Arnaud Montebourg n'y va pas par quatre chemins : dans l'entretien qu'il a accordé à « L'Usine Nouvelle », il accuse carrément la chancelière allemande d'enfoncer l'Europe dans la récession. « Certains dirigeants européens, Madame Merkel en tête, sont frappés d'aveuglement idéologique, déclare le ministre du Redressement productif. Si nous ne réagissons pas, nous serons les consommateurs appauvris de la création industrielle des autres. » L'ancien candidat aux primaires socialistes, qui fit campagne à gauche et fut récompensé par une troisième place inattendue, n'a donc pas mis sa langue dans sa poche ministérielle. Selon lui, l'austérité, loin d'être une planche de salut, mène à la catastrophe. Pour regonfler les pays en panne, il réclame une banque centrale « normale » (eh oui, la BCE aussi !), c'est-à-dire une banque centrale qui financerait l'économie et ne se contenterait pas de défendre l'euro.
Sur cette ligne, le ministre français n'est pas seul au monde. Interrogé sur le sauvetage des banques espagnoles, le week-end dernier, le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz a répondu d'un ton sec : « C'est de l'économie vaudou. Ça ne marchera pas et ça ne marche déjà pas. » Pour l'ancien conseiller de Bill Clinton, fidèle à ses conceptions keynésiennes, l'Union européenne fait fausse route dans son approche de la crise de la dette et risque, en croyant le sauver, de détruire l'euro. « L'Allemagne va devoir se poser la question : est-ce qu'elle veut payer le prix d'une implosion de l'euro, ou payer le prix d'un sauvetage de l'euro ? », lance l'économiste américain, convaincu comme Arnaud Montebourg que la rigueur budgétaire est une impasse. Une impasse ou un médicament qui tue. Les dirigeants européens, dans leur majorité, connaissent bien cette analyse que souvent ils partagent. Ils savent aussi qu'elle présente un sacré risque : la dérive des comptes publics. La lutte contre les déficits, en effet, n'est pas le produit d'une idéologie, fût-elle celle de la droite allemande. C'est juste le bon sens ! À l'inverse, l'accumulation d'un endettement sans limite paraîtra, aux yeux des nouvelles générations, comme une anomalie idéologique.
Dès que le second tour de dimanche sera passé, il faudra donc s'accorder sur une politique de désendettement en cherchant, partout où c'est possible et sans déchirer le tissu social, à réduire les dépenses publiques. Ce ne sera pas suffisant. Les modalités seront négociables. Le principe, lui, ne l'est plus.





