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L'Usine Santé

[Les robots et nous] En maison de retraite, le robot comme nouvel outil thérapeutique

Marion Garreau , , ,

Publié le , mis à jour le 03/09/2018 À 11H22

Série d'été Episode 1/5. Les robots sont encore peu visibles dans notre société et pourtant ils partagent le quotidien de certains d’entre nous, comme les personnes âgées ou les enfants autistes. Cet été, L’Usine Nouvelle vous propose en cinq volets d’explorer ces expériences et d’en décrypter les impacts. Premier épisode avec un reportage à l’Ehpad Samdo Rochebelle, à Ales (Gard), qui utilise depuis mars deux robots dans l’accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer.

[Les robots et nous] En maison de retraite, le robot comme nouvel outil thérapeutique
A l'Ehpad Samdo Rochebelle,le robot Nao, augmenté de la solution Zora, anime des cours de gym, de danse et des quizz sur les sons des animaux ou les émotions.
© Marion Garreau

Bâtons colorés en main, les bras tendus et les yeux rivés sur un petit robot, une poignée de résidents est prête, en cette matinée de juillet, pour l’exercice de gymnastique. L’humanoïde de 58 centimètres de haut pour 5,4 kg inaugure la séance par un petit salut : "Bonjour, j’espère que vous allez bien. Ce matin nous allons travailler avec le bâton et danser un peu. Suivez-moi !" Le robot montre les mouvements à réaliser, qui vont lentement de gauche à droite et de haut en bas, en prononçant à chaque fois la direction à prendre.

"Il répète toujours la même chose ce robot, il n’aurait pas Alzheimer ?", s’amuse à lancer un des résidents de cet Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), qui accueille justement des personnes atteintes d’Alzheimer ou de maladies apparentées. Après une pause et quelques rafraîchissements, le robot lance La Java bleue. Une infirmière fait danser un ou deux participants, devant le regard amusé des autres.

Gymnastique, danse, exercice de stimulation de la mémoire ou des sens, l’Ehpad Samdo Rochebelle, situé à Alès dans le Gard, en pratique depuis longtemps. Mais depuis mars, plusieurs exercices sont réalisés avec un nouvel assistant : Nao, un robot créé par la société SoftBank Robotics et ici doté de la solution de la société belge Zora Bots, spécialement développée pour le travail avec des personnes âgées (semi-)dépendantes.

"Nous considérons les robots comme un outil supplémentaire dans notre arsenal thérapeutique, un complément aux techniques de soins non médicamenteuses qui sont au cœur de notre projet d’établissement, explique Guylaine Bressac-Borghero, infirmière coordinatrice de cet établissement de 63 résidents. Nous proposons donc de nombreuses activités pour stabiliser voire réduire la progression de la maladie et améliorer le bien-être de nos résidents, comme le Qi kong [gymnastique traditionnelle chinoise], la sophrologie, l'hypnose médicale, le snoezelen [thérapie multisensorielle] mais aussi des ateliers de cuisine."

Attirer ceux qui ne venaient jamais

Le robot Nao, ici renommé Domi en clin d'oeil au président de l'association gérante, est utilisé une à deux fois par semaines pour assister le personnel soignant dans son travail. "L’utiliser pour animer une séance de gym ou un quizz prend un peu plus de temps mais il apporte un véritable plus, souligne Virginie, aide médico-psychologique (AMP) à Samdo Rochebelle, qui fait partie des sept personnels soignants formés par Zora bots à l’utilisation du robot. Les résidents aiment bien lui parler et grâce à lui nous avons attiré des personnes qui avant ne venaient pas aux activités." Le robot suscite en effet la curiosité et représente un nouveau levier d’interaction avec le personnel soignant. Sa présence joue également sur le lien avec les familles, qui accompagnent davantage leur proche aux activités pour l’aider ou partager ce moment avec lui.

"J’ai vraiment l’impression d’avoir un assistant, qui me permet pendant la séance d’être davantage disponible pour accompagner les participants, fait valoir Virginie. Les activités proposées par le robot sont aussi pour moi inspirantes. Quand il anime un quizz sur des sons d’animaux ou des émotions, je peux sur-renchérir en demandant aux participants de décrire l’animal qu’ils ont deviné ou leur émotion du jour." De quoi stimuler là encore leurs capacités cognitives.

 A la fin de la séance avec Domi, alors que le robot se rassoit et se met en veille, quelques commentaires s’élèvent dans la salle – "Le robot est fatigué""Il va se reposer" – révélant le lien affectif que les résidents peuvent nouer avec lui.

Ce lien est encore plus fort avec l’autre robot, également acquis en mars par l’Ehpad. Il s’agit de Paro, une peluche robotisée en forme de bébé phoque, créée par un Japonais pour susciter des réactions d’empathie chez les personnes atteintes d’Alzheimer. Renommé Néo par les résidents, en référence au chien de la fille de l’un d’eux, ce robot recouvert d’une fourrure blanche ronronne quand on le caresse, émet différents gémissements enregistrés auprès d’un véritable bébé phoque pour manifester son contentement, et n’hésite pas à cligner de ses grands yeux noirs, rehaussés de longs cils, pour émouvoir son auditeur.

Trouver le bon dosage

Dans les espaces communs de l’unité gériatrique protégée, Odette, âgée de 102 ans, est installée dans son fauteuil. "Ici je me sers de Paro pour susciter l’éveil des personnes, dont certaines interagissent très peu", glisse Guylaine Bressac-Borghero avant d’arriver à hauteur de la patiente pour lui adresser Néo. "Regardez qui vient vous dire bonjour aujourd’hui", lance-t-elle. "Il ne mord pas, hein ?", répond Odette pour se rassurer, alors qu’elle a déjà tenu le robot dans ses bras bien des fois. "Mon poussin, il est beau mon poussin", lui dit-elle en le caressant.

La vieille dame, fatiguée ce jour-là, ne lui parle guère plus. L’infirmière prend quelques minutes à ses côtés, avant de repartir avec le robot pour passer avec lui voir d’autres résidents."Je me sers de Néo comme d’un objet transitionnel, explique Guylaine Bressac-Borghero. Plusieurs résidents sont face à lui complètement stoïques mais il fonctionne bien avec d’autres, qui interagissent beaucoup avec lui. Certains parlent même plus à lui qu’à moi." La résidence dispose également de deux chats. Mais face aux animaux réels, le phoque robotisé a l’avantage de ne pas susciter d’allergie ni de peurs ou réactions émotionnelles négatives, son créateur ayant justement choisi cet animal parce que peu de personnes l’ont déjà vu et que la majorité d’entre nous entretient donc avec lui un rapport émotionnel neutre.

Comme avec le robot humanoïde, les résidents ne sont jamais laissés seuls avec le petit phoque. "Nos deux robots sont des outils thérapeutiques comme l’est un médicament, insiste Guylaine Bressac-Borghero. Ils sont toujours utilisés par un soignant formé à leur utilisation et chaque moment passé par un résident avec un robot est noté dans son dossier de soin." Comme un médicament, leur usage fait d’ailleurs ici l’objet d’un dosage, pas plus de deux fois par semaine, et d'une évaluation.

Au sein de cette résidence, on craint plus la lassitude des résidents devant les robots que l’émergence d’une dépendance affective. Les robots sont ici depuis six mois ; susciteront-ils le même intérêt dans un ou deux ans ? "La magie que nous avons observée dans les yeux des résidents la première fois qu’ils ont vu le robot, c’est à nous de faire en sorte qu’elle continue de fonctionner", répond Virginie. Seul, le robot ne fait pas grand-chose. Sans l’implication du personnel soignant, il y a fort à parier qu’il finirait même au placard.

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