Pili, une encre 100% biosourcée et biodégradable produite par des bactéries

99% des colorants actuels sont issus de la pétrochimie et compliquent fortement le recyclage des tissus et papiers-cartons, chargés de métaux lourds et de solvants. La start-up Pili réinvente l’encre avec un colorant bleu produit par des bactéries.

Jérémie Blache et Fabrice Boissonnat, co-fondateurs de Pili
Jérémie Blache et Guillaume Boissonnat, co-fondateurs de Pili

Un papier qui reste blanc présente peu d’intérêt. Mais une fois imprimés, les papiers doivent être désencrés avant recyclage. Une opération complexe, mettant en œuvre de nombreux solvants chimiques, difficile à rentabiliser qui pénalise la valorisation des vieux papiers et, donc, la boucle de l’économie circulaire dans la filière papiers-cartons. L’amélioration des process de désencrage du papier en vue de son recyclage est au cœur de nombreux projets de recherche. Désencrage à l’azote, par adsorption par des particules de polymères, par fractionnement… Ces nombreuses pistes n’ont pas résolu la difficile situation des unités de désencrage.

Une encre naturelle et biodégradable

La start-up Pili s’est posé la question autrement : si les encres actuelles posent problème, pourquoi ne pas les repenser dès leur production ? Les encres issues de la pétrochimie sont peu coûteuses mais trop polluantes. Celles tirées des plantes, comme l’indigo, sont très chères à produire en grandes quantités. Il fallait donc inventer une encre à la fois écoconçue et compétitive. Tout a commencé dans un biohacker space, à La Paillasse (Paris), où Marie-Sarah Adenis, designer, a d’abord travaillé sur un prototype de stylo avec Thomas Landrain, biologiste. Après plusieurs essais infructueux, ils arrivent à une première version d'un colorant bleu secrété par une bactérie particulière. Une expérience également tentée avec succès par des chercheurs de Berkeley à partir d’une autre bactérie bien connue, Escherichia coli. "Devant l’engouement du public, nous avons décidé de monter une société, seul moyen de porter ce projet ambitieux d’industrialiser la production de colorants et de pigments. Le travail de biologie s’effectue désormais à Toulouse [dans le cluster TWB, Toulouse white biotechnologies, ndlr] tandis que la partie chimie est restée à Paris", explique Jérémie Blache, co-fondateur et directeur général de Pili.

La start-up fera donc travailler des micro-organismes. Elle expérimente désormais la production de plusieurs couleurs à partir de souches recombinantes. Le principe est le même que dans l’agroalimentaire, où elles sont la cheville ouvrière de la bière, du pain, du fromage, du vinaigre, ou, plus récemment, dans la santé pour produire, entre autres, de l’insuline. Reste à déterminer les souches les plus efficaces pour arriver à un process compétitif. "Nous avons déjà développé un colorant bleu assez profond, dont nous souhaitons qu’il se rapproche de l’indigo. Nous travaillons désormais sur une plate-forme pour arriver à produire des rouges et des jaunes, que nous pourrons ensuite combiner pour en tirer toutes les autres couleurs", précise le directeur scientifique de Pili, Guillaume Boissonnat. Aujourd’hui, Pili cherche à approfondir ses résultats en collaboration avec des acteurs de l’industrie papetière et textile.

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Géraldine Poivert, présidente d'Ecofolio, lors du concours Circular Challenge 2016Fabrice Gousset
Géraldine Poivert, présidente d'Ecofolio, lors du concours Circular Challenge 2016 Géraldine Poivert, présidente d'Ecofolio, lors du concours Circular Challenge 2016 (GOUSSET)

Géraldine Poivert, présidente d'Ecofolio, lors du concours Circular Challenge 2016. Photo Fabrice Gousset.

A l’heure où les emballages carton des produits alimentaires sont regardés avec méfiance, la perspective d’une encre non-toxique, 100% biodégradable a de quoi séduire. Et le charme a fonctionné sur Ecofolio, éco-organisme en charge du recyclage des papiers et cartons, dont le concours Circular Challenge vient de primer l’encre Pili. Jérémie Blache souligne l’apport fondamental – outre la dotation de 60 000 euros - de cette aventure: "C’est le suivi de notre projet par Ecofolio : comment on se développe, si on a été mis en relation avec les bons acteurs de la filière… Ce réseautage est peut-être l’apport le plus précieux, et qui manque aux autres concours. "

"Nous sommes très heureux de démontrer que l’innovation est la réponse à tout, et de défendre la création de valeur plutôt qu’une écologie punitive", commente la présidente d’Ecofolio, Géraldine Poivert. "Tout sujet environnemental a une réponse dans l’innovation et la R&D, que ce soit par l’éco-conception, la substitution ou l’innovation dans le process industriel." Très enthousiaste après cette première édition d’un concours d’innovation qui valorise plus l’impact pour la filière que le business-plan - qui pourra être amélioré par la mise en relation de la start-up avec les industriels -, "Ecofolio envisage l’an prochain de s’allier à d’autres éco-organismes pour élargir ce concours à d’autres matériaux", conclut Frank Gana, directeur de l’offre et du développement de l’éco-organisme.

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