«L’industrie du futur, c’est maintenant!» clame la page d’accueil du site du Campus des métiers et des qualifications d’excellence (CMQE) Industrie du futur d’Île-de-France. Pour matérialiser cette démarche, l’université d’Évry Paris-Saclay à laquelle est rattaché le CMQE a créé, en 2021, son centre d’innovation, à Évry, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris, en bordure de l’A6. Le centre qui se veut un lieu de recherche, de démonstration et de formation autour des technologies «4.0» accueillait déjà une ligne d’assemblage de sèche-linges et de scooters. Il héberge maintenant une mini-ligne de remplissage comprenant des cuves pour la préparation des recettes, une doseuse-remplisseuse, une boucheuse, ainsi que toute une série de matériels annexes tels de robots manipulateurs et, bien sûr, tous les capteurs et automatismes qui gèrent le mouvement des pièces fonctionnelles et des produits, gouvernés par un PC industriel.
Process continu
«Les deux premières lignes nous servaient à illustrer les process discontinus, le conditionnement complète le dispositif en se focalisant sur un procédé continu» argumente Jean-Yves Didier, professeur des universités, vice-président en charge du numérique à l’Université d’Évry-val d’Essonne. Il poursuit : «L’objectif est à la fois d’en faire un outil pédagogique pour les étudiants et d’impliquer les entreprises, lorsqu’elles ont des projets industriels». Le CMQE aimerait en faire un hub pour les nombreuses PME/PMI présentes en Île-de-France, dans les secteurs de l’alimentaire, de la pharmacie et de la cosmétique. La mini-ligne est censée répondre à leurs besoins pour réaliser des preuves de concept (POC), des tests produits ou pour explorer de nouvelles possibilités techniques, par exemple dans l’amélioration de process et l’intelligence artificielle (IA).
Il aura fallu trois ans pour la mettre en place. «Le début du montage a commencé au deuxième semestre 2025, indique Erwan Tallec, directeur technique du centre d’innovation, les étudiants ont participé à l’élaboration de certaines briques techniques dans l’automation alors que d’autres ont réalisé le câblage».
L’installation, qui occupe une surface d’une trentaine de mètres carrés, affiche une vitesse maximale de 240 pièces par heure. Elle remplit des bouteilles de 250 et 500 ml. «Plus que la cadence, ce qui importe ici c’est d’expliquer le process et de tester certaines fonctionnalités de l’Industrie 4.0, dans la maintenance par exemple», souligne Erwan Tallec. Il poursuit : «S’il est important d’attirer les entreprises, la mission pédagogique l’est encore plus, les étudiants peuvent en effet voir une vraie ligne de production à l’œuvre et y travailler dans le cadre d’un projet de leur cursus universitaire ».
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Algorithmes
La collecte de données de production est effectuée à la fois au niveau du process de fabrication du produit, moyennant une multiplicité de capteurs, au niveau de la colorimétrie, de la viscosité, de la température qu’au niveau du conditionnement, en passant en revue le contrôle de niveau, le bouchage et à l’étiquetage. Ce sont ces données qui alimentent les intelligences artificielles (IA). «Les algorithmes ont un rôle de plus en plus important à jouer sur les machines. Ici nous nous en servons dans le contrôle qualité, la simulation des défauts et la mise en place des correctifs ou dans la détermination du golden batch, le profil de référence de la recette parfaite, celle où tous les paramètres critiques sont respectés», explique Jean-Yves Didier.

Quarante partenaires, un regret
Une quarantaine de partenaires ont participé à l’opération qui a bénéficié d’un investissement de 2,4 millions d’euros sur trois ans dont 50% pris en charge par l’université et le reste par la région Île-de-France. Grâce à cette somme, le centre d’innovation du CMQE a pu recruter deux personnes. Côté équipements, ce sont surtout les aides et les prêts des équipementiers qui ont permis de mettre en place la mini-ligne. Parmi les participants, citons Beckhoff chef de file dans la partie automation avec un PC industriel base EtherCat, IFM pour certains capteurs et la collecte les données, Festo pour d’autres capteurs, Girardin Packaging avec la remplisseuse à quatre becs et la boucheuse, Fanuc avec un cobot ou encore Belden pour les aspects liés à la cybersécurité.
Mais il y a un regret… Si ces équipements, et la ligne dans son ensemble, remplissent bien leurs fonctions de base, ils ne brillent pas pour leur modernité, en tout cas celle que l’on a l’habitude de voir dans certaines usines ou sur un salon professionnel. C’est dommage, car le conditionnement a bien évolué comme cela a été démontré lors du dernier salon Interpack, à Düsseldorf (Allemagne), en mai. Or, c’est grâce à cette modernité, incarnée par exemple par des convoyeurs à moteurs linéaires ou des IHM à commande vocale, voire des robots humanoïdes que l’on attire les jeunes dans l’industrie. Le secteur, on le sait, manque cruellement de vocations… Peut-être qu’avec davantage de moyens, et quelques efforts supplémentaires des équipementiers, ce challenge aurait pu être tenu.
Tiziano Polito 







