Pour un fabricant de machines dédiées au beurre, Simon Frères a une localisation insolite : la base navale militaire de Cherbourg-en-Cotentin. L'entreprise manchoise va déménager pour une nouvelle usine construite dans un parc d'activités de la capitale du Nord-Cotentin dont l'ouverture est prévue en septembre 2026. Un projet légèrement supérieur à sept millions d'euros pour un bâtiment de 3282 m², deux fois plus grand que le site actuel.
Simon Frères (11 millions d'euros de chiffre d'affaires, 52 salariés) conçoit et fabrique notamment des butyrateurs, des appareils qui transforment la crème en beurre. «Ils standardisent la qualité en production continue», décrypte Michel Le Cadre, directeur général depuis septembre dernier. «Nous les réalisons de A à Z, en ayant beaucoup internalisé. On parle de la tôle en inox, on monte et on installe. Ce qui nous fait vivre, c'est la maîtrise de pièces spéciales», poursuit le responsable. Le site fabrique aussi des silos de stockage de beurre et des machines de remalaxage à -20 degrés.
Des débouchés solides à l'export
Depuis 2017, Simon Frères s'est requinqué, porté par une croissance globale (le chiffre d'affaires a plus que doublé entre 2015 et 2024), notamment à l'export, où il réalise 70% de son activité. L'Inde, premier producteur de lait au monde, est son premier débouché, complété par de nouveaux marchés comme la Chine, la Malaisie ou encore la Turquie. En France, l'entreprise manchoise fournit «une grosse part du marché», auprès de Lactalis, Sodiaal et d'autres gros acteurs laitiers. Aujourd'hui, «c'est dur de répondre à la demande dans les temps», regrette Michel Le Cadre, qui avance des délais de livraison de huit à dix mois, alors que les clients en envisagent plutôt six. La nouvelle usine doit donner de la marge pour accompagner la nouvelle dynamique, avec l'espoir d'une hausse de 20% de l'activité sous trois à cinq ans.
L'entreprise, créée en 1856 avec des broyeurs de pommes, avait connu une période difficile, la conduisant à une solution temporaire dans des locaux situés dans la base navale. «On les remercie beaucoup, pose Michel Le Cadre. Aujourd'hui, l'activité est repartie et il nous faut plus de place et plus d'attractivité. Or, pour entrer dans la base militaire, il y a des contraintes. Pour faire venir un visiteur ou un dépanneur, il faut sept jours, le temps des formalités !» Une situation qui a aussi des conséquences sur la main-d'œuvre, plus difficile à attirer. Simon Frères profite aussi de son projet pour renouveler son outil de production (pour environ un million d'euros sur les sept au total) et prévoit d'embaucher dans les prochaines années.





