Ipsen continue de miser sur l’oncologie… avec une stratégie des petits pas. Pour se démarquer de la concurrence des géants de la pharma qui peuvent investir à coup de milliards, le laboratoire français se positionne sur des formes rares de cancer, avec une population de patients réduite mais où les besoins restent élevés.
Ipsen vient ainsi de racheter la biotech californienne Kartos Therapeutics et son unique produit, le navtemadlin. Ce candidat-médicament est actuellement évalué en phase III sur la myélofibrose, un cancer rare du sang. Cette maladie touche la moelle osseuse, elle entraîne un déficit de globule rouges ou encore une augmentation de la taille de la rate qui affecte durablement la qualité de vie. La myélofibrose touche environ une personne sur 100 000 par an.
Le directeur général d’Ipsen, David Loew, résume les raisons qui ont poussé Ipsen à réaliser l’opération. « Nous sommes enthousiasmés par le potentiel du navtemadlin pour définir un nouveau paradigme thérapeutique chez les patients atteints de myélofibrose présentant une réponse sous-optimale au traitement standard actuel, en répondant à un besoin médical majeur et en offrant la perspective d’une nouvelle option thérapeutique dès 2028 ».
Un traitement pour répondre à une impasse thérapeutique
Le navtemadlin a été évalué en phase II pour des patients en échec avec le traitement standard actuel, le ruxolitinib, un inhibiteur de la voie inflammatoire JAK qui permet de diminuer les symptômes de la myélofibrose. Un traitement limité sur le fond qui laisse peu d’options pour les patients qui ne répondent pas à ce produit. Leur pronostic après arrêt du ruxolitinib reste sombre.
Le navtemadlin a été évalué précisément sur ce type de patients, en complément du ruxolitinib, pour offrir une solution thérapeutique supplémentaire. Les résultats, positifs, d’un essai de phase II, montrent que le candidat-médicament « a le potentiel d’améliorer le traitement standard actuel grâce à une approche en association, conçue pour faire passer les patients présentant une réponse insuffisante au ruxolitinib », souligne Ipsen.
Commercialisé par Novartis sous le nom de Jakavi, le ruxolitinib est un produit phare du laboratoire suisse. Il a déjà rapporté plusieurs milliards de dollars de ventes mais avec des indications élargies à d’autres maladies de la moëlle osseuse. En se positionnant sur une fraction des patients atteints de myélofibrose, Ipsen peut cependant espérer générer quelques dizaines à quelques centaines de millions de dollars par an, si les résultats de phase III confirment son potentiel.
Un relai de croissance à moyen terme pour Ipsen
C’est là l’autre attrait de cette acquisition, Ipsen n’aura pas de longues années à attendre. La phase III, d’ampleur, du navtemadlin est prévue dans les mois à venir et Ipsen anticipe une possible mise sur le marché en 2028 et un impact sur ses ventes annuelles dès 2029. Au lieu de miser sur un candidat encore loin du patient, Ipsen fait le pari que ce produit franchira sans encombre le dernier obstacle à venir.
Le paiement initial paraît ainsi relativement modeste compte tenu du potentiel de navtemadlin. La transaction pourrait être cependant réévaluée, en fonction de la réussite de ce candidat-médicament. Ipsen prévoit jusqu’à 1,3 Mrd $ supplémentaire à verser pour la transaction. L’opération paraît en totale adéquation avec la stratégie du laboratoire français. Ipsen a fait de l’oncologie une de ses trois aires d’intérêt avec les neurosciences et les maladies rares.
En début d’année, Ipsen, porté par ses bons résultats, n’avait pas fait mystère de sa volonté de se renforcer par des opérations de croissance externes. En octobre 2025, il avait déjà racheté la biotech marseillaise ImCheck Therapeutics, et son prometteur traitement de la leucémie myéloïde aigue. En 2024, il avait noué un accord avec Day One pour un traitement d’un cancer rare chez l’enfant. Un actif à un stade plus précoce que cette dernière opération réalisée avec Kartos. Grâce à cette acquisition, qui doit être finalisée d’ici la fin du troisième trimestre, Ipsen affiche un pipeline oncologie constitué d’actifs à différents stades de développement et sur des aires thérapeutiques diversifiées.








