«Souvent mon âge surprend mais moi je dis ce que je pense : je suis resté jeune dans ma tête.» A 73 ans, Gérard Boully est chauffeur routier et ne compte pas s’arrêter tout de suite. Employé par le groupe Delisle (environ 200 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2023 et 1 500 salariés) à Breny (Aisne), cet ancien plâtrier livre du sable sur les chantiers d’Ile-de-France depuis plusieurs années.
«J’ai commencé le métier en 1988 grâce aux permis que j’ai passés à l’armée, précise-t-il. J’ai quitté le BTP et j’ai dû tout de suite trouver un autre métier pour pouvoir vivre.» Gérard Boully poursuit sa deuxième carrière par des livraisons de palettes en Europe puis conduit des camions citernes. L’âge de la retraite arrive et le constat est amer. «Comme plâtrier j’ai été payé pendant des années à la tâche et les primes n’étaient pas comptées, déplore le routier. Je me suis retrouvé avec une petite retraite de 1 200 euros.» Gérard s’essaye à la vie de retraité quelques mois sans grand succès. «Il y avait le jardin, mais il faut quand même dire que l’hiver on s’ennuie», plaisante-t-il. Finalement, il décide de reprendre le volant pour s’occuper et compléter sa retraite.
«On préfère avoir des camions qui roulent, quitte à gagner peu»
Aujourd’hui, Gérard Boully travaille sur des plages horaires de trois fois neuf heures et deux fois dix heures de conduite par jour, avec des périodes de repos. Un rythme exigeant qui reste dans le respect de son chronotachygraphe (la boîte noire des camions). Le septuagénaire a choisi d’effectuer des trajets régionaux pour éviter de vivre une partie de la semaine sur des aires de repos.
Écrou à resserrer, huile qui suinte ou accroc sur la carrosserie… Avec ses plus de 35 ans d’expérience, il ne laisse rien passer sur l’état de son camion. Un professionnalisme qui plait à son employeur, dont 15 % des 1 100 chauffeurs ont plus de 60 ans. «Nous avons toujours eu des chauffeurs qui viennent pour cumuler leur retraite, indique Vincent Moret. Certains atteignent l’âge de partir mais continuent, d’autres viennent comme saisonniers.» Alors que le métier est sous tension, le groupe Delisle revendique des conditions avantageuses à l’embauche (13e mois, salaires plus hauts que la concurrence) pour pourvoir ses postes. «Un camion coûte des frais fixes qu’il roule ou non, poursuit le DRH. On préfère qu’il roule, quitte à gagner peu, mais avoir une meilleure disponibilité vis-à-vis de nos clients.» Nostalgie dans sa cabine et veste orange sur le dos, Gérard est déjà reparti au volant de son camion-benne. Il l’assure : il s’arrêtera à 80 ans.








