C'est une véritable reconfiguration de la géographie française qui est en train de se dérouler sous nos yeux. La pandémie de Covid-19 aura eu pour effet secondaire d'accélérer, voire de susciter des mouvements de population qu'on n'aurait pas prévu il y a seulement deux ans. C'est ce que révèle la première édition du "baromètre de l'emploi" réalisé par LinkedIn, diffusée mercredi 7 juillet. On y voit la confirmation du départ d'un certain nombre de professionnels de Paris. Les entreprises situées dans la capitale pourraient donc avoir des problèmes de recrutement à plus ou moins court terme.
Quitter Paris
Pour établir cet état des lieux, la filiale de Microsoft s'est appuyée sur les données publiées par ses 22 millions d'inscrits en France. Les équipes du réseau social ont calculé deux indicateurs: le taux de migration interne, et le taux de recrutement. Le premier calcul, à partir du nombre de personnes ayant changé de ville sur leurs profils, le rapport entre les arrivées et les départs. Quant au taux de recrutement, il indique le pourcentage de personnes ayant trouvé un emploi au cours du dernier mois. Les résultats obtenus par LinkedIn sont sans ambiguïté.
Le premier témoigne, comme on en avait déjà des indices, d'une vague continue de déménagements depuis le début de la pandémie. Le plus haut a été atteint en septembre 2020 - vraisemblablement un effet rentrée des classes - où la hausse a atteint 126% par rapport à la moyenne observée avant la pandémie. Ce mouvement se poursuit depuis, même si sa croissance est d'une moindre ampleur. Entre janvier et mai 2021, le taux de départ est supérieur à celui observé à la même période de 2019 de 38%.
Linkedin DR Source : Linkedin
Marseille, la nouvelle banlieue du Parisien nomade?
On s'en doutait. Les données collectées par LinkedIn le confirment. C'est Paris qui observe la plus grande hausse de départs (-17,6%) depuis le Covid-19. La capitale est suivie par Toulouse (-16%) et Strasbourg (-8,7%). Pour Toulouse, on peut expliquer cette vague par la mise au ralenti brutale de l'activité aéronautique, qui assurait une bonne partie du dynamisme économique locale.
A l'inverse, la ville qui a vu son attractivité le plus augmenter est Marseille (+8,2%), suivi par Montpellier (+7,8%) et Rennes (+7,2%). On observe, donc pour les professionnels, un mouvement que les géographes avaient déjà observés pour les inactifs et notamment les retraités: le départ des grandes cités comme Paris pour aller rejoindre les littoraux. Les lignes TGV ont fait le reste.
Marseille et Montpellier sont désormais beaucoup moins loin de Paris et de l'Ile-de-France, qui, pour le moment, reste la première région pour l'emploi des cadres, comme l'illustrent les études de l'Apec année après année. On peut donc faire l'hypothèse sans prendre trop de risques que, parmi les nouveaux arrivants dans les villes maritimes, un certain nombre feront de réguliers aller-retour vers Paris, Lyon ou d'autres villes...
Un coup d'arrêt?
Mais pas seulement, assure le baromètre de l'emploi de LinkedIn. En effet, l'étude du taux de recrutement montre qu'un certain nombre de professionnels qui ont bougé depuis la pandémie ont trouvé du travail sur place, ce qui donne à leur départ un tour un peu plus définitif. Ainsi, ce taux est en augmentation de 1,6% entre mai 2021 et avril 2021. Il progressait de 72,6% par rapport à mai 2020.
Si la situation sanitaire continue de s'améliorer, il faudra observer de près l'évolution de ces données. Les personnes ayant fait le choix de quitter certaines villes feront-ils bientôt figure de pionniers, ayant enclenché un mouvement? Ou seront-ils le témoignage d'un moment de l'histoire? L'attitude des entreprises qui choisiront, ou non, d'accompagner les désirs de mobilité des salariés, les accords en matière de télétravail, pourraient aussi changer la donne. La transition ne fait que commencer...








