"Les geeks sont de véritables accélérateurs de croissance pour les entreprises qui les emploient", estime Norbert Faure du BCG Platinion

Norbert Faure est managing director de BCG Platinion. Il a, à ce titre, supervisé l’étude "Dans la tête d’un geek" avec ViaVoice. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs attentes vis-à-vis de l'entreprise ? Il dévoile les conséquences pour les entreprises de ces salariés pas comme les autres, qui sont parmi nous...

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Bienvenue chez les geeks. ici à l'école 42

L’Usine Nouvelle - Pourquoi mener une étude sur les geeks aujourd’hui ?

Norbert Faure : J’ai travaillé sur nombreux projets avec un contenu technologique important et j’ai la conviction profonde que la technologie imprègne la vie des Français. J’avais la conviction que la manière de voir le monde des geeks a une influence sur la manière de vivre de tout le monde. Comme homme d’entreprise – après tout je suis un peu le chef des geeks ici –je voulais savoir s’ils vont influencer ou non l’entreprise qui les emploient. Vont-ils changer nos façons de travailler ? Ont-ils des attentes particulières ? Telles étaient les questions que je me posais au préalable.

Et alors leurs réponses vous ont surpris ?

Certaines réponses nous ont vraiment étonnés, tandis que sur d’autres elles étaient conformes à ce que j’observe quotidiennement. Et puis il y a parfois un décalage par rapport aux idées reçues. Ainsi, il ressort de l’étude que les geeks préfèrent le CDI, la grande entreprise, et même le secteur public. C’est intéressant parce qu’on a beaucoup dit aux entreprises que pour les attirer il fallait faire comme les géants de la Silicon Valley. Est-ce un si bon conseil ?

De même, ils sont assez peu sensibles à leur management direct. Ils attendent surtout de lui qu’il ne soit pas un frein, mais qu’il crée des conditions d’utilisation et d’expression de leurs expertises. C’est un point fondamental dans leurs choix d’entreprise. Ils sont beaucoup moins sensibles au sens que va donner l’entreprise. S’ils cherchent du sens, ce n’est pas quelque chose de philosophique, mais quelque chose qui leur donne de quoi se développer. Ils sont dans une vraie logique d’apprentissage, car ils ont une vraie appétence pour l’innovation, une vraie curiosité pour les nouveaux langages informatiques. Ce n’est pas la peur de plus être dans le coup qui les motive, c’est beaucoup plus profond.

Et cela est vrai quel que soit l’âge ou est-ce une caractéristique propre à ceux qu’on appelle la génération Y ?

Il y a une vraie homogénéité des réponses, et ce notamment sur deux dimensions : l’âge des répondants et leur zone géographique. Nous avons observé qu’ils partageaient les mêmes attentes vis-à-vis de l’entreprise.

Cela signifie que ces compétences évoluent sur un marché mondialisé ?

Si je prends l’exemple de BCG Platinion qui emploie 450 personnes à travers le monde, nous travaillons à Paris avec des jeunes qui viennent pour certains de New York, d’autres sont anglais, africains ou vietnamiens… Ils ont la même approche, les mêmes attentes. Il utilisent tous les mêmes outils agiles depuis longtemps, d’où qu’ils viennent. Cela participe peut-être à cette unité de penseée.

Un des enseignements de l’étude est qu’ils sont très nombreux à aimer leur entreprise. Cela vous a surpris ?

Ils ont peu d’attaches au discours corporate, mais ils aiment leur employeur. Je crois qu’il ne faut pas oublier qu’ils sont très mobiles et très demandés. Donc s’ils sont là où ils sont, c’est parce qu’ils y sont bien. Les mécontents savent qu’ils peuvent trouver ailleurs.

Votre étude montre pourtant que malgré cela, ils sont pessimistes.

Oui et je trouve que cela devrait nous interpeller. Ces gens qui maîtrisent les techniques informatiques ne voient pas en rose l’avenir du monde. Ont-ils une vision plus éclairée en raison de leurs compétences ? Peut-être ou pas, je ne peux pas répondre.

Vous parliez tout à l’heure de l’attrait des géants du numérique. Trouvez-vous que les entreprises françaises ont les bons atouts pour attirer les geeks ?

Le monde est en train de se séparer de façon radicale entre les entreprises qui se donnent les moyens d’accueillir ces profils et celles qui n’enclenchent pas ce virage et qui auront de plus en plus de mal à se transformer. L’entreprise qui n’a pas de geeks ne disparaîtra pas forcément, mais elles se privent d’une capacité à se développer dans une croissance forte. Ce sont de vrais vecteurs de croissance additionnelle.

Sont-ils en mesure de devenir les hommes-clés ? Et, question subsidiaire, cela leur donne-t-il un pouvoir de négociation de leur salaire ?

Ce ne sont pas exactement des hommes-clés. Je parlerais plutôt d’accélérateur de croissance, de catalyseurs. Sans eux, l’entreprise peut continuer de tourner, mais elle aura davantage de mal à aller chercher plus de croissance.

Ceci dit, ils ne sont pas assez nombreux par rapport au besoin de transformation des entreprises. Nous avons une vraie course pour faire venir les meilleurs. La France attire beaucoup de laboratoires de R&D d’entreprises internationales qui en emploient beaucoup. Il y a une vraie concurrence. Or, l’argent est un point important pour les geeks, mais ça ne suffit pas. Ils veulent qu’on les valorise, mais pas seulement financièrement : c’est important qu’on leur donne les moyens de faire de la bonne tech.

Retrouvez les principaux résultats de l'étude sur le site de L'Usine Digitale.

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