Chronique

Trois ans plus tard, l'Europe sanctionne enfin l'aluminium russe

Histoires économiques, la chronique de L'Usine Nouvelle sur France Inter assurée cette semaine par Gautier Virol, chef du service web.

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Production d'aluminium russe Rusal
Site de production d'aluminium du russe Rusal à Irkutsk (Russie).

On peut dire que c’est une surprise, car on n’osait plus y croire ! L'aluminium est évoqué comme cible potentielle des sanctions européennes contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. Mais il aura donc fallu attendre trois ans, et le seizième paquet de sanctions, pour que l’importation d’aluminium russe soit finalement interdite en Europe.

Quelques produits finis comme des tubes, des fils, des tuyaux ou des feuilles avaient déjà été interdits en 2023. On parle cette fois de l’aluminium primaire, brut, utilisé dans l’industrie pour fabriquer des voitures, des canettes ou encore des fenêtres ou des câbles électriques.

Pourquoi attendre aussi longtemps, alors que les États-Unis et le Royaume-Uni ont passé le pas il y a près d’un an, en avril dernier ? L’Europe a longtemps hésité… Bruxelles avait peur de défavoriser ses industriels qui utilisent de l'aluminium russe, réputé de bonne qualité et surtout bon marché.

L'un des seuls métaux russes dont l'Europe arrive à se passer

En fait, la Commission a voulu leur laisser le temps de se désintoxiquer. C’est plus simple d’interdire quelque chose dont on n’a plus besoin. Et pour le coup, c’est réussi ! L’aluminium est même exemplaire en la matière : c’est l’un des seuls métaux critiques russes dont l’Europe parvient à réellement se passer. Il faut dire que la cure a été drastique. Les pays membres ont divisé par cinq leurs importations depuis 2016 : la Russie ne représente plus que 6% de leurs approvisionnements, à moins de 350000 tonnes.

L’impact de l’embargo devrait donc être limité, voire quasi invisible pour la plupart des industriels. Ceux-ci ont eu le temps de se tourner vers de nouvelles sources d’approvisionnement, du côté des pays du Golfe, de l’Indonésie, de la Malaisie ou encore de Nouvelle-Zélande. Et pour ceux encore dépendants, pas de panique : l’Europe laisse encore 12 mois à ses industriels pour couper définitivement le robinet. Revers de la médaille : tout cela laisse aussi le temps à la Russie de détourner massivement ses exportations vers la Chine et l’Inde. L’impact économique de la sanction s’en trouve donc limité… Et l’aluminium russe finit toujours par arriver en Europe, dans les produits finis qu’on achète. Mais les symboles, ça compte aussi. 

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