La start-up Replace lève 4 millions d'euros pour recycler les plastiques complexes sans séparation

Lancée en 2020 par Laurent Villemin et Christian Horn, la start-up Replace spécialisée dans le recyclage des plastiques complexes, vient de lever 4 millions d’euros pour se développer. Les deux fondateurs parient sur une technologie innovante et une implantation locale, au plus près des matières à recycler. 

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Sur la ligne de production de Replace, à Woippy dans la Marne, les plastiques complexes n'ont pas besoin d'être séparés pour être recyclés.

Transformer les coiffes de champagne en tuteurs pour les vignes. L'idée de la start-up Replace, soutenue par l’Ademe, France Relance et la région Grand-Est, est originale. Elle lui a valu de lever 4 millions d'euros auprès des Business Angels Yeast, du fonds d’investissement ILP et du groupe Aisa, comme annoncé le 1er septembre. Et pour cause, à travers les coiffes de champagne, Replace s'attaque aux recyclage des plastiques complexes : « Ce sont des plastiques très techniques, avec souvent une empreinte carbone réduite, explique Laurent Villemin, l’un des fondateurs de Replace, mais non recyclables car composés de beaucoup d’éléments différents ». 

Le recyclage habituel des plastiques implique plusieurs étapes : d’abord le tri puis le nettoyage avec la séparation et la regranulation, qui aboutissent à la vente en granulés. Pour les plastiques complexes, la séparation des composants nécessite beaucoup d'opérations et d'énergie, et le résultat n'est pas toujours satisfaisant. Le PDG de Replace donne un exemple simple : « Dans le cas d'une bouteille, on peut facilement séparer la partie en PET (le corps de la bouteille) et celle en polypropylène (le bouchon) car ils ont tous les deux des densités différentes. En revanche, pour une paquet de chips, on a une couche d'aluminium soudé entre deux couches de plastique dans des épaisseurs très faibles. La séparation nécessite donc de nombreuses étapes et rend le process économiquement peu viable ».  Résultat : « On estime aujourd’hui qu’il existe dix millions de tonnes de plastiques en Europe - dits sans solution - qui sont incinérés ou enfouis chaque année, indique-t-il.

Supprimer des étapes dans le recyclage

La capacité de Replace à recycler des plastiques complexes repose sur un procédé innovant développé avec Aisa, un fabricant de machines d’emballages suisse ayant un site de fabrication dans la Marne, proche du siège social de Replace. La technologie élaborée, de type injection/intrusion, leur permet de passer directement de l'étape du broyage de la matière à son injection dans un moule pour former le produit final. Autre avantage de taille : « Ne pas avoir à passer par la granulation évite de faire chauffer deux fois la matière », souligne Laurent Villemin. A la clé, une réduction du coût de production et de la consommation d’énergie.

Miser sur le circuit court

Pour nourrir leur process, les fondateurs de Replace misent sur le circuit court : ils récupèrent un flux de matière locale comprenant des coiffes de champagne auprès des différents fournisseurs, qu’ils transforment en tuteurs directement réutilisés dans les vignes champenoises. Pour le moment, en 2022, ils ont ainsi réutilisé plus de 500 000 kg de plastiques complexes tels les coiffes de champagnes pour produire un million de tuteurs sur leur unique ligne de production. Ces produits sont eux aussi recyclables, quasiment à l'infini, pointe Laurent Villemin : « Nous avons fait plusieurs essais, et comme nous avons des produits épais, qu’on re-mélange à chaque fois avec d’autres matières, j’aurais tendance à dire qu’il n’y a pas de limite à leur recyclage. »

Quant à leur durée de vie, si les tests sur le vieillissement sont actuellement en cours, elle est évaluée pour le moment à une dizaine d’années. Le gain est aussi visible au niveau du bilan carbone : « Actuellement, note le spécialiste, l’Ademe a estimé qu’une tonne de plastiques rigides incinérée générait 3 tonnes de CO2. De notre côté, nous considérons que nous sommes bien en dessous d’une tonne de CO2 pour une tonne de produits fabriqués, quel que soit le produit - même s’il nous est difficile de donner des chiffres précis car nous n’avons pas encore fait d’études qui soient comparables. »

Un concept exportable

Pour l’instant, il n’existe qu’une seule ligne de production, mais une deuxième devrait voir le jour d’ici à la fin de l’année, qui viendra diversifier la production. « Le but est d’en ouvrir de nouvelles tous les ans, de monter en capacité et de montrer que le modèle est exportable. Nous avons travaillé sur cet aspect en amont, en réalisant une analyse de cycle de vie complète pour vérifier quelle était la taille idéale pour la ligne : pas trop grosse pour que cela ne soit pas ingérable en termes d’installation, de résistance des sols et autres, mais par ailleurs suffisamment importante pour qu’il y ait une profitabilité », relate Laurent Villemin, qui ajoute : « L’idée, c’est que si quelques centaines de mètres carrés de friche industrielle sont disponibles, on puisse y installer facilement une unité Replace pour récupérer des matières sans solution localement et les recycler en produits utilisables sur place. »

Des contacts ont d’ailleurs déjà été pris ailleurs en France et en Europe, pour reproduire ce qui a été fait avec le champagne, c’est-à-dire, dans la mesure du possible, « créer une boucle : les déchets recyclés d’une activité sont transformés en produits utiles pour cette même activité ». Laurent Villemin souligne néanmoins : « avec ce procédé, notre volonté n’est pas de remplacer l’existant, mais d’apporter une solution supplémentaire à ce qui existe déjà, tout en valorisant des déchets qui ne l’étaient pas ».

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