Effervescence dans les régions. Depuis la signature des pactes régionaux avec le ministère du Travail, elles s’affairent pour déployer le Plan d’investissement dans les compétences (PIC). Lancé en septembre 2017 par le ministère du Travail, il prévoit de consacrer 15 milliards d’euros sur cinq ans (2018-2022) à l’accompagnement des personnes les plus éloignées de l’emploi. Le gouvernement espère former, d’ici à 2022, un million de jeunes décrocheurs et autant de demandeurs d’emploi peu qualifiés. La moitié du financement du PIC est allouée aux régions, pour qu’elles forment ces publics spécifiques aux besoins des entreprises de leurs territoires.
Le pacte signé en mars 2019 par la région Occitanie lui apporte 568 millions d’euros de financement de l’État sur quatre ans. En contrepartie, la région s’est engagée à maintenir son effort de formation des demandeurs d’emploi au niveau de 2017. Une condition imposée par l’État, afin que son aide ne se substitue pas aux actions habituelles des régions, comme cela s’était vu avec les plans "100000" et "500000" formations supplémentaires de François Hollande. Deux régions ont refusé de signer un pacte avec l’État, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour elles, c’est Pôle emploi qui y gère les actions du PIC.
"Ce plan nous aide à aller plus vite et plus loin", estime la vice-présidente de la région Occitanie chargée de l’emploi et de la formation professionnelle, Emmanuelle Gazel. Grâce aux fonds du PIC, en 2019, l’Occitanie a formé 20 000 demandeurs d’emploi supplémentaires par rapport à 2018, pour un total de 80 000. "On se glisse dans les trous de la raquette, là où les dispositifs existants ne vont pas", ajoute l’élue. La région intervient par exemple, en partenariat avec Pôle emploi, pour financer les préparations opérationnelles à l’emploi collectives (Poec) de plus de 400 heures, que ne prend pas en charge l’opérateur de l’emploi. "Si au moins quatre demandeurs d’emploi sont intéressés par une formation, que des entreprises s’engagent à les recruter pour au moins six mois, nous finançons 100 % des frais pédagogiques", précise Emmanuelle Gazel.
Capter les publics éloignés de l’emploi
Pour ne pas former à n’importe quoi, le PIC finance des diagnostics territoriaux. La région Occitanie a utilisé la data : les algorithmes de son Observatoire 4.0 balaient d’une part les offres d’emploi, d’autre part le contenu des formations proposées par la région et voient s’ils concordent. "Une méthode qui nous permet d’être agiles pour suivre l’évolution des métiers", commente Emmanuelle Gazel. Mis au point pour quelques métiers, l’outil va être étendu à d’autres courant 2020. Il intéresse déjà plusieurs autres régions.
"Certaines régions qui n’en avaient pas l’habitude ont revu leurs achats de formation pour se rapprocher des besoins des entreprises", souligne Jean-Marie Marx, le haut-commissaire aux compétences. La Bourgogne-Franche-Comté a missionné La Poste pour aller aux contacts des entreprises et relever leurs attentes. Jean-Marie Marx se félicite par ailleurs des efforts faits par les régions pour "capter" les publics les plus éloignés de l’emploi, pas faciles à embarquer dans les dispositifs de formation. À Nantes, des jeunes ont été repérés dans la rue… La région Nouvelle-Aquitaine a, elle, octroyé un "droit à l’erreur" aux demandeurs d’emploi : s’ils abandonnent une formation pour un emploi où ils ne restent pas, ils peuvent revenir dans la formation, pendant un an. Grand Est a choisi d’aider financièrement les moins de 25 ans qui perdent leur Garantie jeunes. "Pour éviter les ruptures, il faut proposer un ensemble d’accompagnements", note le haut-commissaire. Qui attend encore plus d’innovations du côté des formations, pour qu’elles s’adaptent à un public qu’on ne peut pas simplement remettre sur les bancs de l’école.

Si une moitié des crédits est affectée aux régions, l’autre finance des actions nationales. Un appel à projets "100% inclusion" soutient les structures d’insertion sociale, quand un autre cible l’intégration des réfugiés par l’emploi. Le PIC finance aussi les prépas apprentissage, qui remettent à niveau les jeunes avant qu’ils attaquent une formation en alternance. Aujourd’hui, 44 projets se mettent en place. Des formations sectorielles ont été décidées, comme le plan de 10 000 formations aux métiers verts ou celui des 10 000 formations au numérique, dont l’objectif a été dépassé, avec 14 000 formations depuis son lancement, mi-2018. L’opération, qui consiste avant tout à soutenir la Grande école du numérique, devrait être reconduite en 2020-2021.
Le PIC encourage également les branches à mettre en place des démarches prospectives. Vingt projets ont été sélectionnés, dont celui porté par la métallurgie, l’agroalimentaire, la chimie et l’industrie du bois. Ce dernier vise à identifier les compétences communes à ces branches, et ce, afin de mettre en place des formations partagées et faciliter les passages d’un secteur à l’autre. Démarrée dans une région, l’expérimentation s’étend aujourd’hui à d’autres et a embarqué avec elle la branche du travail temporaire.
Il est encore trop tôt pour mesurer les effets du PIC sur le retour à l’emploi. L’évaluation est prévue pour juin 2020. Sur les formations, Jean-Marie Marx est satisfait. "Quantitativement, on y est. Et nous touchons bien le public cible. Dans les formations, on constate une vraie hausse du nombre de personnes très éloignées de l’emploi. Certaines régions avaient perdu leur ambition pour les publics fragiles, elles ont été remobilisées", se réjouit-il. Selon Pôle emploi, les inscriptions de demandeurs d’emploi non qualifiés ont augmenté de 18 % dans ses formations entre 2018 et 2019. Et les formations de remise à niveau ont, elles, quasiment été multipliées par deux. Le haut-commissaire aux compétences estime que 40 à 45 % des parcours suivis par les demandeurs d’emploi sont des actions de remobilisation des compétences de base.
Les régions, elles, se mobilisent plus ou moins. "Nous n’avons pas signé un chèque en blanc", prévient Jean-Marie Marx. Avant d’ajouter que "les conventions financières, annuelles, pourront être ajustées".








