Des chiens, des chats, des vaches et des cochons… Au siège du laboratoire de santé animale Virbac, à Carros (Alpes-Maritimes), dans les hauteurs de Nice, les portraits d’animaux sont sur tous les murs. « Nous sommes implantés ici quasiment depuis notre création, en 1968, par Pierre-Richard Dick, un vétérinaire de formation », raconte Sandrine Brunel, directrice de la communication de Virbac.
Au cœur de la zone industrielle de Carros, le laboratoire développe et fabrique des traitements pharmaceutiques et des produits de soins, pour les animaux de compagnie et d’élevage, dont des vaccins, des antibiotiques, des antiparasitaires, des compléments alimentaires et des produits dermatologiques.
S’il répond aux problématiques des animaux de rente, comme à celles des animaux de compagnie, c’est bien sur ce dernier segment que Virbac veut concentrer ses efforts. « Aujourd’hui, 45 % de notre chiffre d’affaires est issu des ventes de notre activité dédiée aux animaux de compagnie, avec une croissance à deux chiffres sur les vaccins pour chiens et chats, sur les produits petfood et petcare (alimentation et hygiène/soin) et sur notre gamme de dermatologie », note Habib Ramdani, directeur financier du groupe.
Et cette ambition ne date pas d’hier. Dans la France encore largement rurale des années 70, Virbac, issu de la contraction entre « virologie » et « bactériologie », a su s’imposer, grâce à son fondateur et à sa vision pionnière de la santé animale. Pierre-Richard Dick a ainsi, très tôt, consacré une grande partie de ses efforts de recherche à l’amélioration des traitements destinés aux animaux de compagnie. « Nous avons notamment été les premiers à mettre sur le marché un collier insecticide pour chiens, devenu l’un de nos produits phares », rappelle Sandrine Brunel.

Une stratégie qui s’est avérée payante puisque le marché consacré aux animaux de compagnie n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis. « Aujourd’hui, près d’un Français sur deux possède un animal de compagnie », estime la directrice, alors que la médicalisation de ces fidèles compagnons croit chaque année, à mesure que leur espérance de vie s’allonge. Porté par ces vents favorables, Virbac, côté en Bourse depuis 1985, a atteint 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024.
Si le laboratoire exporte la majorité des produits qu’il fabrique (88 %), il reste attaché à son ancrage historique à Nice, où il continue de moderniser les capacités de production du site de Carros.
Les principaux acteurs de la santé animale
La santé animale pesait plus de 60 milliards de dollars en 2024. Une activité d’ampleur, qui connait une croissance constante depuis plusieurs années, notamment grâce aux ventes de traitements dédiés aux animaux de compagnie. Le secteur est encore largement dominé par l’Américain Zoetis, ex-filiale de Pfizer, présent sur de nombreux segments dont les vaccins, les antiparasitaires, les antibiotiques, les produits biologiques et les diagnostiques vétérinaires. Face à la concurrence, Virbac se positionne comme le 7ème plus grand laboratoire mondial en santé animale, et 2ème laboratoire français, juste derrière le géant Ceva.
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Rang |
Nom du laboratoire |
CA 2024 (en dollars) |
Pays d'origine |
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1 |
Zoetis (ex-filiale de Pfizer) |
9,3 Mrds |
États-Unis |
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2 |
Merck Animal Health (filiale de MSD) |
5,9 Mrds |
États-Unis |
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3 |
Boehringer Ingelheim Santé Animale |
5,4 Mrds (4,7 Mrds €) |
Allemagne |
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4 |
Elanco Animal Health (ex-filiale de Lilly) |
4,4 Mrds |
États-Unis |
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5 |
IDEXX Laboratories |
3,7 Mrds |
États-Unis |
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6 |
Ceva Santé Animale |
2,1 Mrds (1,8 Mrd €) |
France |
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7 |
Virbac |
1,6 Mrd (1,4 Mrd €) |
France |
Carros, vitrine de l’excellence industrielle en santé animale
Après un premier bâtiment sorti de terre au début des années 70, le site de Carros compte aujourd’hui quatorze bâtiments, regroupant plusieurs activités de R&D et de production de Virbac. « 30 à 40 % de notre chiffre d’affaires mondial est issu de cette usine », chiffre Habib Ramdani. Un site essentiel donc, dans la chaine d’approvisionnement mondial du groupe, et qui emploie près de 1 400 personnes, sur les 1 500 collaborateurs que compte Virbac en France.
Modernisée au fil des années, l’usine de Carros correspond aujourd’hui aux normes réglementaires européennes les plus strictes, notamment pour la production de médicaments injectables stériles. « Nous avons transféré notre outil industriel dans un nouveau bâtiment, baptisé VB8, pour produire nos traitements injectables stériles (hors vaccins) selon les critères de l’annexe 1 des BPF, entrée en vigueur l’année dernière », détaille Philippe Astruc, directeur de la production industrielle France, qui assure la visite. « Cette norme de production nous impose un niveau de propreté quasiment identique à celui appliqué en santé humaine ».
Et c’est ce qui frappe dès l’entrée du bâtiment. Pour éviter toute contamination extérieure, le VB8 a ainsi été conçu selon le principe dark side/white side. Toute personne pénétrant en zone white side étant tenue de s’équiper de vêtements de protection adaptés. Là encore, les règles sont les mêmes qu’en santé humaine. « Nous avons plusieurs SAS d’équipements allant de la classe D à la classe A au fur et à mesure que l’on augmente le niveau de contact de l’opérateur avec le produit », poursuit Philippe Astruc.
Deux millions de flacons d’injectables stériles sont produits sur ces lignes chaque année. Le processus démarre par le lavage et séchage des fioles. Chacun des flacons est lavé, puis séché, avant de passer dans un tunnel de stérilisation, chauffé à 200°C, pendant 15 à 20 minutes. Les flacons transitent ensuite dans une troisième chambre, où ils sont refroidis via l’injection d’un air stérile froid. Un circuit qui nécessite près d’une heure et demi de traitement.
Finalement prêts à être remplis, les flacons poursuivent leur chemin sur une ligne de remplissage, classée A. Malgré des conditions de travail contraignantes, et les formations régulières qu’elles nécessitent, Virbac assure réussir à recruter facilement dans la région. Une main d’œuvre bienvenue, alors que l’activité du site de Carros ne cesse de se développer.
Désireux de mettre à profit son outil industriel sur la production d’injectables stériles, Virbac a notamment choisi de relocaliser la fabrication de son Suprelorin (desloréline), un castrateur chimique hormonal, acquis en 2005 suite à un partenariat avec l’entreprise australienne Peptech Animal Health. Sa production était jusqu’alors isolée en Australie.
Fidèle à son histoire, Virbac poursuit son ancrage à Carros et veut même agrandir son site. Un projet d’investissement de près de 100 millions d’euros pour augmenter ses capacités dans la production de vaccins est en cours.
1 200 m² de nouvelles salles blanches pour davantage de vaccins
Les vaccins font partie de l’ADN de Virbac. Passé par l’Institut Pasteur, Pierre-Richard Dick, son fondateur, développe au début des années 80, le premier vaccin homologue pour chiens, à base de parvovirus, un virus canin, contre la gastro-entérite virale. Aujourd'hui, confronté à une demande toujours plus importante, Virbac a revu son outil de production de vaccins.
Empiétant sur une partie de ses emplacements de parking, la construction du nouveau bâtiment Bio5 a été lancée, en juin dernier, pour accueillir la production des vaccins pour chiens et chats, jusqu’alors abritée au sein de Bio4. Un projet chiffré à 95 M€, annoncé en 2024 comme étant le plus gros investissement industriel de Virbac à ce jour. « Le projet Bio5 a été pensé pour correspondre aux nouvelles normes pharmaceutiques mais également pour augmenter nos capacités de production alors que Bio4 est proche de la saturation », explique Sébastien Scocci, directeur des projets industriels stratégiques à Carros.
Clémence di Tella Le nouveau bâtiment Bio5 devrait être opérationnel en 2029.
Les nouvelles lignes de production assureront ainsi la fabrication de 50 millions de flacons par an, contre 38 millions auparavant. « Le transfert de la production permettra également la modernisation des équipements de lyophilisation et le passage à une cadence de 30 000 flacons par heure, contre 18 000 flacons par heure actuellement », s’enthousiasme Sébastien Scocci.
Le nouveau bâtiment de 4 500 m², répartis sur trois étages, abritera 1 200 m² de salles blanches. Il accueillera des activités de formulation, de remplissage, de sertissage jusqu’au conditionnement. Virbac ambitionne de transférer ses lignes de production de Bio4 à Bio5 dès 2027, pour une mise en service de Bio5 en 2029.
Outre le développement de son outil de production dédié à son activité pharma, le groupe veut également étendre les capacités logistiques de son site de Carros. Le laboratoire prévoit ainsi de lancer, en 2026, la construction d’un nouveau centre logistique sur les 13 000 m² de l’ancienne usine de Primagaz, située à proximité.
Virbac confirme ainsi un ancrage fort dans la région niçoise. Au-delà, de la côte d’Azur, le laboratoire aimerait miser sur la complémentarité de ses sites français pour poursuivre sa croissance.
Des marchés encore à conquérir
Hormis le site de Carros, Virbac possède un autre site de production en France, à Vauvert, dans le Gard, dédiée à son segment petfood. Une activité sur laquelle le laboratoire veut désormais se renforcer, alors qu'il vient de lancer son premier aliment médicamenteux pour chats (voir ci-dessous).
« Nous aimerions internaliser la totalité de la chaine de production de nos croquettes dans le Gard, en construisant une usine à une trentaine de kilomètres de celle de Vauvert qui assure déjà l’enrobage, c’est-à-dire l’amélioration de l’appétance de la croquette, et le packaging de nos produits », explique Paul Martingell, nouveau directeur général de Virbac, nommé en juin dernier. Actuellement dans la phase de recours, après l’obtention du permis de construire, le groupe aimerait débuter la construction de la nouvelle usine en 2026. Elle doit être opérationnelle dès 2029.
Si l’Europe représente la moitié des ventes annuelles de Virbac, le groupe compte tout de même renforcer ses filiales internationales, en se développant notamment sur les marchés américains et chinois. « En 2024, l’Amérique du Nord a représenté 182 millions d’euros de nos ventes, et l’Asie de l’Est, 144 millions d’euros ; des parts que nous aimerions voir croître dans les prochaines années », indique Habib Ramdani.
Pour pénétrer le marché chinois, Virbac mise particulièrement sur ses vaccins. « Nous avons déjà avancé en ce sens en obtenant l’enregistrement de nos vaccins en Chine, en vue de leur commercialisation dans le pays », confie le directeur financier. Toujours en Asie, Virbac a réalisé deux acquisitions importantes en 2024 en rachetant l’indien Globion, spécialiste des vaccins pour animaux d’élevage, et le Japonais Sasaeah.
Si le laboratoire rêve de conquête, son attachement au site de Carros promet de perdurer encore longtemps.





