Economie

"L’Europe doit disposer de ses propres capacités numériques, qu’il s’agisse de l’informatique quantique, de la 5G, de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle", défend Ursula Von der Leyen

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Tribune La nouvelle Commission européenne présente ce 19 février sa stratégie sur le numérique, deuxième grande « transition » que cherche à piloter la Présidente Ursula Von der Leyen au niveau européen, avec la transition écologique du Pacte Vert. Elle insiste sur la contribution du numérique à l’économie et à la société européenne, et présente quelques applications concrètes, comme un livre blanc sur l’intelligence artificielle et une stratégie sur les données. Ursula von der Leyen dévoile sa position dans cette tribune publiée dans L'Usine Nouvelle.

L’Europe doit disposer de ses propres capacités numériques, en informatique quantique, 5G, cybersécurité ou IA, défend Ursula Von der Leyen
La tribune dans L'Usine Nouvelle d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission Européenne.
© CEE

Je suis une optimiste de la technologie. J’ai cette conviction qu’elle est une force au service du bien commun qui me vient de mes études de médecine. J’ai appris et constaté de visu sa capacité à modifier un destin, à sauver des vies et à rendre banal ce qui en d’autres temps relevait du miracle.
Il nous paraît évident aujourd’hui de prendre un antibiotique lorsque nous avons une infection ou de passer une radiographie ou une IRM lorsque nous sommes blessés ou malades. Ce sont pourtant des miracles qui ont changé le cours de l'humanité pour le meilleur.

Grâce à la technologie, ces miracles sont aujourd’hui plus fréquents et plus époustouflants.  De nouvelles techniques permettent de mieux détecter les cancers, d’aider la chirurgie de haute précision et de concevoir des traitements adaptés aux besoins de chaque patient.
Cela se passe aujourd’hui en Europe. J’espère que ce n’est qu’un début. Je souhaite que cela devienne la norme dans notre société qu’il s’agisse d’agriculture, de finance, de culture, de construction, de lutte contre le changement climatique ou contre le terrorisme.
C’est la vision qui sous-tend la nouvelle stratégie numérique que la Commission européenne présentera cette semaine.

 

"Cette Europe numérique devra refléter le meilleur de l’Europe. Elle sera ouverte, équitable, diverse, démocratique et confiante."

 

Nous pensons que la transformation numérique peut être une force motrice pour nos économies et nous aider à trouver des solutions européennes aux défis mondiaux. Nous pensons que les citoyens doivent avoir les moyens de prendre des décisions éclairées concernant leurs données. Nous voulons que les données soient accessibles à tous, qu’il s’agisse du secteur public ou privé, de petites ou de grandes entreprises, de jeunes pousses ou de multinationales. Cela aidera la société dans son ensemble à tirer le meilleur parti de l’innovation et de la concurrence et à faire en sorte que nous bénéficions tous des retombées du numérique. Cette Europe numérique devra refléter le meilleur de l’Europe. Elle sera ouverte, équitable, diverse, démocratique et confiante.
L’étendue de notre stratégie reflète l’ampleur et la nature de la transition à venir. Elle va de la cybersécurité aux infrastructures critiques, de l’éducation numérique aux compétences et à la démocratie dans les médias. Elle répond à l’ambition du pacte vert européen, notamment en promouvant la neutralité climatique des centres de données d’ici à 2030.

Comme nous le verrons cette semaine, la transformation numérique ne peut pas être laissée au hasard. Nous devons veiller à ce que nos droits et la protection de notre vie privée soient les mêmes en ligne qu’hors ligne. Nous devons pouvoir garder le contrôle de notre propre vie et de nos données personnelles pour faire confiance à la technologie. Les nouvelles technologies ne doivent pas imposer de nouvelles valeurs.
Je comprends parfaitement que la technologie n’ait pas encore gagné la confiance de tous. L’effet de la mauvaise utilisation par les grandes plateformes en ligne des données de leurs propres clients est destructeur, de même que l’intérêt de certains journalistes pour la désinformation plutôt que pour la vérité.

 

"Nous avons besoin d’une transition numérique qui soit européenne de conception et par nature"


Je respecte donc ceux qui doutent, sont sceptiques, voire pessimistes, face à la technologie. C’est la raison pour laquelle je crois que nous avons besoin d’une transition numérique qui soit européenne de conception et par nature. Elle créera la confiance là où elle est érodée et la renforcera là où elle existe. Dans ce contexte, les grands acteurs du numérique commercial doivent assumer leur responsabilité, en laissant les Européens accéder aux données qu’ils collectent. La transition numérique de l’Europe n’encourage pas le profit de quelques-uns, mais des perspectives pour le plus grand nombre, ce qui pourra nécessiter de légiférer, le cas échéant.

La transition numérique de l’Europe doit protéger et responsabiliser les citoyens, les entreprises et la société dans son ensemble. Elle doit permettre aux citoyens de ressentir les avantages de la technologie dans leur vie. Pour y parvenir, l’Europe doit disposer de ses propres capacités numériques, qu’il s’agisse de l’informatique quantique, de la 5G, de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle. Il s’agit de technologies stratégiques dans lesquelles nous souhaitons investir et pour lesquelles le financement de l’UE soutiendra les fonds nationaux et privés.

 

"Nous voulons que les jeunes pousses françaises bénéficient des mêmes avantages que leurs homologues de la Silicon Valley"

 

Tirer le meilleur parti des données et du numérique est important tant pour les grandes entreprises que pour les PME. Bien que les plus grandes idées proviennent souvent des start-up les plus petites, l’expansion peut être une tâche ardue pour les petites entreprises européennes dans le monde numérique. Nous voulons que les jeunes pousses françaises bénéficient des mêmes avantages que leurs homologues de la Silicon Valley pour se développer, croître et attirer les investisseurs.
À cette fin, nous devrons surmonter la fragmentation de notre marché unique, qui est souvent plus importante en ligne. Nous devons unir nos forces. Maintenant. Non pas en uniformisant, mais en utilisant l’effet de levier de notre taille et de notre diversité, deux facteurs clés de la réussite de l’innovation.

Nous aurons également besoin de ressources pour être à la hauteur de cette ambition. C’est pourquoi, lors du Conseil européen de cette semaine, j’encouragerai un budget européen moderne et flexible qui investit dans notre avenir et donc dans la recherche, le déploiement de l’innovation et les compétences.
Cela sera nécessaire si nous voulons que l’Europe ouvre la voie dans les domaines présentant le plus grand potentiel, tels que les données et l’intelligence artificielle. Cette semaine, nous présenterons nos projets sur ces deux points dans le cadre plus large de notre stratégie numérique.

 

"Une mine d’or encore inexploitée dans l’économie agile des données du futur"


Sur les données, la protection personnelle sera toujours un sujet central. L’Europe possède déjà les règles les plus strictes au monde et nous donnerons maintenant aux Européens les outils dont ils ont besoin pour s’assurer qu’ils en ont la maîtrise.
Il existe cependant des données qui ne sont pas concernées par cette protection, une mine d’or encore inexploitée dans l’économie agile des données du futur. Je pense aux données de mobilité rendues anonymes ou aux données météorologiques recueillies par des avions de ligne, aux images satellitaires, mais aussi aux données industrielles et commerciales allant de la performance des moteurs à la consommation d’énergie.
Ce type de données à caractère non personnel peut aider à concevoir et développer de nouveaux produits et services plus efficaces et plus durables. Elles peuvent être reproduites à un coût pratiquement nul. Aujourd’hui encore, 85 % des informations que nous produisons sont inutilisées. Il faut que cela change.

Nous élaborerons un cadre législatif et des normes de fonctionnement pour les espaces de données européens qui permettront aux entreprises, aux gouvernements et aux chercheurs de stocker leurs données et d’accéder à des données fiables partagées par d’autres. Tout cela sera fait dans des conditions de sécurité maximales afin de garantir un juste retour pour tous.
Ces ensembles de données permettront à leur tour de promouvoir l’excellence et la confiance dans l’intelligence artificielle en Europe qui aide déjà les petites entreprises à réduire leur facture énergétique, les transports automatisés à être plus respectueux de l’environnement et donne lieu à des diagnostics médicaux plus précis.

 

"Un réseau de pôles d’innovation numérique locaux"


Pour aider les entreprises, grandes et petites, à exploiter pleinement ce potentiel, nous investirons dans un réseau de pôles d’innovation numérique locaux et dans des centres d’excellence pour la recherche et l’éducation de pointe.

Dans le même temps, nous ferons en sorte que l’intelligence artificielle soit équitable et conforme aux normes élevées que l’Europe a développées dans tous les domaines. Notre engagement en faveur de la sécurité, de la protection de la vie privée et de l’égalité de traitement sur le lieu de travail doit être pleinement respecté dans un monde où les algorithmes influent sur les décisions. Nous concentrerons notre action sur les applications à haut risque susceptibles d’affecter notre santé physique ou mentale, ou d’influencer des décisions importantes en matière d’emploi ou de maintien de l’ordre.

L’objectif n’est pas de réglementer davantage, mais de prévoir des garanties, l’obligation de rendre des comptes et la possibilité d’une intervention humaine en cas de danger ou de litige. Nous avons façonné avec succès d’autres secteurs, allant des voitures à la nourriture, nous allons maintenant appliquer cette même logique et ces mêmes normes à l’économie agile des données.
Je résumerai mon exposé par l’expression «souveraineté technologique». Elle décrit la capacité de l’Europe à faire ses propres choix, sur la base de ses propres valeurs, dans le respect de ses propres règles. C’est ce qui nous rendra plus optimistes face à la technologie.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

 

Les avis d'expert et tribunes sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle

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