Analyse

La bataille de la maintenance aéronautique est lancée

La Commission européenne s'interroge sur une possible distorsion de concurrence dans le domaine de la maintenance aéronautique. Le marché en forte croissance qu'elle représente promet de mettre en concurrence frontale à peu près tous les acteurs du secteur.

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Maintenance Air France - Crédits DR 

La bataille promet d’être belle. Quel grand acteur industriel pourrait se permettre de négliger un marché de 60 milliards de dollars aujourd’hui et de 80 milliards de dollars en 2025 ? Personne, et c’est bien le problème : la maintenance aéronautique, qui représente plus de 10% des coûts d’exploitation des compagnies aériennes, aiguise les appétits . Souvent considérés comme les premiers à s’être lancés – dans les années 90 –, les motoristes pourraient bientôt connaître un premier revers de fortune.

La Commission européenne semble décidée à leur mettre des bâtons dans les turbines : le Financial Times a révélé le 9 octobre qu’elle s’interrogeait sur une possible distorsion de concurrence. L’institution a diffusé des questionnaires aux industriels pour décortiquer le modèle économique de la maintenance aéronautique. Le faible nombre de motoristes aurait-il tendance à faire grimper les prix ? Les contrats ne seraient-ils pas trop contraignants ? En bref, ne profitent-ils pas d’une situation de monopole ?

Des promesses de marges élevées

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Dans le viseur, notamment Safran (et son CFM56 produit avec General Electric qui équipera tous les Boeing 737) et Rolls-Royce (qui fournit l’unique moteur de l’A350), pour lesquels les lucratives activités de services représentent la moitié de leur chiffre d’affaires. 

L’investigation de la Commission ne fait que commencer. Elle va tenter d'éplucher un modèle économique complexe et vérifier que les motoristes n'empêchent pas d'autres acteurs d'assurer la maintenance de leurs propres moteurs. Autrement dit, déterminer si oui, ou non, les motoristes s'ingénient à fermer leur modèle.

Seule certitude : alléchés par les marges élevées du secteur de la maintenance (plus de 10%), et plus largement des services, compagnies aériennes, équipementiers et constructeurs d’avions s’engouffrent eux aussi dans ce marché. Chaque acteur tente d’élargir sa zone de contrôle (les motoristes lorgnent par exemple au-delà du seul moteur), au risque d’entrer en concurrence avec un client. La maintenance et les services effacent des frontières industrielles jusque-là bien établies. Cette ère est révolue.

Olivier James

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