L’industrie automobile va-t-elle avoir la peau des règles européennes sur les émissions de CO2 ?

Le directeur général de Renault et président de l’association des constructeurs européens d’automobiles (Acea) Luca de Meo milite âprement auprès des autorités publiques pour obtenir un allègement des nouvelles règles CO2 prévues en 2025.
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Renault 5
La nouvelle Renault R5 électrique au Mondial de l'auto 2024 à Paris.

Les lignes politiques commencent à bouger. Le ministre de l’Économie, Antoine Armand, explore les pistes potentielles «pour éviter de pénaliser nos constructeurs dans leurs investissements, justement au moment le plus crucial de leur transition industrielle», a déclaré l’intéressé mardi 15 octobre, invité du Sommet de l'automobile, organisé par les professionnels de la filière en marge du Mondial de Paris. Sa déclaration intervient alors qu’une majorité des constructeurs européens, emmenés par leur association, l’Acea, tirent la sonnette d’alarme sur le durcissement prévu des règles européennes sur leurs émissions de CO2 en 2025

Un peu plus de deux mois avant leur mise en application, Luca de Meo, président de l’Acea jusqu’à la fin 2024, monte au front pour prévenir que les groupes courent droit à la catastrophe, qu’ils soient français, allemands ou coréens. «La majorité de l’industrie, avec un niveau du marché de l’électrique à la moitié de ce qu’il devrait être (par rapport aux prévisions sur lesquelles est basée la législation européenne, ndlr), va être très mal. Tous ! Ça, c’est la vérité, assure-t-il. Nous avons besoin d’un certain pragmatisme, de flexibilité sur le sujet».

C’est ce qu’il s’est employé à expliquer à Emmanuel Macron, qui recevait à dîner à l’Élysée certains grands patrons du secteur dimanche 13 octobre. «Il reconnaît le problème», assure encore le dirigeant du Losange, qui semble avoir réussi à persuader l’Élysée et Bercy de le soutenir face à Carlos Tavares, qui s’oppose vertement à toute modification de la réglementation.

Vague de nouveautés électriques

L’angle d’attaque du dirigeant italien pour convaincre les décideurs d’un peu de souplesse : les industriels ne sont pas restés les bras croisés, loin de là. «On ne refuse pas le progrès», assure Luca de Meo qui, à l’inverse du dirigeant de BMW, Oliver Zipse, ne souhaite pas revenir sur la décision d’interdire la vente de véhicules électriques dans l'Union européenne en 2035. Les règles du jeu sont connues depuis 2019 et les constructeurs, explique Luca de Meo, ont fait tout ce qui est en leur pouvoir pour respecter la loi.

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Leurs nouveaux modèles 100% électriques, présentés à l’occasion du Mondial de l’automobile de Paris, en sont la preuve : Renault présente sa vaste offensive électrique composée des Scenic, R5 et R4 quand Peugeot arrive avec ses 3008 et 5008 de nouvelle génération. Citroën n’est pas en reste avec sa nouvelle Citroën ë-C3 tandis qu’Alfa Romeo affiche son Junior flambant neuf. Chez les constructeurs allemands, Audi a dévoilé son nouveau Q6 e-tron Sportback et Volkswagen sa nouvelle ID.3 GTX Performance.

Mardi, le locataire de Bercy a clairement repris à son compte cet argumentaire : «Je n'envisage pas que des sanctions soient prononcées alors que des efforts immenses ont été effectués», a déclaré Antoine Armand devant la foule assemblée pour l’écouter à l'intérieur du Dôme de Paris. Le ministre est clair : «Les sanctions ne peuvent pas faire abstraction du contexte économique de l'emploi et du développement de notre industrie en France et en Europe».

Car aux yeux du secteur automobile, le véritable problème est la faible dynamique du marché automobile européen. Si ce dernier est en légère croissance de 1,4% sur les huit premiers mois de l’année, il traverse une mauvaise passe depuis la mi-année. Au mois d’août, les ventes ont chuté de 18,3 points par rapport à la même période un an plus tôt.

Ras-le-bol des sous-traitants

L’offensive de Luca de Meo est-elle en passe de réussir ? Peut-être. Mais il ne s’agit sans doute pas pour les autorités d'envoyer simplement un message d’apaisement à des constructeurs inquiets de payer de lourdes amendes. «C’est l’exaspération des équipementiers qui fait évoluer les choses», estime Athina Argyriou, la présidente de la CSIAM, l’organisation qui représente les constructeurs internationaux comme BMW, Volkswagen, Nissan, Huyndai ou MG. Les sous-traitants automobiles sont en effet en mauvaise posture en cette année 2024.

Les fermetures d’usines et les plans de restructuration se multiplient, chez les grands équipementiers de rang 1 comme chez leurs sous-traitants de rangs 2 et 3. Tous sont inquiets face à la pression sur les coûts de la part de leurs donneurs d’ordre et la concurrence chinoise plus compétitive. Antoine Armand avait d’ailleurs un mot pour eux aussi, assurant que «ces amendes (qui ne concernent que les constructeurs, ndlr) auraient, je crois, des répercussions sur l'ensemble des fournisseurs qui sont déjà partout en France sous forte pression».

Quoiqu'il en soit, le temps presse pour les constructeurs s’ils veulent échapper à la réglementation CAFE en l’état. «Il faut que l’on aille vite, on a une courte fenêtre de tir et on ne peut pas entrer dans l’année 2025 avec cette incertitude. Il faut que ça se fasse avant la fin de l’année», tranche Luca de Meo. Le temps presse également pour le gouvernement, qui doit convaincre ses homologues européens de courber l’échine. «Nous sommes en train d'explorer toutes les flexibilités [...] en coalition avec nos partenaires européens et avec celles et ceux en Europe qui sont le plus engagés sur cette question», a encore souligné Antoine Armand mardi midi, assurant son plein engagement sur le sujet.

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