La Commission européenne a dévoilé le mercredi 2 juillet sa toute première stratégie consacrée au quantique. L’objectif affiché : «faire de l’Europe un leader mondial d'ici à 2030» dans ce domaine en pleine accélération, aux applications à la fois civiles et militaires. Il s’agit pour les Européens de ne surtout pas se faire distancer dans cette révolution technologique en cours, comme cela a été le cas avec l’intelligence artificielle.
En exploitant les propriétés de la matière à l’échelle subatomique, le quantique promet en effet une rupture dans de nombreux domaines : communications ultra-sécurisées, systèmes de navigation autonome non dépendante de GPS, optimisation logistique, détection précoce des maladies via l’imagerie médicale, surveillance sismique par cartographie souterraine, etc. Autant d’applications à fort potentiel, pouvant aussi bien servir dans la santé publique que dans la défense.
Si la Commission en est restée mercredi 2 juillet aux déclarations d’intention, elle prévoit de proposer en 2026 un «Quantum Act», une législation dédiée, ainsi qu’une série d'initiatives qui suivront en la matière.
Six lignes de production pilote
Pour que le Vieux continent rivalise dans la bataille que se livrent déjà les États-Unis et la Chine, en créant des champions européens, Bruxelles entend d’abord sécuriser l’amont industriel. Selon son plan, six lignes pilotes de production de puces quantiques doivent être mises en place d’ici à fin 2026. La Commission propose en outre d’offrir «aux PME, startups et laboratoires» un accès à un «réseau européen centralisé» pour «valider et industrialiser leurs prototypes».
Un volet spécifique de la stratégie concerne l’intégration du quantique dans l’effort de réarmement en cours au sein de l’UE. La copie de l’exécutif européen évoque plusieurs cas d’usages concrets : détection de tunnels pour la sécurité intérieure, chiffrement inviolable pour les transmissions militaires, ou encore protection des communications satellitaires via des liaisons quantiques, etc.
Quels financements ?
Pour exister dans la course, l’Europe n’est pas sans «solides atouts», selon Bruxelles : elle concentre le plus grand nombre de publications scientifiques sur le sujet, accueille un écosystème dynamique de start-up, et bénéficie de l’effet d’entraînement de plusieurs centres de recherche de niveau mondial. Mais l’excellence académique peine à se traduire en leadership industriel. Beaucoup de jeunes pousses sont freinées par un accès trop limité aux investissements lors des phases d’industrialisation.
Reste donc à résoudre la délicate question des financements, alors que les institutions de l’UE débuteront bientôt les pourparlers sur le futur cadre du budget européen pour la période 2028-2034. Le texte dévoilé mercredi 2 juillet mentionne une palette d’outils publics : mécanismes de co-investissement avec le secteur privé, fonds de garantie pour les acheteurs publics, ou encore participation directe au capital de jeunes entreprises prometteuses. La Commission a toutefois lancé un appel appuyé aux financements privés, déplorant que seulement 5 % de ceux consacrés au quantique à travers le monde ne soient destinés à l’Europe… contre 50 % aux USA.
Clément Solal et Alexandre Gilles-Chomel





