Pourquoi la Russie développe une flotte de brise-glace à propulsion nucléaire

Seul pays au monde à opérer des navires civils à propulsion nucléaire, la Russie a inauguré un nouveau brise-glace conçu pour résister aux conditions climatiques extrêmes de l'Arctique. Alors que la fonte des glaces de l’Arctique facilite (hélas) la navigation dans cette zone, un large renouvellement de la flotte russe est en cours.

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Brise-glace Yamal
Opérationnel depuis 1989, le brise-glace à propulsion nucléaire soviétique Yamal est l'un des six navires de cet acabit dans le monde. Tous appartiennent à la Russie.

La Russie a un nouveau brise-glace. Ou plutôt, deux. Et deux autres vont suivre. Lors d’une cérémonie organisée à Saint-Pétersbourg mardi 22 novembre ont eu lieu simultanément l’inauguration de l’Ural et le lancement du Yakutia. Le premier entrera en service dans les prochaines semaines, dès décembre. Le second va être testé pendant plusieurs mois avant de commencer sa vie active à la fin de l’année 2024. Longs de 173 mètres et capables de briser la glace d'une épaisseur allant jusqu'à 2,8 mètres, ils ont tous les deux été conçus pour résister aux conditions climatiques extrêmes qui caractérisent le cercle polaire arctique. 

Surtout, les deux bâtiments présentent la particularité d’être dotés d’une propulsion nucléaire. Un choix unique, propre à la Russie, seul pays au monde à opérer des navires à propulsion nucléaire à des fins civiles et non militaires, comme c’est le cas en France. Leur utilisation «est justifiée par des raisons géographiques», analyse Patrice Bouveret, de l’Observatoire des armements.

«Renforcer le statut de la Russie en tant que grande puissance arctique»

Alors que l’Arctique devient progressivement une zone stratégique, tant sur le plan économique que militaire, à mesure que le réchauffement climatique accélère hélas la fonte des glaces, Moscou a relancé un vaste programme de construction de brise-glace à propulsion nucléaire. La mission a été confiée au géant national de l'énergie atomique Rosatom. Une entreprise singulière, souhaitée par le président Vladimir Poutine pour «renforcer le statut de la Russie en tant que grande puissance arctique», comme il l’a déclaré le 22 novembre dans un discours retransmis par visioconférence.

Vladimir Poutine inauguration brise-glaceKremlin
Vladimir Poutine inauguration brise-glace Vladimir Poutine inauguration brise-glace

Vladimir Poutine a assisté en visioconférence depuis Moscou à la cérémonie d'inauguration et de lancement de deux nouveaux brise-glace, organisée à Saint-Pétersbourg le mardi 22 novembre. Crédit : Kremlin

L’Ural et le Yakutia vont venir épauler deux exemplaires de la même série déjà opérationnels, et devraient être rapidement rejoints par de nouveaux navires. La mise en service du Chukotka est prévue pour 2026. «En outre, la construction du brise-glace nucléaire surpuissant Rossiya devrait être achevée en 2027, s’est félicité Vladimir Poutine, alors que le conflit en Ukraine continue de faire rage. Les deux brises-glaces ont été construits dans le cadre d'un projet en série et sont inclus dans notre travail à grande échelle visant à rééquiper et à développer la flotte russe de brise-glace.» Une ambition motivée par ailleurs par la nécessité pour la Russie de faciliter ses exportations d’hydrocarbures vers l’Asie, notamment à partir du terminal de liquéfaction de gaz naturel Yamal. 

«Ce n’est pas du tout une technologie déclinante»

Actuellement, il existe environ 150 bâtiments maritimes à propulsion nucléaire en opération autour du globe. «Il y a une immense majorité de sous-marins, mais également quelques navires de surface, comme les porte-avions», commente François Narolles, analyste bénévole pour l’association des Voix du nucléaire. Et puis, il y a la Russie et ses six brises-glaces actuellement en service. Un choix qui s’explique par le besoin de puissance: «Un brise-glace nécessite un poids très lourd pour casser la glace, tout en avançant, cela demande beaucoup d’énergie», ajoute l'analyste.

La propulsion nucléaire le permet. Elle offre par ailleurs l’avantage «d’être autonome en mer, très longtemps». Ce qui fait dire à François Narolles que ce mode de propulsion «n’est pas du tout une technologie déclinante, comme c’est régulièrement évoqué». Lui voit plutôt la propulsion nucléaire monter en puissance à la faveur de la transition énergétique et de la nécessaire décarbonation du secteur maritime.

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