Depuis le discours fondateur de la politique énergétique d'Emmanuel Macron du 10 février 2022, le site de Belfort, où sont produites les turbines nucléaires Arabelle, n'avait reçu aucun visiteur. Un mois à peine après la finalisation de l’acquisition par EDF des activités nucléaires de General Electric et son intégration sous la forme d’une filiale autonome du groupe baptisée Arabelle Solutions, L’Usine Nouvelle a pu visiter le site.
À la tête des lieux, Pierre-Marie Poisson, le directeur du site depuis 18 mois, n'a pas de bouchons d'oreilles. En effet, les machines qui usinent, fraisent et percent d’immenses pièces d’acier carbone pour produire les corps des turbines Arabelle et leur carénage n’émettent qu’un doux ronronnement. Dans les deux ateliers dédiés au montage des alternateurs géants Gigatop ainsi qu'à l’équilibrage, à la maintenance, aux contrôles et aux expéditions des immenses pièces, règne même un silence de cathédrale. «C’est parce qu’il n’y a pas d’opération en cours qui nécessite de frapper du métal, explique ce Gadzart de 43 ans, ancien directeur de l’usine d'Aubert & Duval de Firminy. Mais nous sommes bien en production».
Ici, 19 turbines sont en cours de fabrication et de montage. Elles sont destinées aux projets du constructeur russe Rosatom à Akkuyu en Turquie (4 réacteurs VVER-TOI 1250 MW) et à El-Dabaa en Égypte (4 réacteurs VVER-1200 MW), ainsi qu’à celui d’EDF d’Hinkley Point C2 (HPC) au Royaume-Uni (2 EPR. 1650 MW) «Les turbines HPC1 ont déjà été livrées et l’alternateur est en cours de livraison vers Rotterdam. Sur le quai d’expédition, c’est un corps basse pression qui attend de partir pour Akkuyu», précise Pierre-Marie Poisson. Des colis exceptionnels, qui représentent 12000 tonnes à expédier par unité complète. Pour donner une idée de leur taille une fois montés, les turbo-alternateurs ont la taille du corps d’un Airbus A380.
Miser sur l'effet de série pour optimiser les délais
«Il faut compter 36 mois entre l’arrivée des plans et l’expédition, dont 12 à 18 mois pour l’approvisionnement des composants. Nous avons actuellement la capacité de livrer deux ensembles turbines – alternateur par an», explique le directeur du site. Mais pour répondre à la fois au programme EPR2 français et aux projets internationaux qui se profilent, il va falloir faire plus. «Nous souhaitons à l’avenir augmenter cette capacité, indique à L'Usine Nouvelle Frédéric Wiscart, président d’Arabelle Solutions. Cela passera par une réduction des délais de fabrication, des embauches et des investissements ciblés avant tout sur Belfort.» L’horizon de cet avenir ? «Ce programme dépendra de l’évolution du carnet de commandes. Aujourd’hui, nous avons un carnet de commande solide avec notamment des projets en France, en Grande-Bretagne, et des opportunités en Pologne et en République tchèque. Le programme d’investissement dépendra de la matérialisation et du calendrier de réalisation de ces opportunités.»

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Pour réduire ces délais, Frédéric Wiscart mise sur l’effet de série et un travail sur une logique de plateforme. «On en a eu l’expérience par le passé. Entre la première unité d’une série et la quatrième unité d’une série, sur certaines étapes de fabrication, on peut gagner 20 à 30% de temps. Si vous êtes capable de lancer l’ingénierie et l’approvisionnement pour une série de six dès le début d’un projet, votre durée d’approvisionnement va se compresser.» Pour les turbines Arabelle, l’industriel a défini deux plateformes, celle adaptée aux EPR et celle adaptée à des tailles des réacteurs de 1200-1300 MW. «Sur la plateforme 1200 MW, on est sur une série de huit qui pourrait être étendue à dix», précise Frédéric Wiscart.
Adopter la nouvelle culture d'excellence opérationnelle d'EDF
On n’en est pas encore là. Pour l’heure, quelque 4 à 5 millions d’euros sont investis par an sur le site. Après un nouveau tour, destiné à augmenter la qualité de production des turbines, un nouveau pont de levage est attendu pour manipuler les alternateurs Gigatop. Les 400 collaborateurs en fabrication sont encore sur une production unité par unité. Seule l’ingénierie a commencé à travailler sur les EPR2 de Penly. L’intégration au sein du groupe EDF, sa culture de long terme et sa nouvelle quête d'excellence opérationnelle, prendra, elle aussi, du temps. La plupart des opérateurs portent d'ailleurs encore des vestes et des casquettes bleu marine à l’effigie de l’ancien propriétaire General Electric. En attendant, le logo Arabelle Solutions EDF Group s'affiche déjà à l'extérieur du site et dans les immenses halls.
Répartie dans quatre bâtiments séparés par ceux de GE, Arabelle Solutions y occupe 150000 mètres carrés, dont 60000 mètres carrés d’ateliers. Aujourd’hui, 80% de l’activité est consacrée à la production de pièces neuves. Mais l’activité de service et de retrofit, qui permet de prolonger la durée de vie des centrales, augmente. À l’entrée de l’atelier maintenance, un alternateur d’EDF vient d'ailleurs d’arriver en révision. À l’autre bout du bâtiment, un autre, neuf, destiné aussi à une centrale EDF, attend d’être expédié sous sa bâche de plastique transparent. Le rythme de production est peut-être lent, mais le flux est continu.





