Les écoles d'ingénieurs, une ressource précieuse et un vivier de jeunes talents pour les villes moyennes

Dans les territoires éloignés des grandes métropoles, les écoles d'ingénieurs retiennent les talents, irriguent les entreprises et soutiennent l'économie.

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Le Ferrocampus, à Saintes (Charente-Maritime), devrait accueillir 900 étudiants par an, du CAP au doctorat, dès 2027.

Bientôt un campus des Arts et Métiers au Havre ? C'est l'ambition de la région Normandie, qui soutient l'implantation de l'école d'ingénieurs dans la ville d'ici à 2027 (Ensam, classée 39e en 2025 dans le Classement des écoles d'ingénieurs deL'Usine Nouvelle). Cet intérêt des territoires pour les formations d'ingénieurs n'est pas nouveau.

Il y a quarante ans, l'École supérieure des technologies industrielles avancées (Estia, 50e) était créée à Bidart (Pyrénées-Atlantiques) par la chambre de commerce et d'industrie de Bayonne Pays basque afin de favoriser le développement économique local. De même, l'école d'informatique 3iL Ingénieurs (21e) a été fondée avec le soutien de la CCI de Limoges Haute-Vienne. «Le manque d'ingénieurs est général, mais particulièrement important en région, car une fois les jeunes partis à Bordeaux, Toulouse ou Paris, il est très difficile de les faire revenir, observe Dominique Baillargeat, la directrice de 3iL Ingénieurs. La naissance de l'école a donc été vue comme un succès pour les entreprises du territoire.»

Si l'école d'ingénieurs est un levier pour retenir les talents dans les villes de taille moyenne, elle peut également les attirer. Le campus Arts et Métiers de Châlons-en-Champagne (Marne) glane des étudiants venus d'ailleurs. «Il n'y a pas de classe préparatoire aux grandes écoles de la ville, observe le directeur, Giovanni Radilla. Les étudiants, originaires de Reims, de Troyes, ou de région parisienne viennent étudier chez nous et s'installent parfois durablement sur le territoire à l'issue de leur formation.» Les entreprises profitent de cette main-d'œuvre, y compris avant le diplôme. « Les étudiants, via des stages ou des alternances, sont une ressource pour des projets sur lesquels nous avons besoin de matière grise, fait valoir Valérie Creste, la DRH de l'ETI marnaise Lebronze Alloys, spécialiste des alliages de cuivre et de nickel, qui a débuté un partenariat avec les Arts et Métiers en 2023. Nous envisageons aussi, bien sûr, des embauches à long terme, d'autant plus que nous sommes sur des métiers en tension.»

Dans le sud de la France, cette immersion dans le monde professionnel local est encore plus importante. Voyant les effets de la formation 3iL sur le tissu économique limousin, la CCI de l'Aveyron a sollicité l'école pour développer un cycle d'ingénieurs similaire à Rodez. Sur le campus occitan, inauguré en 2022, le cursus ingénieur de trois ans est uniquement proposé en alternance. Une aubaine pour les entreprises à la recherche de jeunes talents, mais aussi pour les étudiants privilégiant les villes de taille moyenne.

Les alumni restés sur le territoire peuvent ensuite jouer un rôle clé pour l'attractivité de leur entreprise. Thomas Quirante, diplômé de l'Estia en 2009, est aujourd'hui responsable programme chez Akira Technologies, une PME située à moins de 10 km de son ancienne école. «J'y reviens aujourd'hui pour des travaux dirigés sur les turbomachines, témoigne-t-il. Parfois, je repère de futurs talents, je vois des vocations naître.»

Les résultats sont déjà là : sur la soixantaine de salariés que compte l'entreprise, environ 10% sont issus de l'Estia. Lebronze Alloys utilise, lui, les Arts et Métiers pour travailler sa marque employeur. «Nous devons faire des efforts pour être connu et reconnu sur le territoire, et cela passe par notre présence aux événements organisés par l'Ensam», explique Valérie Creste.

Adaptation aux besoins locaux

Les écoles ne sont pas seulement un vivier de recrutement, mais aussi une ressource pour les collectivités et les entreprises. Identifiées comme des acteurs du tissu économique local, elles peuvent être mobilisées par des industriels pour des projets qu'elles ne pourraient pas mener seules. Cela passe par des chaires, mais pas seulement. Ainsi, Akira Technologies a inauguré en octobre 2024 un banc d'essai de systèmes propulsifs, nommé Turbolab, avec l'Estia. «L'agglomération a financé le bâtiment, Akira a réalisé tous les a ménagements intérieurs et les équipements et l'école gère le quotidien», détaille Thomas Quirante. Pour l'entreprise, l'enjeu est de taille : si elle vend des moteurs à des laboratoires de recherche, elle a également une activité de prestations d'essai, qu'elle pourra désormais effectuer sur cette plateforme technologique. L'Estia, quant à elle, peut y mener des projets en propre et intégrer ce démonstrateur à ses formations.

À Châlons-en-Champagne, les Arts et Métiers adoptent une stratégie différente. Après la dissolution du premier régiment d'artillerie de marine, l'école a bénéficié d'un «contrat de redynamisation de site de défense». «Nous avons convaincu les financeurs de nous soutenir dans un projet d'installation d'une fonderie sous pression, qui sera un support de formation et nous permettra de réaliser des études pour la filière», se félicite Giovanni Radilla. L'équipement, dont la valeur dépasse 5 millions d'euros, était réclamé par les industriels des environs, qui pourront faire appel à l'école dès la finalisation de son installation mi-2025. «L'école a basculé d'un modèle historique où tous les campus se ressemblaient beaucoup à une coloration de chaque établissement, afin que tous soient connectés à leurs partenaires locaux», relate Giovanni Radilla. En renforçant cet ancrage territorial, chaque campus investit de manière ciblée, en fonction des besoins des entreprises environnantes.

Un vivier de jeunes pousses

Les étudiants peuvent être inclus dans ces collaborations. À l'Icam (45e), chaque année, entre 200 et 300 missions sont assurées par les élèves de dernière année, réunis en groupe pour travailler pendant dix-huit semaines sur des projets proposés par des entreprises. Payants pour ces dernières, ces projets participent au modèle économique de l'école tout en permettant aux étudiants de vivre la réalité du métier d'ingénieur. Par exemple, en 2024, dix étudiants de l'Icam de Toulouse ont été mandatés par Envie 2E Occitanie pour concevoir une machine capable de démanteler des panneaux photovoltaïques.

En plus de dynamiser les territoires par leurs talents et leur expertise, les écoles sont un vivier de jeunes pousses. S'il est difficile de savoir précisément combien d'entre elles restent sur le territoire qui a formé leur fondateur, Patxi Elissalde, le directeur général de l'Estia, observe que «les trois quarts des entreprises qui sont sur le parc technologique à proximité de l'établissement sont nées dans l'école ou avec le support de l'école». D'après le classement de L'Usine Nouvelle, 2 % des diplômés des trois dernières années ont créé une entreprise.

En Charente-Maritime, un futur hub du ferroviaire

D'ici à 2027, la ville de Saintes (Charente-Maritime) accueillera une école d'ingénieurs dédiée aux métiers ferroviaires, portée par La Rochelle Université. Cette formation, qui comptera entre 60 et 100 élèves par an, sera dispensée au Ferrocampus.

Actuellement en construction, ce projet est né en 2020 pour répondre « aux besoins de recrutement prégnants des industriels de la filière, évalués à 15 000 emplois d'ici à 2030 », fait valoir Séverine Rengnet, la directrice générale de l'association Ferrocampus. Le site devrait proposer des cursus allant du CAP au doctorat et accueillir pas moins de 900 apprenants par an. L'organisme a pour ambition de devenir le hub européen du ferroviaire, réunissant sur 15 000 m2 des plateaux techniques, un showroom d'innovations et des espaces d'enseignement supérieur. «Entreprises, écoles, acteurs publics…Nous sommes dans une logique de complémentarité pour donner naissance à cet écosystème, indique la directrice générale. Nous voulons que la Charente-Maritime devienne la place forte du ferroviaire, à l'image de Toulouse pour l'aérospatial. » Les travaux de réhabilitation du site, qui appartenait à la SNCF, démarrent début 2025, pour une livraison en 2026 et 2027. Coût total : 50 millions d'euros, financés en grande partie parla région Nouvelle-Aquitaine. Plusieurs projets ont déjà été lancés: un train laboratoire, associant les expérimentations de plusieurs industriels, circule depuis juin 2024.

 

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