Dans le massif de la Clape, près de Narbonne (Aude), 81 hectares de vignes sont irrigués depuis juin 2022 par des eaux traitées issues de la station d’épuration (step) de Narbonne-Plage, de l’agglomération du Grand Narbonne. Inauguré jeudi 22 septembre, le dispositif baptisé IrriAlt'Eau 2.0 a nécessité un investissement de 1,3 million d’euros. Le Grand Narbonne a bâti en 2021 en sortie de sa step une unité de traitement tertiaire de l’eau comprenant des unités de pompage, de filtration et de désinfection par UV et par chlore, ainsi que de stockage. Elle peut traiter 61 000 m3 d’eau de qualité sanitaire C (l’échelle allant de A à D) par an, soit 20% de la capacité de la step.
Pour assurer la distribution de l’eau jusqu’aux parcelles, l’association syndicale autorisée (ASA) de Gruissan, montée en 2019 par dix adhérents dont l’Inrae Pech Rouge, et la cave coopérative de Gruissan, a bâti une station de surpression collée à la step, un réseau d’irrigation collectif de 7,6 kilomètres et 13 mini-bornes d’irrigation. Les allocations d’eau sont gérées par le logiciel Andromède de la PME héraultaise Aquadoc. À la demande, le système ouvre les vannes pour l’alimentation des plants en goutte-à-goutte. «Cela devenait indispensable pour nous», relève le directeur de la cave coopérative de Gruissan, Frédéric Vrinat. A noter: cette eau traitée n’est pas concernée par les arrêtés préfectoraux de restriction d’eau et d’irrigation liés à la sécheresse.
Une décennie de recherches
La création de ce démonstrateur a obtenu d’importantes subventions publiques, aussi bien côté production que distribution. L’unité de traitement tertiaire (532 400 euros) a été lauréate de l’appel à projets Littoral+ de la Banque des territoires et de la Région Occitanie, qui finance le projet à hauteur de 50%. Le réseau de distribution de l’ASA de Gruissan (774 200 euros) a également reçu des aides de la même région, ainsi que du fonds européen Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) et du département de l’Aude. Ces trois partenaires assurent 80% de l’investissement.
Sylvie Brouillet Une des 13 mini-bornes d’irrigation installées dans le massif de la Clape. Crédit: Sylvie Brouillet
Le procédé utilisé a été validé par une décennie de recherches en amont, puisque la création du consortium IrriAlt'Eau remonte à 2013. Il réunissait l’unité expérimentale de Pech Rouge (Gruissan) et le laboratoire LBE (Narbonne) de l’Inrae, les entreprises Veolia et Aquadoc, la cave coopérative et le Grand Narbonne. Les premières études, réalisées sur 1,5 hectare de l’Inrae Pech Rouge, ont duré trois ans, pour conclure que la qualité de l’eau n’avait pas d’effet significatif sur la production de raisin et la composition du vin. Une seconde phase a évalué durant trois ans l’effet cumulatif dans le temps, comparé l’eau potable et la réutilisation des eaux usées traitées de qualité C, ainsi que deux stratégies d’irrigation, faible ou forte. Le bilan a montré que la réutilisation des eaux usées traitées contenant de l’azote, du potassium et du phosphore, permettait aussi de diminuer les intrants.
Une réutilisation de l'eau pour l'entretien
Après la longue phase d’expérimentation, de nouveaux projets d’irrigation voient le jour. Selon le directeur de la cave coopérative de Gruissan, Frédéric Vrinat, une extension sur environ 300 hectares est dans les tuyaux pour le vignoble gruissanais. Dans le dossier soumis à enquête publique en juillet, l’eau traitée sera issue de la station du Quatourze à Narbonne, et le réseau prévoit 21 bornes d’irrigation. De son côté, le vice-président du Grand Narbonne en charge du grand cycle de l'eau, Michel Jammes, évoque un autre projet à l’étude pour la step de Leucate-La Franqui. Il irriguerait d’abord 20 hectares de vigne, puis 60 et 80 hectares, et pourrait voir le jour dans quatre ans.
La viticulture n’est pas la seule cible. La station d’épuration de Narbonne a intégré un conteneur «Réut Box» de Veolia, qui lui permet de couvrir 90% de ses propres besoins en eau pour les tâches techniques et l’entretien. Le Grand Narbonne indique aussi étudier la fourniture d’eau traitée à l’opérateur Qair (Montpellier) pour sa future usine de production d’hydrogène vert à Port-la-Nouvelle. Cela permettrait d’économiser 200 000 m3 d’eau potable par an.





