancé Hybrid Core 2.0, une combinaison de matériaux permettant de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre lors de la fabrication.





