Redémarrage en Thaïlande ? C’est ce que promet le pouvoir issu du coup d’État militaire du 22 mai 2014 avec une croissance de 4% au moins pour 2015. La Banque mondiale est moins optimiste. Le 14 janvier, elle a réduit sa précédente prévision de 3,6% à seulement 3%. Sur 2014, l’économie aura progressé au mieux de + 0,5%, voire stagné, sous l’effet d’une chute de la consommation intérieure et du tourisme ainsi que d’une atonie des exportations, moteur principal de l’économie comptant pour 60% du PIB. Le secteur automobile (la Thaïlande est le premier fabricant de voitures du Sud-Est asiatique) s’est notamment effondré de 25%, le marché intérieur seul a plongé de 40%. En novembre, la production industrielle globale du royaume a reculé pour le vingtième mois consécutif (– 3,5%).
Les capacités de production de ce pays chéri des investisseurs étrangers ne sont employées qu’à hauteur de 60%. Bref, si « l’ordre » est revenu, l’économie paie encore un lourd tribut aux troubles des années 2013 et surtout 2014. Cette période a été marquée par l’affrontement entre Chemises jaunes, ultraroyalistes issues des élites urbaines, et Chemises rouges. Représentant surtout les populations rurales du Nord, ces "Rouges" soutenaient l’ancienne Premier ministre Yingluck Shinawatra destituée quelques jours avant le coup d’État, notamment pour la mise en place d’un désastreux système de subventions aux riziculteurs. Depuis l’arrivée du commandant en chef de l’armée Prayut Chan-o-cha comme Premier ministre, le pouvoir promet le retour à l’ordre constitutionnel après l’adoption d’une nouvelle loi fondamentale. Celle-ci est en cours de discussion et l’un de ses enjeux est le bannissement de la vie publique de Yingluck Shinawatra. Bref, rien n’est réglé.
À côté de ce sujet institutionnel, et alors que la puissante technostructure continue de gérer le pays, le gouvernement « transitoire » tente de revivifier l’économie. Dans ce pays de 67 millions d’habitants, affichant 334,5 milliards d’euros de PIB, il a pris des mesures de relance estimées à 8,64 milliards d’euros : investissements dans les infrastructures, simplifications administratives… et nouveaux soutiens aux riziculteurs, laissant les observateurs dubitatifs. Traité avec circonspection par une bonne part de la communauté internationale, l’exécutif cherche aussi de nouveaux amis. Et se tourne vers la Chine. Alors que les appuis traditionnels de la Thaïlande sont le Japon et les États-Unis, Prayut Chan-o-cha a entamé un pas de deux avec Pékin. Les visites réciproques de hauts dirigeants se multiplient. Ces deux pays ont scellé, en décembre, un accord de principe pour un train à grande vitesse, projet plusieurs fois ajourné. La Chine, devenue le premier partenaire commercial de Bangkok, promet de doubler ses achats de riz ou de caoutchouc. On a les soutiens que l’on peut.
Pierre-Olivier Rouaud





