Désabusé par la tournure des débats politiques sur l’économie, le Medef avait lancé en 2024 son «front économique» avec l’objectif assumé d’infuser un discours pro entreprise avant l’échéance présidentielle de 2027. «Ce qui était vrai il y a un an l’est encore plus aujourd’hui», juge Patrick Martin, le président du Medef estimant que dans le contexte actuel il est urgence «d’apporter des éclairages pour éviter ce qui ne serait pas des bonnes solutions» pour relance l’économie française.
Pour défendre ses idées, le patronat peut désormais s’appuyer sur les 35 propositions élaborées par le collectif, qui a fait travailler ensemble des chefs d’entreprises réputés, des économistes et des think-tanks. «L’idée générale, c’est que la France a été vingt ans en avance sur le plan des idées», résume Denis Ferrand le directeur du think tank Rexecode, en plaidant de longue date à Bruxelles pour une politique industrielle forte et un Etat stratège. Mais sans se mettre en ordre de marche pour avoir les moyens de ses ambitions. «Dans ce domaine, elle a 20 ans de retard», pointe encore Denis Ferrand. Le décrochage économique du pays s’explique par là. En vingt ans, son PIB par habitant est passé du 12e au 25e rang mondial. Si le pays voulait revenir à son rang du début des années 2000, il lui faudrait augmenter de 30% son PIB, ce qui montre l’ampleur de la marche à franchir. Et la dégringolade vaut aussi dans les classements PISA pour son système de formation.
Trois revirements à faire
Pour redresser la barre, «trois renversements sont à mener par rapport aux politiques économiques mises en place depuis vingt ans au moins», plaide le collectif, afin de «produire plus», de «travailler davantage» et redresser les comptes publics. Les pistes pour y arriver sont loin d’être consensuelles. Le collectif propose de s’inspirer des exemples britanniques et portugais en matière d’autonomie et d’évaluation des politiques éducatives. Des guichets uniques pourraient être mis en place pour attirer les talents étrangers. Le Front économique plaide aussi pour la poursuite de la simplification, une refonte radicale de la politique du logement et l’instauration d’une taxe carbone aux frontières réellement efficace. Sur le plan du commerce, l’Europe aurait intérêt à négocier de nouveaux accords commerciaux, comme avec le Mercosur que la France cherche à bloquer, car «les gains de ces accords l’emportent sur leurs coûts», défend l’économiste Emmanuel Combes, un des participants lors de la restitution des travaux vendredi 29 août.
Régler la question du «travailler plus» nécessiterait, de son côté, de fixer un âge pivot de départ à la retraite, fixé à 64 ans puis amené à «augmenter graduellement en fonction de l’espérance de vie et de l’équilibre financier du système». Pour réduire le coût des retraites, plusieurs mécanismes devront être étudiés pour mettre à contribution les retraités et le rapport plaide en faveur de plus de retraite par capitalisation, une idée déjà défendue par le Medef. «Cela permettrait aux futurs retraités de profiter d’investissements assis sur la croissance mondiale et non plus la croissance français souvent anémique», argumente le président du conseil de Safran Ross McInnes, qui a participé aux travaux comme la présidente de Legrand, Angeles Garcia-Poveda. Les heures supplémentaires pourraient être encouragées et les offres de formation davantage orientées vers les besoins des entreprises.

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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
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Trim 3 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
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24 Février 2026
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Réduire de 8 points de PIB les dépenses publiques
Reste à consolider les finances publiques, sujet brulant du moment. Le front économique défend un retour des dépenses publiques dans la moyenne européenne sur plusieurs années. Un effort qui représente 8 points de PIB. Il devrait s’accompagner d’une réduction du nombre de collectivités locales, de ministres dans le gouvernement et d’agents publics, eux aussi ramenés à leur moyenne européenne. Cela supposerait une réduction de 20000 du nombre de collectivités et de 1,5 million des emplois publics. Le recours à des contractuels pourrait être accru dans la fonction publique hors domaines régaliens. Le rapport propose aussi de fixer un plafond contraignant aux dépenses des administrations publiques dans les lois de programmation des finances publiques.
Audible dans le débat public actuel ? Le Medef aura l’occasion de tester certaines idées. Le Front économique prône de baisser des aides aux entreprises en échange d’une baisse des impôts de production. Pas tout à fait la piste mise sur la table par François Bayrou pour le budget 2026, qui prévoit de réduire certaines aides aux entreprises en contrepartie de simplifications.





