Le million, le million ! C’est le nouveau cri de ralliement des patrons. Le Medef ne s’est pourtant pas transformé en Française des jeux. Mais en promettant un million d’emplois, il espère obtenir rapidement des preuves concrètes du pacte de responsabilité proposé par François Hollande. "Moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social", a proposé le président de la République aux entreprises lors de ses vœux. Lundi 13 janvier, Pierre Gattaz, le président du Medef, était à Lille (Nord) pour rassembler les chefs d’entreprise autour de son million. Il promet d’autres réunions en régions.
Depuis la mi-novembre, Pierre Gattaz a fait passer à l’Élysée son "pacte de confiance". Avec comme argument massue une proposition gonflée : les entreprises pourraient créer un million d’emplois nets d’ici à cinq ans si quelques conditions sont remplies [lire ci-contre]. "J’ai l’impression que c’est ce qui a fait basculer François Hollande, même si le Président avançait vers une politique de l’offre. Il fallait créer un électrochoc et c’est ce qu’a fait Pierre Gattaz avec ce chiffre du million d’emplois", se félicite Jérôme Frantz, le président de la Fédération des industries mécaniques (FIM).
Le slogan fonctionne, mais d’où sort ce chiffre Au Medef, le calcul a été effectué à l’automne. Après avoir brandi des "cartons jaunes" contre le gouvernement, le patronat cherche à mobiliser ses troupes sur une dynamique plus positive. Dans son projet "France 2020", il fixe comme objectif un retour à un taux de chômage de 8%. Pour y parvenir, il manque en France, grosso modo, un million d’emplois nets. "Ce n’est pas une promesse, c’est un cap. Il n’y a pas de raison que la France reste à 11% de chômage quand l’Allemagne est redescendue à 5%", souligne Pierre Gattaz. Fin octobre, un appel pour la création d’un million d’emplois en cinq ans est envoyé aux fédérations professionnelles et aux 135 Medef territoriaux. En quarante-huit heures, tous le signent. Pour les détails, on verra plus tard.
Je ne signerai jamais un engagement juridique sur le nombre d’emplois créés. Il ne faut pas commencer à remettre des contraintes aux entreprises.
Pierre Gattaz, président du Medef
Le compte n’y est pas
Le Medef avance des pistes. La première est la réduction du déficit commercial. "Dix milliards d’euros de déficit en moins, c’est 100 000 emplois en plus", estime Pierre Gattaz. Une meilleure adéquation dans les emplois non pourvus 100 000 postes de plus. Avec des fédérations professionnelles coresponsables de leur formation avec les régions, le Medef table sur 100 000 à 200 000 apprentis supplémentaires. Des politiques sectorielles en faveur de la transition énergétique, de l’économie au service des âgés ou du tourisme recèlent des niches d’emplois, non quantifiées par l’organisation. "Cela implique d’ouvrir les magasins le dimanche par exemple", souligne-t-on au siège du Medef. Tout cela ne fait pas le compte. Le patronat cherche à préciser son chiffrage. Certaines fédérations s’y essaient. La Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec) estime que l’installation de la fibre optique générera 19 000 emplois.
La démarche du Medef est pourtant loin de faire l’unanimité patronale. "Nous n’avancerons jamais de chiffre. On ne peut pas faire de pari sur la capacité des entreprises à créer des emplois, car celle-ci dépend avant tout des commandes", s’emporte Frédéric Grivot, le vice-président chargé de l’industrie à la CGPME qui juge la promesse dangereuse. Les grands groupes, réunis au sein de l’Association française des entreprises privées (Afep), ne sont pas loin de partager cet avis. "On ne veut pas aller sur ce type d’engagement car il faudrait alors le décliner entreprise par entreprise", s’inquiète le lobby, soucieux de ne pas s’exposer aux critiques si la cible n’est pas atteinte. C’est bien là le risque. D’autant que les entreprises ne veulent pas graver dans le marbre des contreparties à une baisse des charges. "Je ne signerai jamais un engagement juridique sur le nombre d’emplois créés. Il ne faut pas commencer à remettre des contraintes", prévient d’ailleurs Pierre Gattaz.
Alors, est-ce un marché de dupes Les économistes doutent des méthodes de calculs du Medef, mais ils sont plus nuancés. "Nous sommes en bas de cycle avec un marché de l’emploi au ralenti, souligne Olivier Passet, le chef économiste du cabinet Xerfi. Il n’est pas impossible que, même avec une croissance molle, le million d’emplois créés en cinq ans soit atteignable." Même sans baisse de charges, la performance n’aurait rien d’exceptionnel pour l’économie française. Entre 1997 et 2002, elle a ainsi créé près de deux millions d’emplois. L’impact d’une baisse de charges serait ressenti après plusieurs années. Ciblé sur les salaires les plus bas, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) ne devrait permettre de créer que 60 000 emplois en 2014, selon l’Insee, et moins de 300 000 à moyen terme. Si le gouvernement opte pour un allégement des cotisations patronales de la branche famille, la mesure aurait un impact encore plus faible sur les créations d’emplois. "Si on veut de l’emploi tout de suite, il faut cibler les baisses sur les bas salaires. Une baisse plus générale permet, à l’inverse, de redresser la compétitivité des secteurs industriels, mais avec des effets plus diffus sur l’emploi", reconnaît Denis Ferrand, le chef économiste de COE-Rexecode, pour qui le principal facteur pour recréer des emplois est une croissance annuelle supérieure à 1%.
Les patrons posent leurs conditions
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Pour créer ce million d’emplois d’ici à cinq ans et inverser la courbe du chômage, le Medef demande de…
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