Intel décroche le grand lot. Le ministère américain du Commerce a annoncé le 20 mars l’attribution au champion américain des semi-conducteurs une subvention pouvant atteindre 8,5 milliards de dollars dans le cadre du plan «Chips and Science Act», plus connu sous le nom de «Chips for America». A cela s’ajoutent une aide de 50 millions de dollars au développement des compétences dans l’entreprise, des prêts de 11 milliards de dollars du ministère américain du Trésor et des crédits d’impôts atteignant 25% des montants éligibles d’investissement. Au total, le soutien fédéral à Intel dépasserait les 20 milliards de dollars !
Promulgué par le président Joe Biden en août 2022, le plan «Chips and Science Act» vise à accroître les capacités de fabrication et de R&D dans les semi-conducteurs aux Etats-Unis grâce à une enveloppe d’incitations fédérales de plus de 52 milliards de dollars. Intel est le troisième industriel à en bénéficier à ce jour après BAE Systems, Microchip Technology et GlobalFoundries. Mais il est celui qui va toucher de loin le plus gros pactole.
Réduire la dépendance vis-à-vis de TSMC et Samsung
L’administration Biden accorde une attention toute particulière aux technologies avancées de puces en raison de leur rôle essentiel dans la course de l’intelligence artificielle. Or Intel fait figure de seul industriel américain présent dans la production de puces logiques de pointe. Une position qu’il partage avec deux fondeurs asiatiques de semi-conducteurs : le taiwanais TSMC et le sud-coréen Samsung. L’ampleur du soutien accordé à Intel s’explique par la détermination des Etats-Unis de réduire leur dépendance vis-à-vis de TSMC et Samsung pour la fabrication de leurs circuits logiques avancés qui conditionnent leur leadership dans l’IA à travers des entreprises fabless telles que Nvidia, AMD, Broadcom, Marvell ou encore Qualcomm.
«Aujourd'hui est un moment déterminant pour les États-Unis et Intel alors que nous travaillons à alimenter le prochain grand chapitre de l'innovation américaine dans les semi-conducteurs, déclare dans le communiqué Pat Gelsinger, directeur d'Intel. L’IA dynamise la révolution numérique et tout ce qui est numérique a besoin de semi-conducteurs. Le soutien du Chips Act contribuera à garantir qu'Intel et les États-Unis restent à l'avant-garde de l'ère de l'IA alors que nous construisons une chaîne d'approvisionnement en semi-conducteurs résiliente et durable pour alimenter l'avenir de notre pays.»
Intel prévoit d'investir 100 milliards d'euros en cinq ans
Intel prévoit d’investir plus de 100 milliards de dollars en cinq ans dans l’expansion de ses capacités de production sur ses sites dans l’Arizona, le Nouveau Mexique, l’Ohio et l’Oregon. C’est l’investissement le plus massif dans l’histoire des semi-conducteurs aux Etats-Unis. L’effort porte non seulement sur la fabrication de puces de pointe mais aussi sur les capacités d’assemblage, de test et d’encapsulation les plus avancées, qui constituent aujourd’hui le point le plus critique de progression dans l’IA. Avec à la clé, la création de plus de 10 000 emplois directs.
Après avoir été à l’avant-garde des technologies de production de puces, Intel est à la traine ces dernières années. Avec Intel 4, sa technologie actuellement la plus avancée, il en est aujourd’hui à la génération de 5 nanomètres, alors que TSMC et Samsung en sont déjà à celle de 3 nanomètres. Mais le groupe américain met les bouchées doubles pour combler son retard puis reprendre le leadership avec le lancement en 2025 de sa technologie Intel 18A, équivalente à celle de 1,8 nanomètres chez TSMC et Samsung, puis de conforter son avance avec la mise en production en 2027 de sa technologie Intel 14A, équivalente à celle de 1,4 nanomètres chez ses deux grands rivaux asiatiques.
Vers la création d'un grand fondeur américain
L’intérêt pour les Etats-Unis est de disposer d’un grand fondeur américain de puces de pointe puisque les futures capacités de production d’Intel seront ouvertes aux clients extérieurs à travers Intel Foundry, une activité de fonderie de semi-conducteurs lancée en mars 2022 sur le modèle de TSMC. En théorie, les AMD, Apple, Nvidia, Broadcom, Qualcomm, Marvell, IBM, Google et autre Amazon ne seront plus obligés de passer par TSMC ou Samsung pour la fabrication de leurs circuits les plus avancés. Ils pourraient passer aussi par Intel aux Etats-Unis. C’est du moins ce que veut l’administration américaine pour des motifs de sécurité nationale et de résilience de la chaine logisque.
Selon le cabinet TrendForce, Intel Foundry ne figure même pas dans le Top 10 mondial des fondeurs de semi-conducteurs au quatrième trimestre 2023. Mais Pat Gelsinger espère la propulser à la deuxième place en 2030 (derrière TSMC mais devant Samsung) avec un chiffre d'affaires supérieur à 20 milliards de dollars.





