Piqué au vif, Nicolas Garnier est remonté comme un coucou. Le clash ne pouvait pas être plus littéral ! Emmanuel Macron a réveillé les plus farouches opposants à cette modalité de tri et de collecte. En indiquant qu’il faut « continuer le combat sur la consigne » pour recyclage des bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) et des canettes métalliques, le président de la République s’est exprimé le 7 juin dans la presse quotidienne régionale à l’occasion de la troisième conférence de l’Organisation des Nations unies sur l'océan (UNOC-3) qui se tient à Nice. Estimant qu'il s'agit d'une « fausse consigne », car elle vise uniquement à recycler le polyéthylène téréphtalate (PET) des bouteilles, Nicolas Garnier juge qu'il s'agit d'une « opération de greenwashing » des marques d'eaux et de boissons en bouteille. « Ce lobby n'a pas pour objectif de vendre moins de bouteilles », ce concept étant au contraire conçu « pour en vendre plus ». En mettant en avant les « investissements colossaux» des collectivités « pour moderniser » leurs centres de tri et « simplifier le geste de tri », le délégué général d'Amorce, une association qui représente la « totalité des collectivités compétentes en matière de déchets », assure que « les élus locaux sont capables aussi d'aller dans la rue quand on met en péril un service public de proximité comme la gestion des déchets ».
Position historique
Cette mesure « ne résout rien puisqu'en fait, la plupart des plastiques ne sont pas des bouteilles et les bouteilles sont les emballages en plastique les mieux recyclés », estime le délégué général d'Amorce. Si le chef de l'État soutient la démarche, « il n'y a pas de convergence de vues entre les différents ministères qu'on a vus sur cette question, puisque plusieurs nous ont clairement dit qu'ils n'étaient pas favorables ». Conformément à sa position historique selon laquelle le réemploi est la seule « vraie » consigne lorsque les débats concernaient l’élaboration de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) en 2019, Amorce réactive le débat dans une semaine pour le moins symbolique. En la personne de Marta de Cidrac, le Sénat a déjà fait connaître sa position : c'est également non.
Leviers complémentaires
Le jeudi 12 juin, en effet, Citeo lance officiellement l’expérimentation ReUse en Loire-Atlantique. La société agréée pour les emballages et papiers ménagers au titre de la responsabilité élargie du producteur (REP) prévoit de mettre en circulation quelque 55 millions d’emballages en verre consignés auprès de 16 millions d’habitants. Pour Citeo, les consignes pour réemploi et recyclage sont deux leviers totalement complémentaires. Un collectif de onze associations et organisations non gouvernementales (ONG) lance justement un « appel solennel » pour que le gouvernement généralise la consigne mixte pour fusionner les deux flux dans un même geste de retour pour le consommateur. Quant au député Stephane Delautrette, il porte une proposition de loi pour massifier le réemploi alors que le Réseau vrac et réemploi déploie son « appel de Paris » pour la Reuse Economy.





