Le climat, nouveau mantra du CAC 40

Fini les objectifs CO2 en marge de la stratégie. Jeunes diplômés, clients, investisseurs et fournisseurs font pression sur les groupes pour prendre en compte le risque climat.

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One planet Summit Paris
Paris a accueilli fin 2017 le sommet One Planet Summit.

Le CAC 40 ne parlerait plus que de "sustainability". Un concept aux contours flous qui renvoie à l’idée de croissance durable, de rentabilité soutenable, voire de progrès harmonieux, bien au-delà de l’urgence climatique. Pour Thierry Breton, interrogé sur le sujet par "L’Usine Nouvelle" quelques jours avant qu’il ne quitte la présidence d’Atos pour Bruxelles, "la sustainability, c’est l’histoire d’une prise de conscience que les entreprises doivent projeter leurs activités en veillant à un certain nombre de facteurs qui ne figurent pas automatiquement dans leur objet social, comme l’environnement, le social, l’économie et l’aménagement du territoire". Selon lui, si les entreprises n’utilisent pas les espaces dans lesquels elles évoluent avec précaution, "leur existence, leur pérennité peuvent être menacées".

Un point de vue partagé par Antoine Frérot, le PDG de Veolia, pour qui la sustainability évoque aussi la question de "la compatibilité de l’économie avec la planète et le soutien de la population au système économique". Isabelle Kocher, la directrice générale d’Engie, va plus loin et relie le concept à celui de "capitalisme au service de l’humain", détaillant l’idée que "l’on ne peut se contenter du modèle pollueur-payeur, avec d’un côté le business qui paie pour ses externalités négatives et, de l’autre, des ONG et une sphère publique qui réparent. On doit progressivement aller vers des business models qui portent dans leur cœur la réparation de ce qui ne va pas bien".

Sortir des énergies fossiles

Des concepts que l’urgence climatique et le mouvement de jeunes pour le climat obligent les entreprises à intégrer dans leur stratégie. "Je ne peux plus aller dans une réunion sans que l’un de mes collaborateurs me fasse part du questionnement de ses enfants sur ce que Saint-Gobain fait pour la planète", a reconnu Pierre-André de Chalendar, le PDG de Saint-Gobain, dans un échange avec "L’Usine Nouvelle". L’entreprise, qui s’était seulement engagée à réduire ses émissions de CO2 de 20 % entre 2010 et 2025, a apporté son soutien à l’initiative du Global compact "Business Ambition for 1,5 °C", lors du dernier sommet Action climat à New York, et a annoncé fin septembre s’engager à la neutralité carbone pour 2050. Reste à savoir comment.

Si les jeunes font pression sur leurs parents, ils peuvent aussi menacer directement la survie d’une entreprise. C’est ce que vient de reconnaître publiquement Patrick Pouyanné, le PDG de Total, en déclarant : "Je ne veux pas que Total finisse comme un dinosaure." Sous-entendu, "disparaisse". Il craint le refus de la plupart des jeunes talents de travailler dans les énergies fossiles, mais veut rester confiant. "Contrairement aux dinosaures, nous savons nous adapter. La transition énergétique offre beaucoup d’opportunités", comme celle de miser sur l’électricité. Le groupe a annoncé investir 1,5 à 2 milliards de dollars par an dans les énergies bas carbone (gaz compris). La partition talents n’est pas forcément plus simple à jouer pour Engie (ex-GDF Suez), qui peine à sortir du charbon et doit encore prouver que la transition énergétique peut être un business durable. Idem pour EDF, qui, malgré l’annonce de grands plans solaire, stockage et e-mobilité, reste encalminé dans son univers nucléaire, peu attractif pour les jeunes générations.

S’adapter aux attentes des clients

Les jeunes diplômés ne sont pas les seules parties prenantes à se mobiliser pour influencer les grandes entreprises. Clients, investisseurs, fournisseurs, "pour les entreprises de CAC 40, les pressions climat viennent de toutes parts", rappelle Bruno Bousquié, associé chez EY Partenon.

Les entreprises du luxe, dont la croissance future dépend beaucoup de milléniums fortunés, doivent gérer leurs préoccupations environnementales grandissantes. Multipliant les déclarations sur le climat en cette rentrée 2019, Kering et LVMH ont toutefois une approche différente. Kering, qui s’est engagé à atteindre 100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2030 sur toute sa chaîne d’approvisionnement, semble serein. "Il n’y a pas d’opposition entre profits et développement durable. Ce dernier est complémentaire et parfaitement en adéquation avec le nécessaire profit pour la survie des entreprises", a déclaré François-Henri Pinault, le PDG du groupe, le 26 août 2019, lors du lancement, lors du sommet du G7 à Biarritz, du Fashion pact, dans lequel 32 géants de la mode s’engagent sur des objectifs environnementaux. Un mois plus tard, son grand rival, Bernard Arnault, le PDG de LVMH, non-signataire du Fashion pact, semblait plus inquiet et tentait de rassurer ses parties prenantes. "Il ne faut pas céder au catastrophisme de Greta Thunberg. Elle ne fait que critiquer et ne propose rien", a-t-il affirmé lors de la présentation des engagements environnementaux de son groupe, avant de préciser que "LVMH est en passe d’atteindre son objectif d’une diminution de ses émissions de 25 % d’ici à 2020". Bien, mais pas de quoi changer l’image de l’impact du luxe sur son environnement.

Même dans le domaine du B to B, les clients font pression sur la politique climat des entreprises, via les appels d’offres notamment, et ce d’autant plus quand les fournisseurs ont un impact sur leur consommation d’énergie. Schneider Electric l’a bien compris. "Nous nous sommes fixé des objectifs tangibles et ambitieux depuis près de quinze ans, que nous mesurons au travers de notre Schneider Sustainability Impact, explique Jean-Pascal Tricoire, le PDG de l’entreprise. Ce baromètre, qui suit 21 objectifs de développement durable alignés sur ceux des Nations unies, permet de mesurer la contribution du groupe au développement durable et à la prospérité" et d’accompagner les clients dans la transition énergétique. "Nos clients économiseront plus de 120 millions de tonnes de CO2 d’ici à 2020", promet le dirigeant.

Impliquer les sous-traitants

Si le virage vert de la finance pèse pour l’instant peu sur les grandes entreprises, il est déjà un moteur d’action climatique. "Les entreprises ont recours au financement vert, très attractif. Mais pour lever de la dette verte, elles doivent s’engager sur des actions et des indicateurs", explique Bruno Bousquié. La pression climat peut aussi venir de la chaîne d’approvisionnement. C’est le cas chez Danone , dont le PDG, Emmanuel Faber, vient de lancer la coalition One planet business for biodiversity (OP2B), rassemblant 19 multinationales pour le développement de nouvelles pratiques agricoles.

C’est aussi celui de L’Oréal, qui s’est engagé, en septembre, à ne plus émettre de carbone d’ici à 2050. "La présence de nos sites d’exploitation à l’échelle mondiale implique une exposition élevée à de plus en plus d’événements météorologiques. Cela se traduit par un grand risque matériel de bouleversements dans nos opérations, qui pourrait aller jusqu’à des fermetures d’usines", a indiqué le groupe dans un questionnaire de l’ONG Carbon Disclosure Project sur les effets de la dégradation de l’environnement.

Près de 7 000 entreprises dans le monde ont répondu à cette enquête. Elles estiment à 1 000 milliards de dollars les risques liés au changement climatique, dont 500 milliards considérés comme "très probables ou presque certains". De quoi faire de la sustainability un incontournable sujet de conversation au sein du CAC 40.

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