Le sauvetage d’Aubert et Duval aura bien lieu. Une étape décisive vient d’être franchie, après presque deux années de négociations. Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital ont annoncé mardi 22 février avoir signé un accord avec le groupe minier et métallurgique Eramet dans le but de reprendre sa filiale. L’avionneur, le motoriste et la société d’investissement composent un consortium inédit visant à protéger une entreprise dont l’activité touche à la souveraineté de la filière aéronautique et militaire française. L’opération, qui doit obtenir l’avis des instances représentatives du personnel et les autorisations réglementaires nécessaires, devrait être effective d’ici la fin de l’année.
Les nouveaux propriétaires voient leur travail commun porter ses fruits, après avoir essuyé au printemps 2021 un premier refus de la part d’Eramet. Pour Airbus, Safran et l’Etat (qui détient près de 26% du capital d’Eramet), il y avait urgence à trouver une solution. Aubert et Duval est un fournisseur stratégique de matériaux (superalliages, titane et aluminium) et de pièces critiques pour l’aéronautique, la défense et le nucléaire. La filiale d’Eramet a pour principaux clients Airbus et Safran, mais aussi Dassault Aviation, Nexter, Naval Group et Framatome. Mais son activité a été marquée ces dernières années par un sous-investissement, qui a généré de sérieux problèmes de qualité et de livraisons, que la crise du secteur aéronautique n'a fait qu'aggraver. Des difficultés qui concernent la plupart de la dizaine de sites d’Aubert et Duval en France, en particulier aux Ancizes (Puy-de-Dôme) et à Pamiers (Ariège).
Pas de plan social en vue
Avec cette cession, Eramet va se recentrer sur ses activités amont, liées aux ressources minières. Quant à Airbus et Safran, ils vont sécuriser et contrôler un rouage clé de leur chaîne d’approvisionnement. Si le protocole d’accord a été défini sur la base d’une valeur d’Aubert et Duval de 95 millions d’euros (pour un chiffre d’affaires d’environ 500 millions d’euros), ce montant ne prend pas en compte les dettes à soustraire ni les investissements qui seront nécessaires pour redresser l’entreprise. « Il faut mettre en œuvre un plan de modernisation des sites, que nous évaluons à environ 300 millions d’euros sur quatre ans », estime Olivier Andriès, le directeur général de Safran, auprès de L’Usine Nouvelle. Des investissements qui doivent aussi améliorer l'état des infrastructures et de l'immobilier, touchant à la sécurité industrielle, selon un expert.

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Si des actions ont déjà été mises en œuvre pour résoudre les problèmes de qualité de production, Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital ont devant eux un immense chantier pour remettre l’activité d’Aubert et Duval en selle. Ce plan de transformation va-t-il impliquer de nouvelles réductions d’effectifs ? « Compte tenu de l’augmentation d’activité dans l’aéronautique, du fait de la reprise du trafic aérien, nous devrions parvenir à assurer le redressement de l’activité sans avoir à lancer de plan social », assure Olivier Andriès. Aubert et Duval emploie aujourd’hui environ 3 600 salariés, pour la plupart en France. Un plan de départs volontaires de 380 personnes a déjà été lancé par Eramet.
Airbus, Safran et Tikehau Capital seront représentés à parts égales au sein de ce consortium. Mais l’équipementier et motoriste sera davantage impliqué sur le plan opérationnel, en raison de ses compétences dans les métiers de la forge et de la métallurgie. « Il faudra veiller à ce que les industriels ne soient pas tentés de sacrifier les bénéfices d’Auber et Duval, étant eux-mêmes clients et donc exigeants en matière de prix, souligne une source proche du dossier. Il va falloir mettre en place une équipe indépendante. » Une fois remis à flot, ce champion français pourrait prétendre jouer un rôle dans la consolidation de la filière aéronautique européenne.





